vendredi, octobre 02, 2026

 

les gens du pays préfèrent être au plus près de la terre

et de ses muqueuses


le Venin du  papillon 

Anna Möi














ils savent

la boue

la racine

l'eau sous la pierre

la chaleur

retenue dans l'humus


ils parlent peu



la terre

a déjà

une langue


ils l'écoutent sous leurs pas







entre deux terres

une épaisseur

ni dedans

ni dehors

le corps

y demeure

comme une onde

retenue

sous la peau

la roche

sous la roche

l'eau

quelque chose

circule

sans parvenir

à naître


mésotonique

la matière

entre deux silences
















le temps autre


le temps

ne passe pas

de la même façon

ici



la lumière

demeure plus longtemps

sur la pierre















l'ombre

arrive autrement


je reste



quelque chose en moi a déjà bougé


le lieu

ne mesure pas

le temps


il le déplace








strates

errer

sans parvenir


déplacer

le regard

d'une couche

à l'autre


sous la pensée

une autre pensée


puis dessous

le silence



Je marche

dans ces strates

comme dans la roche


chaque pas

me retire

un peu de sol



plus bas

quelque chose

s'ouvre




miniature

le monde bruyant devient miniature


au loin

les voix

se réduisent


ce qui se partage

s'oublie




une fenêtre tient encore dans la lumière





le monde se resserre jusqu'à ce point
où presque rien ne demande
à être nommé














algue 

dans l’eau verte lumière lente algue qui bouge sans aller algue qui demeure sans rester eau lumière ombre eau lumière ombre rien ne manque rien ne s’ajoute la mer respire l’algue respire la mer un seul souffle une seule eau une seule présence algue algue algue puis le silence puis rien et rien suffit






arbre 

dans le vent arbre dans la lumière arbre immobile et pourtant en mouvement racine terre branche ciel feuille lumière feuille ombre terre ciel terre ciel un seul souffle un seul arbre le vent passe l’arbre demeure le temps passe l’arbre demeure rien ne manque rien ne s’ajoute arbre arbre arbre puis le silence puis le blanc puis rien et l’arbre suffit


























gel 


sur la pierre gel sur l’herbe gel sur le toit blanc lumière blanche froid immobile tout demeure un instant le monde se resserre eau devenue silence eau devenue lumière rien ne bouge rien ne manque le froid tient la chose dans son éclat pierre herbe toit ciel blanc blanc blanc puis le soleil puis l’eau puis rien et le gel retourne au silence























 



Friedrich Johann Michael Rückert 
















Ich bin der Welt abhanden gekommen,

Mit der ich sonst viele Zeit verdorben,

Sie hat so lange nichts von mir vernommen,

Sie mag wohl glauben, ich sei gestorben!


Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,

Ob sie mich für gestorben hält,

Ich kann auch gar nichts sagen dagegen,

Denn wirklich bin ich gestorben der Welt.


Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,

Und ruh’ in einem stillen Gebiet

Ich leb’ allein in meinem Himmel,

In meinem Lieben, in meinem Lied!








C'est le poème  Ich bin der Welt abhanden gekommen  de Friedrich Rückert mis en musique par Gustav Mahler dans ses Rückert-Lieder Il exprime une expérience très proche de celle que j'explore souvent  

se retirer du monde 
sans nécessairement le rejeter


le premier vers 
est déjà vertigineux 

Ich bin der Welt abhanden gekommen

on pourrait 
le rendre littéralement 
par 

je me suis perdu pour le monde 

ou plus 
poétiquement : 

je me suis dérobé au monde

il ne s'agit pas simplement de solitude
le locuteur cesse d'être disponible pour le  tumulte du monde
  
das Weltgetümmel

il ne cherche plus à intervenir à répondre
à expliquer sa présence.



le paradoxe 
apparaît aussitôt 

wirklich bin ich gestorben der Welt 


véritablement 
je suis mort au monde

cette  mort au monde  n'est pas une mort biologique
c'est une déprise 

mourir aux sollicitations aux attentes aux identités sociales 
au besoin d'être reconnu



le monde croit peut-être que l'homme est mort
Mais lui découvre un autre mode d'existence 

