di soglia in soglia
de seuil en seuil
ce n’est pas l’arrivée qui demeure
mais le passage
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
l’ospite
Bene
Molto prima di sera
le soir est déjà annoncé
mais
il reste
encore loin
bien avant le soir
la lumière
demeure
Kristall
odeur du temps brin de lavande
l’amer et l’amande
le goût
de l’épreuve
et dans le même mot
presque
la promesse d’un
noyau
erfahren
erfahren
traverser
éprouver
et savoir parce qu’on est passé par là
eundo assequi
latin
atteindre en marchant
parvenir en allant
le chemin ne mène plus à l’atteinte
le chemin est l’atteinte
marcher et atteindre
en marchant
avancer et découvrir
que l’arrivée
le pas
la poésie est proprement la parole
la parole attestant la présence de l’humain
non pas en expliquant le monde
mais en y laissant la trace d’un souffle
une voix parmi les choses
qui dit simplement
je suis là
deux mots contre l’immense absence
une respiration devenue parole
le monde soudain attesté
par celui qui le traverse
loué sois-tu personne
la personne s’efface
et pourtant quelque chose demeure
à qui la parole dit merci
l’enfant se presse
saisi d’un haut frisson
comme si
avant l'éveil couper du bois
après l'éveil couper
du bois
allumer le feu
attendre
le monde paraît ordinaire parce que l'esprit attend
qu'il devienne extraordinaire
on cherche le sens derrière les choses
on cherche Dieu derrière le ciel
la vérité derrière les apparences
l'éternité derrière le temps
on voudrait franchir le monde pour atteindre ce qui serait
supposé se trouver au-delà
puis quelque chose se retourne
après l'éveil
couper du bois
le même bois
le même chemin
mais rien n'est plus tout à fait le même
la différence n'est pas dans les choses
elle est dans le regard qui cesse de leur demander
de devenir autre chose
le bois n'est plus une métaphore de l'existence
il est le bois dans les mains
le bruit de la hache
la fibre qui se sépare
la poussière
le souffle
tout ce qui était auparavant traversé pour atteindre un sens
devient le lieu même où le sens apparaît
l'éveil ne nous arrache pas au monde
il nous y restitue
avant
je coupais du bois en pensant à ma vie
après
je coupe du bois
avant
chaque geste était un moyen
après
le geste n'a plus besoin de conduire ailleurs
il est devenu sa propre destination
c'est peut-être cela
l'éveil
ne plus attendre que le réel commence
il avait commencé depuis toujours
nous étions simplement occupés à chercher autre chose
le paradoxe est alors radical
rien n'a changé
et pourtant tout a changé
le monde n'a pas été remplacé par un autre monde
c'est notre exigence d'un autre monde qui s'est dissoute
la montagne est toujours la montagne
la rivière est toujours la rivière
la fatigue est toujours la fatigue
la mort est toujours la mort
mais les choses ont cessé d'avoir à se justifier
elles existent
et cette existence suffit
peut-être que l'éveil n'est pas une lumière
qui descend sur le monde
c'est la disparition de ce qui nous empêchait de voir
que le monde était déjà dans la lumière
avant l'éveil
couper du bois
après l'éveil couper du bois
entre les deux
un immense silence
et dans ce silence rien à ajouter
rien à retirer
seulement le bois
seulement ce geste qui pour la première fois
n'attend plus d'être sauvé
de lui-même