de la figuration à l'abstraction sur ce jaune j'ai respiré
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
tout ce qui descend
finit par la trouver
mais sous cette ligne
une autre profondeur demeure
invisible
comme si le paysage avait laissé en lui
le tracé d’une chute qui n’a jamais eu lieu
l’opposé du thalweg dans la topographie est la ligne de crête
ligne de crête
ligne des points les plus hauts
qui sépare généralement
deux versants ou deux bassins versants
le ciel semble posé
sur cette mince arête
un pas suffit
pour changer de monde
mais la crête demeure,
thalweg / crête
creux / sommet
convergence / divergence
écoulement / partage
descente / élévation
eau / ligne de partage des eaux
le thalweg est ce qui
recueille
tandis que la crête est ce qui
sépare
le premier conduit vers
le bas
la seconde ouvre
les directions
soi l’interruption
le soi comme interruption est le moment où la continuité supposée de l’identité se fissure où le moi cesse de se raconter comme une totalité stable et rencontre dans cette brèche quelque chose qui le dépasse
l’interruption n'est plus rupture mais ouverture elle suspend le récit les habitudes les certitudes et laisse apparaître un espace antérieur au personnage que nous appelons soi le soi ne serait alors pas une substance mais une coupure un intervalle une respiration entre deux états
toucher interruption
toucher interruption
interrompre la distance
interrompre le soi
interrompre la séparation
pour laisser apparaître le monde à même la peau
la terre champ prismatique
sous chaque pas
une diffraction
la pierre se dédouble
dans la lumière
le sol n’est plus un sol mais une profondeur
qui change selon l’angle
un même lieu plusieurs apparitions
sous la surface,quelque chose disperse
silencieusement la lumière du monde
ATERMOIEMENT
hésitation prolongée
attente indécise
suspension entre plusieurs possibilités
ce qui scintille l’atermoiement
entre l’apparition et le retrait une lumière hésite
elle ne vient pas
elle ne disparaît pas
elle demeure
dans cet entre-deux
où le visible retient son souffle
un éclat suspendu
comme si
la lumière elle-même ne savait pas encore
si elle devait paraître
à claire-voie
qui laisse voir à travers une structure ajourée
ce qui laisse passer la lumière le regard le doute ou le mystère
une pensée qui ne clôt pas
une écriture qui laisse des blancs
une forme traversée par l’invisible
un langage qui montre sans tout dévoiler
une frontière qui sépare et relie à la fois
un voile qui laisse passer la lumière
à claire-voie de nouveau
la lumière passe
sans entrer
entre les lattes quelque chose apparaît puis se retire.
le dehors demeure dehors
le dedans n’est plus tout à fait dedans
dans cet écart
le monde se laisse voir
par fragments
comme s’il fallait une ouverture pour que l’absence
devienne visible
l’effroi du natal
venir au monde
comme entrer dans une lumière
trop ancienne
avant le premier visage
déjà quelque chose
nous précède
le corps arrive
le lieu demeure
dans cette première apparition
une étrangeté persiste
être ici sans avoir demandé d’où venait le ici