célèbre le rouge d’octobre
sans vouloir le retenir
laisse-le embraser ton regard
puis disparaître
dans la terre
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
reste devant le rocher
regarde
porte ton regard
sur sa surface sans savoir ce qu’elle retient
perds-en les contours
retrouve-les
unis-toi à l’immobilité
qui travaille la pierre dans le silence
reçois sa présence dans son inépuisable opacité
n’exige pas de pénétrer son secret
détourne-toi reviens avec des yeux plus lents
suis les fissures les veines sombres
les éclats demeurés en suspens
approche la main sans toucher encore
écoute sous la rugosité la lente patience des siècles
laisse le lichen dessiner ses continents pâles
regarde la lumière glisser sur une arête puis s’effacer
sens ton corps reprendre son poids
reconnais dans ce rocher la montagne encore invisible
le fond ancien de la terre
avant même de voir l’abîme
demeure
la pierre
Roselend octobre 2026
reste devant les fleurs
respire
porte leur odeur devant ta pensée sans savoir qu’en faire
perds-la retrouve-la
unis-toi au rythme qui jette les plantes dans l’imprévu
reçois le même charme dans son inépuisable profusion
n’exige pas de pénétrer le secret
détourne-toi
reviens avec des forces fraîches
poursuis sur le talus le coquelicot égaré
les bluets demeurés en arrière
suis la bordure clairsemée jusqu’aux champs
annonce en toi l’étendue des blés
le moutonnement des nuages
regarde le coquelicot hisser sa flamme rouge
au bout de son cordage
laisse-la battre au vent au-dessus de sa bouée noire
et sens ton cœur battre
reconnais dans cette fleur la première barque échouée
avant même de voir la mer
crie
la mer
regard parole espace
je regarde
l’espace commence
je parle le regard se déplace
entre les choses un intervalle demeure
la parole n’y entre pas elle en dessine le bord
regarder encore jusqu’au silence
parler moins jusqu’à la présence
l’espace alors n’est plus ce qui sépare
mais ce qui laisse chaque chose être là
dans Regard parole espace il explore la peinture la poésie et l’architecture pour comprendre comment une œuvre fait surgir un monde
l’œuvre ne se contente pas de représenter une réalité préexistante elle instaure un espace une présence une manière nouvelle d’habiter le visible
une peinture n’est pas seulement une surface couverte de couleurs elle peut ouvrir un espace que le regard n’avait jamais rencontré
un poème n’est pas seulement un assemblage de mots il peut transformer notre rapport à la langue faire apparaître une dimension de l’expérience que le discours ordinaire laissait dans l’ombre
l’art n’ajoute pas simplement quelque chose au monde: il rend possible une nouvelle rencontre avec lui
le vent change la lumière se retire
le chemin demeure mais ce n’est plus le même chemin
quelque chose a eu lieu que rien ne préparait
et le monde un instant s’ouvre