le voyage de Bashô est souvent solitaire
mais cette solitude n'est pas un isolement absolu
elle permet la rencontre
le poète croise des paysans des religieux des aubergistes
des voyageurs des disciples et d'autres poètes
il échange avec eux
partage des repas et compose parfois des poèmes collectifs
la solitude est donc une ouverture
elle ne signifie pas se retirer définitivement des hommes
mais retrouver une relation plus libre avec eux
Bashô ne se contente pas de noter
ce qu'il voit
il transforme le réel en écriture
le paysage devient une phrase
la rencontre devient un poème
la disparition devient une méditation
la littérature ne reproduit pas simplement le monde
elle en révèle certaines dimensions qui seraient
autrement passées inaperçues
cette transformation
exige une grande économie de moyens
un détail peut suffire
une image peut contenir un paysage entier
un haïku peut faire apparaître
le temps
la solitude
le mouvement et la mort en quelques mots
***
le temps passe seul
une feuille quitte l'arbre
le vent ne revient
sur le chemin blanc
mes pas s'effacent déjà
l'hiver les recueille
l'ombre se déplace
la montagne reste seule
le jour s'est éteint
un train dans la nuit
emporte quelques instants
la gare est déserte
l'eau poursuit son cours
sous la pierre immobile
le temps se défait
au bord du silence
un oiseau traverse l'air
puis plus rien ne bouge
la neige recouvre
les traces du voyageur
la mort sans visage
dernière lumière
le chemin descend vers l'ombre
le ciel reste ouvert
rien ne demeure
le vent traverse les pierres
l'éternité passe



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