samedi, août 15, 2026

sol invictus  le soleil invaincu 

est d'abord une divinité du monde romain tardif dont le culte fut particulièrement développé sous l'empereur Aurélien au IIIᵉ siècle

le Dies Natalis Solis Invicti naissance du Soleil invaincu  était célébré le 25 décembre au moment où les jours recommencent à croître après le solstice d'hiver

mais chez Friedrich Nietzsche
Sol Invictus prend une portée plus intérieure


dans Ecce Homo
il écrit 














je vis encore, je pense encore : il me faut vivre encore, car il me faut penser. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd'hui chacun se permet d'exprimer son vœu le plus cher : je vais donc dire, moi aussi, ce que je voudrais aujourd'hui de moi-même, quelle pensée m'est venue cette année pour la première fois — quelle pensée sera peut-être pour moi raison, garantie et douceur de toute ma vie future ! 

Je veux apprendre toujours davantage à voir dans la nécessité des choses le beau : — ainsi je serai de ceux qui rendent les choses belles. Amor fati : que ce soit désormais mon amour ! ... 

Je ne veux pas faire la guerre au laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Que détourner le regard soit mon unique négation ! Et, somme toute et en grand : je veux être un jour quelqu'un qui ne dit que Oui ! 




le Soleil invaincu devient alors le symbole de celui qui continue à rayonner malgré l'hiver malgré l'épreuve sans attendre un salut extérieur il ne triomphe pas du monde  il affirme le monde



sol invictus

le soleil ne vainc pas la nuit
il revient sans haine

chaque hiver l'éprouve

aucun
ne le défait

sa victoire est de paraître
encore



la lumière n'a pas besoin
de vaincre

elle suffit à se lever


être
invaincu
ce n'est pas
ne jamais tomber


c'est revenir sans amertume avec le jour
et dire une fois encore

oui
à la terre




***

un discours qui ne serait pas du semblant


ne prétendrait pas

posséder

le vrai

il parlerait

jusqu'au bord

où les mots

renoncent

à régner



la parole

ne cacherait plus

son vide

elle l'offrirait

comme sa source


chaque phrase laisserait paraître ce qui lui échappe


alors

le silence

ne viendrait plus

après le langage

il parlerait

à travers lui























l’infime et le suprême 

l’infime est ce qui échappe au regard pressé  

un grain de poussière
une goutte d’eau
une inflexion de voix
un silence entre deux mots

il est le presque rien où le réel concentre 
son secret

l’infime ne réclame pas l’attention 
il la mérite



le suprême lui est ce qui dépasse toute mesure

il est 
l’accomplissement
l’absolu
l’intensité la plus haute




















le suprême n’est pas seulement le plus grand 
il est ce devant quoi toute comparaison 
devient vaine

il ouvre l’horizon de 
l’inconditionné





entre l’infime et le suprême se déploie 
une correspondance mystérieuse : 

l’infime est souvent la porte du suprême
Plus le regard s'affine plus l'immense s'y révèle

l'absolu ne se manifeste
 pas toujours dans l'extraordinaire 

il se laisse parfois entrevoir 
dans la plus humble des présences




ainsi

le suprême ne s'oppose pas à 
l'infime

il s'y recueille

une goutte peut contenir 
l'océan

un souffle l'infini
une seule fleur le printemps tout entier




l'être atteint sa plus haute intensité lorsqu'il découvre 
que le plus petit est déjà l'image 
du plus grand



