Ich leb’ allein in meinem Himmel
In meinem Lieben in meinem Lied

je vis seul dans mon ciel
dans mon amour dans mon chant


la solitude devient alors non pas un manque mais 
un espace habitable

le mot Himmel  le ciel  est magnifique parce qu'il ne désigne pas nécessairement un au-delà religieux ol peut être compris comme l'espace intérieur qui apparaît lorsque le vacarme extérieur cesse

le mouvement 
du poème est donc 

monde → retrait → silence → ciel intérieur → amour → chant

et surtout, 
le dernier mot  Lied

L'homme ne revient pas au monde par l'action
ni par l'explication

il y revient peut-être sous la forme 
du chant



c'est pourquoi Mahler a pu faire de ce texte une musique d'une telle suspension  le temps semble ne plus avancer selon la logique ordinaire La mélodie se retire elle aussi du monde comme si elle voulait atteindre un lieu où le silence et le son cessent de s'opposer


se retirer du monde
sans se retirer de l'être

mourir au tumulte
pour vivre à l'écoute

ne plus 
appartenir au monde

appartenir davantage
à la lumière à l'amour au chant






il y a sans doute là 
une proximité profonde avec mon idée 

ne plus vouloir saisir le monde
ne plus chercher à le dominer ou à s'y imposer
mais laisser être  

jusqu'à découvrir qu'un autre monde était 
déjà présent dans le silence













cette idée 

touche à une conception très particulière 
de la création  

le génie n'est pas 
entièrement propriétaire de ce qu'il produit

quand un homme écrit Yeats fait une oeuvre de génie quand il invente une nouvelle façon de créer n’est-ce pas parce qu’une connaissance ou une force venue de par-delà son esprit a fécondé son esprit

l'artiste travaille cherche accumule des expériences perfectionne une technique Mais à certains moments quelque chose semble arriver qui n'était pas contenu explicitement dans ce travail Une forme apparaît une relation se révèle une phrase trouve soudain sa nécessité Yeats nomme cette origine possible 



une connaissance ou une force venue  
de par-delà son esprit

























il ne faut pas nécessairement comprendre ce  par-delà  comme 
une affirmation littérale d'une 
puissance surnaturelle

cela peut désigner tout ce qui dans l'acte créateur
excède la conscience volontaire  

l'inconscient la mémoire la tradition le langage lui-même
les rencontres les formes culturelles héritées
ou encore ces associations que la pensée 
ne commande pas entièrement


le mot 
le plus important est peut-être  
fécondé 


l'esprit n'est pas présenté comme une machine qui fabrique 
une œuvre à partir de rien. 

il ressemble davantage à 
une terre

quelque chose 
tombe en 
elle  

une image une rencontre une inquiétude une parole 
et cette chose germe selon des lois que le créateur 
ne maîtrise jamais complètement



l'artiste 
ne crée pas seulement
il reçoit

recevoir ne signifie pas rester passif il faut ensuite travailler 
la matière reçue lui donner une forme
la rendre transmissible

c'est là que se rejoignent 
inspiration et 
métier 

quelque chose vient l'esprit l'accueille
la main le transforme
l'œuvre apparaît

le génie est précisément cette étrange capacité à laisser entrer dans l'œuvre quelque chose qui n'était pas prévu sans pour autant abandonner la rigueur nécessaire pour lui donner forme

la création devient alors moins une fabrication qu'une relation entre le conscient et ce qui le déborde
comme si dans certains instants privilégiés l'artiste pouvait dire 


je croyais 
chercher une forme
et c'est la forme qui me cherchait
























l’être élevé au carré du carré

être de l’être
puis être de l’être de l’être




la présence
se redouble
sans devenir plus présente

chaque puissance
creuse une autre profondeur















l’être se réfléchit dans son propre miroir
jusqu’à ne plus savoir
s’il se multiplie
ou s’efface


à la quatrième 
puissance l’être ne gagne plus rien



il devient


une étrange forme de silence



une étrange forme

s'est déposée

sur les choses

ni absence

ni repos

quelque chose

qui demeure

sans répondre


la pierre

la neige

le ciel

semblent attendre

un mot

qui ne viendra pas




dans ce silence

quelque chose

parle

à peine







 

le dicible et l’indicible


le dicible 

est ce qui peut 
entrer dans la langue

être nommé
décrit
transmis
partagé avec autrui



l’indicible 

n’est pas  simplement ce que 
nous ne savons 
pas dire


























il désigne ce qui semble excéder 
la parole elle-même  

une expérience
une présence
un silence 

quelque chose dont toute formulation paraît 
déjà être une réduction


le 
dicible 
délimite


l’
indicible 
déborde




l’indicible n’est pas nécessairement 
l’ennemi du langage

il peut être ce qui pousse la langue 
jusqu’à sa limite

la poésie apparaît alors comme une langue qui cherche 
non pas à expliquer l’indicible mais à faire 
sentir sa proximité



