cela
jusqu’à l’opaque
comme là
se prononce une blancheur
non pour paraître mais pour porter jusqu’au visible
ce qui demeurait sans lumière
cela jusqu’à l’opaque
là se prononce
une blancheur
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
Thurisaz
elle-même la porte avance
le vent
qui depuis toujours
habite
le seuil
***
feu pour brûler uniquement
donner
flamme fendue
le feu n'a pas de réserve
il ne garde rien
il se consume
dans l'acte même de donner
la flamme est pauvre
de tout ce qu'elle offre
elle ne possède
que son propre abandon
flamme fendue
comme si la lumière
s'ouvrait en deux
pour laisser passer
une clarté plus ancienne
une part monte
une part demeure
le feu ne cherche pas
à survivre
il accomplit sa générosité
le feu ne connaît qu'un seul verbe
donner
la flamme est une blessure verticale
dans la nuit
ce qui brûle véritablement n'accumule
jamais
la flamme fendue laisse voir l'intérieur
de la lumière
donner c'est brûler sans diminuer
l'origine
le feu consume le bois
la lumière consume l'obscurité
l'amour consume la séparation
pas sec
c'est le mot que retenait le vent
il ne l'emportait pas
il le portait
d'une pierre
à l'autre
le sentier parlait avant moi
chaque pas
retrouvait
sa syllabe
dans l'air
le vent
ne gardait rien
sinon
ce peu
de langue
que laisse
une semelle
sur la terre
le silence achevait le mot
non en le fermant mais en lui donnant
son dernier souffle
ce qui n'était pas dit
portait encore
la parole
le blanc
prolongeait
la syllabe
plus loin
que la voix
un mot ne s'arrête pas à sa dernière lettre
il continue
dans l'écoute
c'est peut-être là
que commence son véritable sens
le souffle que tu ne retiens pas est le tien quand tu respires
le souffle
que tu ne retiens pas
est le tien
non parce qu’il t’appartient
mais parce qu’il te traverse sans jamais s’arrêter
le souffle que tu ne retiens pas est le tien
au moment même où il cesse
de t’appartenir
le souffle
que tu ne retiens pas
là
seulement
tu respires
rafales de l’immobile
le silence
soudain pris de vent
minéral
la montagne
souffle sans bouger
métaphysique
ce qui ne passe pas
nous traverse
rafales de l’immobile
l'air heurte
ce qui ne cède pas
de cette rencontre
naît le monde
la crudité de l'air
l'air
n'a rien adouci
il est venu
droit
sans détour
la lumière avait le tranchant d'une pierre froide
le souffle
se dépouillait
dans cette netteté
jusqu'à l'os
rien
à quoi se tenir
sinon
cette transparence
qui coupait
plus sûrement
que le vent
d'un coup de vent et sans partage l'ouvert
le vent
n'a rien emporté
il a ôté
ce qui fermait
l'espace
est venu
d'un seul tenant
sans bord
sans recours
la lumière
n'avait plus
où s'arrêter
le regard
non plus
un seul souffle
avait suffi
pour que le monde
cesse
d'avoir
une limite
matin sur la lèvre plus épaisse
la nuit
n'a pas tout quitté
elle demeure
au bord
du souffle
la lumière
monte
avec peine
dans la chair
un mot
encore retenu
élargit
le silence
le jour
vient
par cette épaisseur
où la parole
avant de naître
garde encore
le goût
de l'ombre
montagne une fois encore
sans appel
la pierre plus ancienne que le pas
l'air
remis
à nu
le vent
n'a rien gardé
j'avance
dans ce qui
me précède
la crête ouvre ce qu'elle retire
un sommet
puis
le même
autrement
la montagne
ne revient pas
c'est moi
qui recommence
tâche du jour
à peine
un peu de lumière
à porter
jusqu'au soir
le vent
fera le reste
la pierre
n'attend pas
le pas
non plus
le jour
demande
si peu
tenir
dans l'ouvert
sans quitter
la lumière
soi-même air
sans contour
à peine
une respiration
où tenir
je passe
dans ce qui
me traverse
nul visage
à défendre
le vent me prête sa clarté
je demeure
dans cet air
plus léger
que moi-même
dehors venant du nord
l'air
n'a rien demandé
il est entré
droit
dans la lumière
la pierre
s'est éclaircie
du froid
le souffle plus court tenait davantage
un ciel
sans reprise
