En-Haut
la plupart des voix que j'entends
viennent d'En-Haut
comment les nommer
anges
esprits
êtres de lumière
ou rien
qu'une voix
séparée de son corps
venue d'un lieu
sans lieu
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
c’est un transmetteur un être entre les mondes
entre chaos et clarté
entre monde inférieur et monde supérieur
entre obscurité et lumière du langage
un poème qui ne parle pas
mais qui laisse venir la voix de ce qui se retire
je marche dans la phrase comme on traverse une clairière
sans y laisser de pas
le sol est de cendre claire
l’air tremble un peu
chaque mot se retourne contre lui-même
comme un oiseau surpris dans le miroir du vent
je ne dis rien pourtant cela parle
quelque chose remue dans l’épaisseur du silence
une mémoire sans visage
une main sans direction
je ne suis pas seul mais personne n’est là
il n’y a que cette rumeur de feuilles intérieures
où le temps s’égare doucement
Samuel Wood ou un autre
peu importe le nom
il suffit de ce peu de souffle
pour que la nuit se déplie un instant
et que le monde
encore
tente de se souvenir de sa voix
les anciens Grecs entendaient
des voix
quitter la terre
je me suis oublié sur une planche au soleil
*
le non-humain a un nom
découverte
on peut l’appeler aussi invention
parfois
il croise dans les parages du destin et s’appelle l’inconnu
mais son nom de toujours
c’est la voix
*
voir
le jour à travers les barreaux
nommés
œil oreille narine
ils te tiennent depuis l’enfance
ils sont ta sauvegarde
contre tout ce qui cogne aux parois
mais au-dedans plus de frontières
vole nage
marche au bras
des formes les plus grandes
passe au travers des murs de poudre
à toi
d’assiéger le monde
témoin invisible
j’entends
une voix qui vient des rêves
cette voix
elle me parle sans arrêt
cette voix est douce
je ne la reconnais pas
elle change sans arrêt
cette voix parle
de moi
elle dit
le monde s’assombrit
elle dit
pour regarder une personne il faut se trouver
en face d’elle
elle confirme
les fantômes sont des existences qui visitent
ce qu’elle dit n’a rien à voir avec moi
bien au contraire
elle parle
de moi
elle s’échappe
de moi
de mon corps
mon corps est l’endroit
de sa venue son point
de départ
il peut s’agir
d’
une simple phrase
il arrive
parfois que la phrase soit plus longue
parfois complexe et même
incompréhensible
je l’entends souvent
sans y penser
sans réfléchir à rien
sans parler
sans bouger
*
ouvrir les yeux
dans cette trop vive lumière
du matin la douleur brûle les rétines et l’image piquetée
de points noirs
comme
des chevaux enflammés
d’amour parmi
des agrumes aux
douces blessures parmi
des blocs
de plâtre et
de souffre
la pensée dépasse la vitesse de la lumière laissant ce corps loin derrière comme il le fait des montagnes et des planètes
divers sont les hommes
divers les parlers
nombreux les noms qui ont convenu à
un seul amour
divers sont les parlers
divers sont les hommes
nombreux les noms qui conviendront à
un seul amour
la Peau de taureau
la curiosité de mille regards est dans mes yeux
elle s’enquiert d’imaginer ce que l’histoire aurait pu être si cette vision païenne d’habiter la terre dans ses résonances multiples n’avait pas été radiée étouffée
les voix
qui parlent au loin
sont la mer
elles parlent au loin
s’enracinent et mûrissent
dans le vent
l'être vit
se répète
le retour du même
le temps
la mort est la fin
de notre connaissance intuitive
de l'être
la mort est entrelacée de violettes
dessiner la mer
qu’ai-je de mieux à faire désormais
?
quoi de plus vain quoi de moins
?
il fait beau ce matin et j’ai achevé
de penser
et la mer est à faire
qui veille sur nous de si loin
infinitif complément
***
je ne sais pas si sa voix à elle est
une blessure
ou
un frisson
c’est
une voix fatale
craintive apeurée chuchotée haute
l’existence
si indéterminée
de quoi est-elle atteinte elle qui ne sait rien mais construit
une mémoire
pour se dissoudre dans les souvenirs
?
elle produit
une voix
qui procède d’
une négation
cette voix est derrière la tête
première rencontre
voix
voix idéales
bien-aimées
de ceux qui sont morts
ou de ceux
perdus pour nous comme sont les morts
parfois
elles parlent dans nos rêves
parfois
l'esprit en pensée les entend
Cavafis
et avec elles
un instant
reviennent
des sons de la première poésie de notre vie
comme
une musique
la nuit
lointaine
qui s'éteint