le mot indique
le silence laisse résonner

sans le dicible 
nous ne saurions même pas pressentir 
l’indicible
 



c’est à travers les mots que nous découvrons parfois 
ce qui leur échappe




le dicible 

est 
la 
rive


l’indicible 

est 
ce qui 
commence 
au-delà 
de la 
rive




la poésie 
avance entre les deux 

elle parle
jusqu’à l’endroit où parler
devient silence








dans le Tractatus il y a la distinction entre le dicible et l'indicible le fait que les choses les plus importantes ne peuvent pas se dire mais seulement se montrer  ce qui crée immédiatement la tentation d'essayer de les dire de façon détournée

évidement cette tentative n'est pas du tout Wiigensteinienne car comme l'avait dit l'autre ce qu'on ne peut pas dire on ne peut pas non plus le siffler























disparaître

c'est où

tu as été


disparaître

et pour être

il ne reste

qu'un lieu

sans adresse

où ton absence

continue

d'être










comme une pierre

sous l'eau

qui n'a pas cessé

de peser






ai-je bougé

je ne sais pas


le sol

a peut-être glissé

sous moi

ou bien

c'est le monde

qui lentement

s'est déplacé

et m'a laissé

à la même place




la gangue au-dessus de la médiane


blancheur

de la gangue

froissée


la lumière

ne révèle rien

elle s'enfonce

dans la matière

comme un temps

sans âge



la pierre

sous son voile

demeure

à peine

séparée

de sa disparition





l'âge de verre


transparent

et pourtant

opaque



nous avançons

à travers

ce qui nous sépare


une paroi sans épaisseur

la lumière

la traverse

mais ne l'éclaire pas


derrière le verre

le monde

continue

de se briser

sans bruit










une intervention extérieure et inattendue qui vient dénouer artificiellement 
une situation sans avoir été véritablement 
préparée par le récit