ouvrait
jusqu'à l'os
le nord
n'était plus
une direction
mais l'ouvert
un vide aura fait la soudure
non la matière
mais l'intervalle
le manque
a tenu
ce que le plein
séparait
une absence
plus résistante
que le métal
le blanc
rejoint
les deux bords
sans les toucher
ce qui était rompu
demeure
par ce qui n'était pas
matière sans destination
matière
qui ne va nulle part
elle demeure
dans son propre poids
sans promesse
sans issue
une avancée
immobile
matière insoutenable
non parce qu'elle écrase
mais parce qu'elle ne consent
à aucun ailleurs
elle est là
entière
comme une pierre
que rien
ne soulève
c'est peut-être
cette immobilité
qui finit
par porter
le regard
un pas et la route ira où j'ai été
elle ne me précède plus
elle se souvient
de la plante
du pied
la poussière
garde
un peu
de souffle
le chemin
ne conduit pas
il reprend
l'empreinte
déjà perdue
j'avance
dans ce qui
m'a quitté
et derrière moi
la route
commence
frein aussi a été le vent
non l'obstacle
mais la mesure
chaque rafale
reprenait
un peu
de l'élan
le pas
apprit
contre lui
sa justesse
le souffle
n'avançait plus
il tenait
et le vent
qui semblait refuser la route l'ouvrait par sa résistance
le monde est fait de forces qui ne parlent pas
la pierre le vent
la lumière
c’est nous
qui ajoutons la voix
le monde est fait de forces qui ne parlent pas
leur langue
est le poids
l’éclair
le froid
le monde est fait de forces qui ne parlent pas
elles déplacent les montagnes
ouvrent le ciel
ne demandent
aucun mot
le monde est fait de forces qui ne parlent pas
leur évidence est plus ancienne
que toute parole
le monde est fait de forces qui ne parlent pas
la phrase arrive après
comme une poussière sur le vent
l’air est droit
le souffle avance sans détour
le vent suit sa ligne
la clarté traverse l’espace
le froid tient sa place
le corps reçoit l’air
le ciel demeure ouvert
le mouvement reste simple
l’air persiste
la droiture demeure
les images arrondies ont disparu
la page
garde encore
leur élan
la blancheur
a roulé plus loin
un mot
reste debout
contre l'air
la pierre
a repris
son silence
ce qui manque
ouvre davantage
la lumière
vient
par l'effacement
rappelez-vous
que vous n’avez pas de forme
le corps prend une forme
la forme change
la présence demeure
le souffle continue
le mouvement traverse
aucune figure ne dure
la forme passe
la présence reste
la conscience est
la source est dite
tout ce qui est apparaît
la présence se manifeste
les formes surgissent
les formes disparaissent
la conscience demeure
la source ne cesse pas
l’être se tient
tout est
une ombre portée
par la pensée
ce que l’esprit ajoute
à la lumière
jusqu’à oublier que le monde
n’avait besoin d’aucun commentaire
un pas en défaut produit l’abrupt
la montagne
n’attendait
que cette hésitation
pour se dresser
dans toute sa verticale
le tarissement
le vent
à l’extrémité du jour
dernier souffle avant que la lumière
ne retire son nom
l’air continue
seul
à porter
ce que le soir
ne peut plus dire
l’existence ne tient qu’à ce lien invisible
une amarre de souffle
au-dessus
du néant
nous sommes des nomades sur un pont impossible
tendus entre l'ancrage et l'appel
du géant
être lié au vent c'est accepter la danse
la souplesse du roseau
sous la main
de l'éther
ce fil n'est pas prison il est notre chance
L'art de rester léger
sans quitter
la terre
montagnes et montagnes
c'est un dialogue de pierre qui n'en finit jamais Où la terre s'obstine à vouloir toucher l'air L'horizon se démultiplie en de sombres sommets Comme une houle fixe figeant le temps amer
D'une cime à l'autre c'est le même silence Le même poids d'abîme et de sérénité Multiplier les hauteurs n'est plus une distance Mais l'apprentissage pur de la verticalité
11 décembre jour froid le long de la Chaise
le froid donne les encoignures de l’étendue
le froid dessine
les angles du monde
