le premier mouvement est un constat
plus près du sinistre que le tocsin lui-même
puis vient une formule étonnante
nous composer une santé du malheur
il ne dit pas échapper au malheur
il ne dit pas le vaincre
il ne dit même pas le supporter
il dit composer
comme un musicien compose une œuvre
comme un peintre compose
la santé n'est plus l'absence d'épreuve elle devient
cette santé est une force spirituelle
elle ne nie pas la catastrophe
elle refuse simplement de lui abandonner l'âme
la dernière phrase
dût-elle avoir l'apparence de l'arrogance du miracle
résister au désespoir paraît parfois déraisonnable
continuer à croire en la beauté à la liberté à la poésie lorsque tout
René Char accepte ce risque
il préfère l'excès de confiance à la résignation
le miracle n'est pas ici une intervention surnaturelle
cette pensée est profondément tragique
elle ne demande pas d'espérer parce que tout ira bien
elle demande de demeurer vivant même lorsque
on retrouve ici un thème constant de René Char
autres fragments
la santé n'est pas l'absence de blessure
c'est la fidélité à la lumière malgré la blessure
le malheur est un climat
la santé est une manière de respirer
le miracle commence
plus l'époque s'obscurcit
plus la moindre flamme devient une responsabilité
il ne s'agit pas de survivre au sinistre
il s'agit d'empêcher qu'il devienne notre manière de penser
composer