deus ex machina

au-dessus

rien


puis

une main

descend














elle ne touche pas

le monde

elle déplace

seulement

un signe


la machine

remonte


le ciel

reste ouvert


ce qui semblait

venir d'ailleurs

était déjà

dans le verre














qu’y a-t-il de si captivant 

dans la pluie qui nous retienne à la fenêtre

profondément 

apaisés






peut-être

rien













sinon le monde

qui pour un instant

renonce

à nous demander

d’agir


la pluie tombe et tout demeure

chaque goutte

efface une forme

sans rien détruire


le dehors

devient murmure


le dedans

devient présence


nous ne regardons plus

la pluie

nous regardons

le temps

passer sans partir



quelque chose en nous

cesse enfin

de vouloir arriver





nous ouvrons la fenêtre 
pour écouter et c'est le parfum qui nous frappe























déjà le ciel dessine d’impensables paysages

sans main

sans modèle

sans demeure


les nuages passent

et chaque forme

naît

dans sa disparition





















le visible

ne cesse

de devenir

avant même

que le regard

lui donne un nom



penser

commence ici

dans cette apparition

qui ne demande

aucune pensée


le ciel

ne représente rien

il advient


nous regardons l’infini

prendre forme

un instant





métaphore

une chose

en traverse une autre

la pierre

devient mémoire

le ciel

devient pensée

la nuit

devient silence

rien ne remplace

rien ne copie

le sens

se déplace

d’une rive

à l’autre

la métaphore

ne dit pas

ce qu’est la chose

elle ouvre

un passage

entre deux présences

et soudain

le monde

commence

à parler

sans mots
















langage en mouvement

le mot ne demeure pas




il passe
d’une bouche à l’autre
d’une langue à l’autre
d’un sens à l’autre



chaque phrase déplace ce qu’elle nomme














le langage avance
par glissements
bifurcations
écarts


il ne transporte pas
un sens intact

il le transforme
en chemin



et parfois
dans le mouvement du mot
quelque chose apparaît

que personne
n’avait voulu dire




éléments migratoires

le langage

arrive par vagues


un mot

déplace un autre


Voyelles

consonnes

fragments

débris

passent


rien ne demeure à sa place


la phrase

se forme

dans le déplacement


elle porte

des sédiments

d'autres langues



une vague

en recouvre une autre


puis se retire




ce qui reste n'est pas la langue

mais le mouvement

de ses éléments









murmuration

des centaines d’ailes


aucun chef

aucun centre


un mouvement

se transmet

d’un corps

à l’autre


la forme apparaît

puis disparaît

sans jamais

devenir fixe


chaque oiseau

ne sait rien

du dessin

et pourtant

le dessin existe



le monde

est cela

une intelligence

sans sujet

une pensée

sans penseur


un tout qui advient dans le mouvement de chacun












un fragment de quoi 

demandons-nous immédiatement


comme si toute chose

devait appartenir

à un tout



nous voulons le morceau et son origine

le nom

et la totalité














mais le fragment

résiste


il demeure

sans généalogie

sans totalité visible




pierre

éclat

phrase

souvenir



le fragment

n’est pas

une partie du monde

mais le monde

apparu

sous forme

d’absence








toute chose n’est-elle pas un tout


la pierre

ne manque de rien

elle est

sa propre totalité



le fragment n’est fragment que pour le regard

qui compare

qui sépare

qui cherche


un avant

un après

un dehors


chaque chose

porte en elle

son monde

non comme une totalité close

mais comme une présence

entière

dans l’infini





le tout

n’est jamais

la somme des parties


chaque chose dans sa singularité

est déjà

le tout

qui se donne







un fragment de phrase est une expression complète

il n’attend pas

la suite

pour exister



quelques mots

suffisent


un souffle

une image

une direction


la phrase entière n’est plus une ligne

mais une constellation


chaque fragment

porte son propre monde



la syntaxe se brise

le sens circule



hors de la totalité

le fragment

ne manque de rien

il ouvre




nous sommes finalement entourés de choses finies



une pierre

un visage

une tasse

une porte

un arbre


chaque chose

semble avoir

sa limite

son contour

sa fin

et pourtant



aucune ne s’épuise

dans son contour


la chose finie

ouvre sur l’infini

par sa présence même





l’infini

n’est-il pas

ailleurs


dans la profondeur inépuisable

de chaque chose
























où avancer il faut pour cela couler ici

comme la pierre coule


dans le temps

sans hâte

sans retour



















descendre jusqu’au fond du lieu présent

devenir lourd

devenir simple


ne plus chercher

la route

mais devenir

le passage



la pierre avance par son poids

le fleuve

par son abandon


nous

par cette lenteur

qui nous rend

à l’être





si pierre c'est couler 

sur le champ je me serai allant à la pierre laissé




couler

il faut une pierre


non pour descendre

mais pour céder

au fond


laisser le poids devenir chemin


la pierre ne cherche pas

où aller

elle consent

à sa gravité


et dans cette chute immobile

quelque chose avance




vivre


apprendre à couler

sans quitter

le lieu














jeudi, octobre 01, 2026

 





ce serait une expérience poétique intéressante d'éliminer toute conjonction de subordination de nos discours et écrits refuser de faire la moindre phrase qui en subordonne une autre et simplement remplacer bien que si parce que ainsi par conséquent ou depuis jusqu'à etc par et  essayer juste une journée ou bien une semaine ou peut-être renoncez-y pour Carême    Col Swensen































éliminer

les conjonctions de subordination


libérer la phrase

du lien de dépendance


plus de cause

plus de conséquence

plus de condition

plus de justification















les mots

marchent côte à côte

sans maître

sans hiérarchie


la langue

cesse d’expliquer


elle juxtapose

elle ouvre

elle déplace


pierre

vent

corps

lumière


chaque mot

devient un centre


chaque silence

une bifurcation


la syntaxe ne commande plus

elle respire


et 


la pensée

retrouve

son mouvement




le langage est     


idées floues

formes provisoires

brume 

entre 

les choses




le mot approche

désigne

s’éloigne


la pensée cherche une rive


le sens dérive

entre 

plusieurs possibles



rien ne coïncide


tout tremble

dans la phrase





parler

consiste moins

à saisir le monde

qu’à maintenir ouverte la distance

entre 

le mot et la chose



ce qui fut

demeure

en particules


poussière





le corps

le livre

la lumière

tout retourne

à l’infime


rien ne disparaît tout change de dimension


















l’opinion et la pensée

l’opinion adhère

elle recueille une idée une impression un jugement 
déjà disponible et peut s’y installer



elle 
dit 
souvent 

je pense que… 

avant même d’avoir véritablement pensé


la pensée commence 
lorsque cette évidence devient question





















elle ne cherche pas seulement à 
avoir raison 

elle cherche à comprendre à déplacer le problème
à éprouver ses propres certitudes


l’opinion conclut
la pensée 
ouvre

l’opinion cherche volontiers ce qui confirme
la pensée accepte ce qui dérange



l’une donne 
une réponse au monde

l’autre demeure
assez longtemps dans le monde  pour que 
la question change 
de forme



mais la pensée ne consiste pas à abolir 
toute opinion. 