l’étendue se met à respirer dans ses lignes gelées
là où le froid touche
le vaste se replie en coins secrets invisibles
au regard chaud
le froid apprend à voir l’espace
chaque souffle glacé révèle une arête de l’étendue
dans le froid
l’infini
se plie
en angles
que seule
la glace révèle
il écrit non pas pour raconter mais pour ouvrir
il taille dans le réel des fenêtres instantanées
on lit ses phrases comme on marche dans un rayon de soleil
c’est un architecte du clair
oui mais à condition d'entendre le mot spirituel dans un sens très particulier Chez André du Bouchet il ne s'agit ni d'une spiritualité religieuse ni d'une mystique fondée sur une révélation ou une transcendance Son œuvre propose plutôt une ascèse de l'attention une manière d'habiter le réel jusqu'à son point de plus grande nudité
on peut dégager plusieurs enseignements
Du Bouchet ne cherche pas à imposer un sens au monde Il laisse le monde parler avant le langage La montagne le vent la pierre la neige le vide ne sont pas des symboles ils sont des présences Le poème devient l'exercice par lequel la conscience renonce à dominer ce qu'elle rencontre
c'est une véritable discipline intérieure
voir avant de nommer
les blancs de la page sont aussi importants que les mots
ils ne signifient pas un manque mais un espace disponible
spirituellement cela rappelle certaines traditions contemplatives
le silence n'est pas l'absence de parole
il est la condition de son authenticité
le poème apprend à ne pas remplir immédiatement le monde d'explications
le je de Du Bouchet n'est jamais
un sujet psychologique qui raconte son histoire
il est un point de passage
le vent traverse le poète autant que le paysage.
le sujet cesse d'être le centre
il devient un lieu où le monde advient
cette attitude évoque autant la phénoménologie que certaines intuitions du zen ou du taoïsme sans que Du Bouchet ne s'y rattache explicitement
le temps n'est pas une succession d'événements
un souffle une lumière sur une pente une pierre dans l'air
suffisent à ouvrir une profondeur qui échappe au temps chronologique.
l'éternité n'est pas ailleurs
elle affleure dans l'intensité de l'instant pleinement vécu
la marche occupe une place essentielle
elle n'est pas déplacement mais transformation
chaque pas engage tout l'être
le paysage devient une pédagogie
l'abrupt le vent la neige enseignent davantage que les concepts
la montagne n'est jamais décorative
elle oblige à une justesse de présence
chez Du Bouchet, écrire consiste à approcher le mot juste
sans jamais croire qu'il possédera la chose
cette humilité est profondément spirituelle.
elle suppose que le langage reste fidèle à ce qui le dépasse
le poète ne crée pas le monde
il s'efforce de ne pas le trahir
contrairement à des poètes comme René Char
qui laisse parfois entrevoir une dimension oraculaire
ou Rainer Maria Rilke qui ouvre sur l'invisible
Du Bouchet demeure fidèle à une immanence radicale
il ne promet rien
il ne révèle aucun arrière-monde
le monde visible suffit
pourvu qu'on le rencontre sans écran
Ainsi, la poésie d'André du Bouchet ne conduit pas vers une vérité cachée derrière les choses Elle invite à une disponibilité si entière que les choses les plus simples une pierre une rafale une pente une éclaircie deviennent le lieu même où l'être se manifeste Ce n'est pas une spiritualité de l'élévation hors du monde mais une spiritualité de l'exposition se tenir dans l'air devant le réel jusqu'à ce que le langage et le silence trouvent leur juste mesure
cinq mots
très légèrement chromatiques ou atmosphériques
les ici sont des maintenant
poussière
glissant vers
le gris
nuit dérivant sous la braise
ombre
penchée contre la pluie
souffle
perdu dans le blanc
brume
tirant vers l’ocre
aube dissoute dans la cendre
vent dormant sous la pierre
silence posé sur le bleu
