tu as séparé tes poings
tu les as ouverts
tu as posé tes mains de chaque côté de toi
tu écoutes ou plutôt tu attends
tu diriges ton attente vers des mots
tu reprends ton souffle comme après une course
tu regardes celui qui te parle et tu lui souris
tu murmure alors je vois
tu tombes à la renverse
tu ne te demande pas pourquoi
tes tempes sont si
étroites
tu racontes de si jolies choses
des
jours entiers
s'effritent dans
la solitude et l'eau
s'écoule au ras du sol
l'eau
l'abeille intime dit
Ovide
un point de vue
une phrase
un nom
une gêne bizarre
une fausse guérison
une région
vers laquelle je n'ose diriger mes yeux
un trou de mémoire persistant
une présence capitale
une blessure mortelle
une organisation éphémère
une sorte de livre physique
un livre incarné
une archéologie intime
tout se passe dans l'intime
comme si
les événements observables
de mon existence n'avaient sur mes ouvrages
qu'
une influence superficielle
ce qu'il y a
de plus important
l'acte même des Muses
est indépendant des aventures
du genre de vie
des incidents
et de tout ce qui peut figurer
dans
une biographie
qui favorise
l'épanouissement
de la vie intérieure profonde
la méditation
par son isolement
son calme feutré
ce qu'on sent
en sortant de la rue
pour entrer dans un temple
quelque chose
de recueilli
de doux
d'intime
de tendre et de consolant
un de ces coins intimes
où
l'on ne sait
plus rien du tapage
populaire
je marche souvent sur
un chemin que les mots ponctuent
comme le font les pierres pour former
un gué
je les aime ces mots
parce qu'ils acheminent vers moi
le meilleur
de mes souvenirs
un seul mot qui tombe
une esquisse
un regard
une enfance
un miroir
nous restons les jouets d'une ombre
sanglier singulier solitaire sanglots