elle peut partir d’une opinion la soumettre à l’examen
la transformer en problème puis éventuellement 
en connaissance


l’opinion 
possède une réponse

la pensée 
possède une question




atteindre cet instant où l’on découvre que ce que l’on croyait 
savoir était précisément ce qui 
nous empêchait 
de penser







le brouillard se prolonge en linguistique

les choses

perdent leurs contours


dans les mots

le nom

devient une brume

entre le monde

et ce que nous en disons


chaque phrase épaissit parfois ce qu’elle prétend éclairer



le langage

avance à tâtons

parmi les signes

et quelque part

derrière la syntaxe

demeure

l’inexprimable



ce qui était là

avant le mot

et qui restera

après lui




le brouillard n’est pas l’absence de sens

mais le lieu

où le sens

n’a pas encore

pris forme

















une manière nouvelle de sentir le temps
la conscience et la présence 
des autres


neuf choses 
à ne pas oublier dans Les Vagues


ne pas oublier 
que nous sommes plusieurs 
en nous-mêmes

une voix parle puis une autre surgit 
le moi n'est jamais 
une île fermée 




 
le temps nous transforme sans cesse
































l'enfant l'adolescent l'adulte
le vieillard ne disparaissent jamais complètement

ils continuent 
de vivre ensemble dans la mémoire



la vie est faite d'instants minuscules

une lumière sur un mur une vague un oiseau un mouvement 
du corps peuvent soudain contenir 
tout un monde




la conscience est un flux

les pensées 
ne marchent pas en ligne droite 

elles reviennent bifurquent se répondent se dissolvent 
comme des vagues




l'absence appartient à la présence

perdre quelqu'un ne signifie pas qu'il cesse d'habiter notre monde 
l'absent continue de modifier ceux qui restent



ne pas oublier 
que chaque existence est fragile

sous les apparences ordinaires de la vie se tient constamment 
la possibilité de la disparition


ne pas oublier 
que nous sommes reliés

les  voix sont différentes mais elles forment ensemble
une sorte de conscience collective 

chacun existe dans le mouvement 
des autres



ne pas oublier que le langage 
peut atteindre ce qui n'a pas encore de nom

Virginia Woolf 

cherche une langue capable de saisir les mouvements 
presque imperceptibles de la conscience


nous sommes des vagues

nous apparaissons nous nous séparons nous revenons nous disparaissons Mais la mer demeure  là est le secret du livre  accepter la disparition individuelle sans perdre le sentiment d'appartenir à quelque chose de plus vaste




Les Vagues 
tiennent dans cette tension 

nous sommes des êtres séparés qui ne cessent pourtant 
de chercher la mer commune où nos 
existences se rejoignent






