terre rompue par la lueur / néant incliné vers la gloire
givre
coulant entre deux ombres
brouillard appuyé
sur l’
os
pluie glissant hors du temps / éclat tourné vers la poussière
nuit broyée dans la
lumière
sable ouvert sur la nuit
brèche mordant
dans le
ciel
ombre tirant vers l’aube / feu replié dans le froid
cendre tirant sur le bleu
sur
le trajet
du
soleil
cendre bleue lumière mourante
braise froide
teinte
céleste
bleu cendré fin suspendue reste d’incendie
céleste
terre est le visage
gris montant vers l’air
bleuité
posthume
cendre rêve de ciel souffle pâli bleu faible
nuit broyée en poussière
lueur survivante
déteinte
abandon bleuté
résidu d’aube
chute couleur air
silence brûlé braise devenue ciel
le support de nouveau était vide
le disponible et le vide
la poésie d’André du Bouchet se caractérise par une langue très dépouillée minérale proche du souffle où le poème avance par éclats
ses mots récurrents renvoient souvent à des éléments naturels à des phénomènes de perception et au geste même d’écrire
ils forment l’ossature de son imaginaire
air
vent
souffle
courant
respiration
souffle coupé
pierre
roche
sol
paroi
fissure
poussière
gravier
feu
brûlure
braise
chaleur
éclat
eau
pluie
torrent
froid
glace
neige
ciel
horizon
bord
crête
pente
espace
ouverture
vide
dehors
marche
pas
souffle
face
main
peau
poids
présence
le rapport entre le poème et la page est central chez lui
page
blanc
rature
trait
rupture
mot
silence
le contraste entre apparition et effacement structure sa poésie
lumière
ombre
éclat
nuit
obscur
blanc
noir
heurt
frottement
écart
rupture
retrait
arrêt
déchirure
chez lui le temps est discontinu ponctué
instant
soudain
surgissement
commencement
passage
retard
trace
souvent très sobres
blanc
noir
gris
bleu pâle
ocre
aujourd'hui c'est
Thénésol la Corria forêt profonde
novembre
2025
ici monde
à nouveau l’autre monde où
pour chacun n’être pas en possession de se rejoindre nous
ne nous rencontrons pas
Ici monde à nouveau l’autre monde
comme si le monde dans sa répétition contenait déjà son envers
chaque ici est un ailleurs chaque apparition un reflet
le monde que nous habitons se double d’un autre
intérieur invisible décalé d’un souffle
où pour chacun n’être pas en possession de se rejoindre
c'est là le cœur du vertige
chacun existe mais sans être en pleine possession de soi
nous sommes morcelés différés
incapables de nous rejoindre entièrement même en nous-mêmes
nous ne nous rencontrons pas
la conséquence tragique et douce
la rencontre est toujours manquée ajournée traversée par la distance d’être
Le poème parle d’un monde en déphasage
où chaque être erre dans sa propre vibration
trop lente ou trop rapide pour coïncider avec celle de l’autre
deux mondes
le monde apparent où nous vivons agissons parlons
l’autre monde celui du dedans du silence de la conscience
entre les deux il n’y a pas rupture mais glissement
on passe de l’un à l’autre comme l’eau passe la pierre
lentement par infiltration
ici monde à nouveau l’autre monde
le monde visible est le revers du monde intérieur
la rencontre impossible vient de là
chacun se tient dans son envers
ici monde à nouveau l’autre monde
nous marchons l’un dans l’autre
sans le savoir
le jour traverse nos corps
sans nous confondre
la parole tombe
avant d’avoir touché
pour chacun n’être pas en possession de se rejoindre
c’est vivre
nous ne nous rencontrons pas
là
un instant
le monde se souvient
de son double
Col du Pré
novembre
2025
j’avance à pas de silence
le sol s’écrit sous mes semelles
puis s’efface derrière moi
comme si
la marche était gomme autant que crayon
chaque pas me retire un poids
à force d’aller je deviens la trace qui s’efface
sentier sans bord
oubli en marche
chemin faisant ou défaisant
c’est le même pas
le chemin
n’est plus direction
mais
processus
lieu
où l’être
se tisse et se défait
simultanément