une extrême exigence
de la forme du silence et de la beauté
elle entretient une relation presque ascétique
avec la littérature
pour elle écrire ne consiste pas à produire davantage de langage
mais à atteindre une parole débarrassée
du superflu
le mot juste devient une sorte de pierre précieuse
rare dense nécessaire
la poésie est chez elle une discipline
de l'attention
elle se rapproche de la mystique du conte de la liturgie
et de la tradition symbolique
elle s'intéresse aux formes anciennes parce qu'elle y perçoit
des structures capables de résister à l'usure
du langage moderne
elle traduit notamment des auteurs et des textes
très éloignés les uns des autres
de la littérature anglaise aux traditions spirituelles
orientales et chrétiennes
la traduction devient pour elle une forme d'écoute extrême
entrer dans une autre langue pour en préserver
non seulement le sens mais
la respiration
son rapport à la tradition est essentiel Elle refuse de considérer l'ancien comme un simple passé Une forme traditionnelle peut continuer à être vivante lorsqu'elle conserve sa capacité de révélation Le temps n'est donc pas seulement accumulation il peut être profondeur
elle se tient également à distance de la littérature conçue comme confession personnelle Elle préfère la métamorphose du moi dans une forme plus vaste Le poème ne dit pas seulement je il cherche ce qui à travers le je appartient à une mémoire plus ancienne
elle avance dans la littérature
comme on avance dans une chambre silencieuse
elle enlève une parole
puis une autre
jusqu'à ce que demeure le presque rien
une image
un rythme
une prière
une lumière sur une pierre
elle sait que le silence
n'est pas l'absence du langage
il est son horizon
toute son œuvre tend
vers cette forme paradoxale de poésie
une parole si exacte qu'elle devient presque silence
une beauté si dépouillée qu'elle cesse
d'être décorative et devient
une manière de
connaître