on a tous les âges à chaque instant


l’enfant

veille sous le vieil homme

le vieil homme

demeure dans l’enfant

rien ne disparaît

tout se superpose











les années

ne passent pas

elles descendent

en nous

comme des strates


un visage ancien regarde encore avec nos yeux

et celui que nous serons

respire déjà

dans le présent



nous sommes

la totalité

de nos devenirs

un seul instant

chargé de tous les temps




c’est un adolescent de jadis qui continue de régenter 

mon existence


il a gardé

ses peurs

ses élans

ses refus

et cette étrange idée

que le monde

devrait encore

devenir celui

qu’il imaginait




je croyais

avoir quitté

cet âge

mais il marche

toujours en moi

comme une ombre

qui connaît

tous mes chemins




vieillir

n’est pas devenir autre

mais apprendre enfin

à laisser parler

celui que nous fûmes

sans lui

obéir












elle persiste à noter les faits quotidiens


tout nous reste

mais les chemins d’accès au passé s’effacent


la mémoire
n’est pas un lieu

elle est
une profondeur



nous portons 
des mondes entiers dont nous avons perdu 
la porte


















le passé
ne disparaît pas

il devient
inaccessible


comme une chambre 
dont la lumière continue de brûler derrière 
un mur



l’oubli n’est pas la destruction

mais le retrait
du chemin

ce qui fut
demeure

sans retour


quelque part
dans l’obscur

le présent
marche encore

sur les traces
de ce qu’il
ne peut plus rejoindre






quelques mots sur le papier suffisent parfois

à rouvrir

un chemin

que le temps

avait recouvert







l’écriture

ne restitue pas

le passé

elle en retrouve

la trace


un mot

une date

une lumière

et soudain

ce qui semblait perdu

revient


non comme souvenir

mais comme présence


la page devient alors une porte entre ce qui fut

et ce qui demeure
















Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle éclipse Eco Ecosse écoute écritures ED Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile éveil Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. 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IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. L.R.des Forêts L.S L'EI là La Croix La parole de l'autre La vie de la montagne labyrinthe lac Lacs LADR lafabrique Laforgue Lagopède LALELES Lamantin LAME Lapiaz Laporte Roger Larry Eigner latin Laugier Laurent Margantin LBA LCC LCD LCDE LCDI LCDJ LCDP LCI LCR LCS LD LDB LDF LDLH LDM LDMC LDMH LDR LDS LDV Le Clézio Le Livre Le poème LEC LECDF LECLA Lectures LEDA LEDUI LEE Lee Ufan LEF légende légumes Leibniz Leibovici Leili Anvar Lely lensball lepoète Les eaux Les empereurs Les fils Les oiseaux lesoi Lespiau Lessing Lettres Lev Rubinstein Lex1 lex2 lex3 lex5 lex7 lex8 Lexie Lexique LFDH LFDLP LFDP LFDRT LFMR LFQ LGD LGDE LGDFASP LGDLM LGDP LGPDB LGS LGTDLP LGVDLH LHDD LHS LIDT lieux Lieux-source lièvre Ligne7 lignes Lionel André éclats Lionel André éditions Lionel André encres Lionel André photographies Lionel André randonnées LIQV Lisa Cairns list listes littéralité livrelit LJDP LLDLI LLDME LLDO LLDP LLDQ LLL LMDDDLH LMDF LMDLE LMDM LMV LO LOAN LODL LOGOS lois London Lorand Gaspar Lorenzo Menoud Louise Bourgeois Louise Glück LPC LPDLE LPDP LPDS LPI LPM LQDLE LRDD LRDP LRDR LRDT LRED LSDA LSDS LSDV LSMT LSNDLR LTDS LTO LTR LUELADC Lune Lupasco Lus & Mus Lux LV; LVB.TDSDC LVDDP LVDT LVESO LVLTDLO LVMDE Lyn Hejinian Lynn Schwartz M M.Caron M.Craig-Martin M.S.M M.Trinité Ma Macedonio Fernandez Machado Maestri Maggiore Maïakovski Mains maintenant Mais Mallarmé Malrieux Mandalas Mandelstam MANEKINEKO Manganelli Manifeste Manon mantra Manuel Joseph manuscrit Manzoni Map Marchand Marcheurs Marelle Marie Martin Ziegler Marx Masao Yamamoto masque Massera Matinaux Matsui Matta-Clarck Matton Mauguin Mavis Karn maximes MBK MBO MC McCord MCH McLuhan MDA MDC MDLADLE MDLF MDOU MEC Mécanisme Méditations Meillassoux Mélusine mémoire Memories Menus Meraviglia Merci Mercredi Mercure Merton Thomas messages Mesure Métamorphoses Métaphysique Métis Metro MFRC MG Michon micro microcosme mieux Millet Milton Mina Loy Misrahi Miura ori MJNYCR MK monade Mondo Monostiques Monosyllabes Montagnes et Glaciers Montagnes poèmes Montaigne Montale Monteiro Moore Morris mot mots Moving mp3 MPUSPM MSerres MTAS Mû murmure Murphy Murs et Fenêtres Muscle Musil musiq Musique MWLG Mystères MZD N N.M Nabokov Nadja Nagarjuna Nagori Nancy Napoli Narnia Nassim Haramein Nathaniel Tarn Nature Nauman NDBDP NDDP NDLT Néant Négation Neiges Neil Mills Némésis Nerval neuf Neutre Nice Niedecker Nietzsche Nihilisme Nirupana NLJNLH NOBUO noeuds Noguez Noir nOmbres Nonnos Norge NOTEPAD Notes-Book Notes-Rapides Notifications NOUS noûs Nouveautés Novae Novalis Novarina NP NPhS NRSNPEM Nuages Nuits O.Pé Oberland objets Objets d'Amérique Oblomov Ockham Octaèdre ODIN ODSI œil OELDT Ogadine Olivier Cadiot OLR OM ON ondes Onfray onthologie Opalka Oph. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shepherd Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thamazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie Tzara u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. 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