c'est une onde qui poudroie en motifs de soie
nul besoin de parapluie sous cette pluie de fleurs
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
tes passions étaient des démons
elles sont devenues
tes vertus
ne cherche pas une morale universelle
ta vertu est trop singulière pour être nommée
elle naît de ton propre chaos
transfigurant tes tourments en une harmonie supérieure
c'est le sacrifice de soi
dans l'embrasement de sa propre lumière
il a tué pour le sang
non pour le vol
son acte était une révolte muette contre
une âme trop étroite
mais son esprit
ne peut supporter l'image de son geste
il est le pâle condamné par sa propre
conscience
un homme qui a brisé la loi sans avoir la force
de sa propre liberté
il est la preuve que la grandeur
sans l'affirmation de soi devient
une maladie
d'un côté
la sueur du sang
de l'autre
la légèreté de l'oiseau
écrire avec son sang
c'est vouloir être non seulement lu
mais appris par cœur.
Zarathoustra
méprise les oisifs qui lisent pour passer le temps
la sagesse est une cime
où l'on ne marche qu'en riant de toutes les tragédies
car celui qui voit l'abîme
mais avec des yeux d'aigle
possède la seule connaissance qui vaille
words words words
dit
Hamlet
quand les mots se multiplient sans s'incarner
ils deviennent une forêt où la vérité s'égare
Hamlet pointe ici l'impuissance du langage
une armure de syllabes
qui au lieu de révéler le monde finit par le masquer
c'est le moment où le verbe n'est plus un pont
mais un labyrinthe
un dialogue entre le masque et la vérité
le fard dessine un rire
le visage attend dans l'ombre
le miroir sait la blessure
le masque n'est pas toujours le contraire de la vérité
il est parfois le seul vêtement que celle-ci peut porter pour supporter
le regard des autres
la vérité est un feu nu
tandis que le masque est la lanterne
le drame commence
quand on oublie que la lanterne n'est pas la lumière
mais seulement ce qui permet de la transporter
sans se brûler
quelqu’un tout le monde et puis personne
Fix n'attend plus
car il n'y a plus personne à arrêter
le monologue intérieur s'est tu dans la
sympathie avec l'Intelligence
le miracle est accompli
nous ne sommes plus des moines gardant des reliques,
nous sommes le blanc de la page
tout est désormais poudroiement et silence
ceux qui méprisent la chair
croient être des esprits purs
mais ils ne sont que des instruments brisés
de leur propre Soi
le corps est la grande raison
un système de sens multiples qui crée l'esprit
comme son outil
haïr le corps
c'est vouloir la fin du vouloir
un suicide métaphysique qui craint la danse de la vie
las du monde
les hommes ont projeté leurs souffrances
dans un au-delà illusoire
un ciel de fumée né de leur propre fatigue
c'est l'esprit qui
dans son agonie
invente des dieux pour nier la terre
la guérison réside dans le retour au corps
ce temple unique qui ne connaît d'autre éternité
que celle du présent
seul
le narrateur
défend la fugitive
c'est alors
qu'une vieille dame anglaise
Mrs. C.
touchée par sa tolérance
décide de lui confier le secret qui la tourmente
depuis vingt ans
le récit des vingt-quatre heures
où elle a elle aussi failli
tout perdre
l'histoire que raconte
Mrs. C.
se déroule au Casino de Monte-Carlo
vingt ans plus tôt
alors qu'elle observe les joueurs
elle est fascinée par
les mains d'un jeune homme
ces mains trahissent une passion dévorante
une détresse absolue
le jeune homme vient de tout perdre au jeu
et semble prêt à se suicider
prise d'un élan de pitié ou d'un désir inconscient
elle le suit
l'arrête
l'emmène dans une chambre d'hôtel
pour le protéger de lui-même
elle passe la nuit avec lui
en seulement quelques heures
cette femme sage et rangée est métamorphosée
elle est prête
à tout quitter pour cet inconnu
à lui donner son argent et sa vie
persuadée qu'elle peut le sauver de son addiction
le lendemain
elle lui donne rendez-vous pour partir avec lui
mais en retournant au casino
elle le retrouve
à nouveau à la table de jeu
misérable
l'insultant
alors qu'elle tente de l'arracher à sa folie
en un instant
l'illusion se brise
Z
analyse avec
une précision chirurgicale comment
une pulsion
le jeu pour lui
l'amour fou pour elle
peut anéantir toute morale et toute éducation
en un temps record
tout le livre repose sur l'idée
qu'une seule journée
peut peser plus lourd qu'une vie entière
Z
montre que le temps n'est pas linéaire
mais émotionnel
c'est
un récit
sur la libération par la
parole
Mrs. C.
a gardé ce secret
pendant des décennies
et le raconter au narrateur est sa manière de se pardonner
sa propre faiblesse
passée
Strette
accélération du sens
les voix se poursuivent se chevauchent
le temps se resserre
ce qui était distinct s’entrelace
jusqu’à l’intensité maximale
avant la résolution
la strette en musique comme en poésie c'est le moment où les thèmes se précipitent se chevauchent et s'enserrent avant l'accord final c'est l'accélération ultime de l'ostinato le resserrement du nœud gordien avant qu'il ne soit tranché par la faucille du désert