les arolles
les cimes descendent dans l’eau
dans cette transparence immobile
certains lacs ne reflètent pas seulement le paysage
mais la lenteur même du monde
le torrent ouvre
les prairies et les éboulis
dans cette vallée
l’on ne monte pas seulement vers la montagne
mais vers une manière plus nue d’habiter la terre
le ciel y vient sans bruit,
les herbes d’altitude y penchent leur lumière
les montagnes
dans cette eau discrète
les lieux les plus secrets n’ont pas besoin de légendes
leur silence suffit
le torrent
les pierres
le soir
dans cette halte offerte aux marcheurs
le refuge n’interrompt pas le voyage
il en révèle le cœur
minuscule au milieu des roches
il porte le matin comme une étincelle vivante
dans son chant plus léger que l’air
la plus vive des couleurs
les éboulis
le vent
les glaciers
dans cette pente
la montagne ne révèle jamais son secret
le ciel
les crêtes
le vent
dans cette retenue de lumière les lacs d’altitude
ne gardent pas seulement l’eau
ils gardent le silence
une austérité
la roche
les ombres
le vent
les sommets les plus sévères abritent
par la coulée du glacier comme vient la prairie
la lenteur
ouvrant la terre
le froid
déjà changé
en herbe
par la coulée du glacier comme vient la prairie
devenue lumière
le froid
ayant porté si loin
sa propre disparition
l’air seul
ici
séparé
de lui-même
ici
séparé
par
l’air seul
ici
ici
l’air seul
ici
où
se sépare
Pointe des Fonds
là où
la montagne s'amenuise
jusqu'à l'air
une pierre encore
puis presque
rien
le dernier appui avant le ciel
la hauteur portée à sa pointe
comme si
la terre cherchait encore à respirer
une arête où le vent
prend appui
l’air
avant ma voix
là
où
dehors
sur la bouche
le monde
prépare
ce que je respirerai
métaphysique
dehors sur ma bouche
mes souffles
ne naîtront pas de moi
mais de cette ouverture qui me précède
passage des eaux noires
le courant plus ancien que la nuit
la pierre écoute ce qui s’écoule sans lumière
une profondeur traverse le jour
là où
le visible
prend
un instant
le goût de l’invisible