je reconnais à leur toile les tarentules

dans l'esprit de Nietzsche 
les tarentules

ne mordent pas le corps
elles inoculent
une manière
de juger

leur toile est faite
de principes où le ressentiment
s'appelle 
justice

elles craignent
moins la force que la joie

car la joie
est le seul venin auquel leur poison
ne résiste pas




























tout est d'une clarté étonnante

d'une acuité

absolue


l'air

a retiré

jusqu'au dernier voile


la pierre

est plus pierre

le ciel

plus ciel














chaque contour

tient

dans une précision

sans appel


le regard

n'ajoute rien

il reçoit

le monde

comme une lame

de lumière


tout est là sans hésitation

et cette netteté

ne ferme rien

elle ouvre

plus loin

encore

l'inépuisable




beaucoup de pourquoi au malheur

pas de pourquoi

au bonheur


la douleur

cherche

une cause

la joie

une présence


le malheur

interroge

sans fin

le bonheur

ne demande

rien


il est comme la lumière

elle n'explique pas

elle éclaire


nous voulons

comprendre

ce qui blesse

nous oublions

d'habiter

ce qui comble


le bonheur n'est peut-être pas une réponse

mais la fin

des questions

lorsque le monde

suffit








sera heureux celui ou celle pour qui tout est très important et
en même temps sans aucune importance



sera heureux
celui ou celle
pour qui tout
est infiniment important
et, dans le même temps
sans aucune importance


 


le bonheur commence peut-être
lorsque chaque chose
reçoit une attention absolue
sans qu'aucune
exige d'être possédée



 

le paradoxe est fécond  tout est important parce que chaque instant mérite une présence entière  rien n'est absolument important parce que rien ne doit devenir un objet d'attachement. 

c'est la rencontre de l'intensité et du détachement une intuition que l'on retrouve aussi bien chez les stoïciens que dans le taoïsme et certaines traditions contemplatives




 

La montagne interdite

Il y a des interdictions qui protègent. Et il y a des interdictions qui révèlent une civilisation. Lorsqu'il devient suspect de dormir une nuit sous les étoiles ou de se plonger dans l'eau glacée d'un lac d'altitude, ce n'est plus seulement une réglementation qui se met en place : c'est 

une métaphysique du contrôle qui s'installe silencieusement.

L'époque prétend protéger la nature. Mais de quelle nature parle-t-elle ? D'une nature vivante, offerte à l'expérience intérieure, ou d'une nature muséifiée, transformée en objet administratif ? 

Le paysage cesse alors d'être une présence pour devenir un patrimoine sous surveillance. La montagne n'est plus une rencontre ; elle devient un territoire réglementé où chaque geste doit être autorisé.

L'interdiction ne retire pas seulement une liberté extérieure. Elle rompt un lien ontologique. Car se baigner dans un lac de montagne n'est pas une simple activité de loisir. C'est laisser son corps retrouver l'élément dont il provient. C'est éprouver dans l'eau glacée une vérité que nul discours ne remplace : le monde existe indépendamment de nous, et pourtant il nous accueille. 























Dormir en bivouac n'est pas davantage un divertissement. C'est consentir à redevenir, pour une nuit, un habitant de la Terre plutôt qu'un consommateur d'infrastructures. Entre la roche, le vent et le ciel, l'homme retrouve une condition plus ancienne que toutes les civilisations : celle d'un être exposé au réel.

Ce que redoute une société saturée de médiations, ce n'est peut-être pas le bivouac lui-même, mais l'homme que le bivouac fait naître. Un homme qui découvre qu'il peut vivre quelques heures sans réseau, sans commerce, sans surveillance permanente, sans autre toit que la voûte céleste. Cette autonomie est philosophiquement dérangeante. Elle rappelle qu'il existe une liberté antérieure aux institutions : la liberté d'habiter le monde.

L'inflation des interdictions est souvent présentée comme un progrès moral. Pourtant, une civilisation qui multiplie les défenses risque de produire des individus qui ne savent plus discerner par eux-mêmes. À mesure que la règle remplace le jugement, la responsabilité s'atrophie. On ne demande plus à chacun d'être digne d'un lieu ; on lui interdit simplement d'y être. L'éthique est remplacée par le règlement.

Il serait naïf d'ignorer que certains sites fragiles doivent être préservés ou que certains comportements irresponsables causent des dégradations réelles. Une communauté politique a légitimement le devoir de protéger des milieux sensibles. Mais lorsque la réponse privilégiée devient systématiquement l'interdiction générale plutôt que l'éducation, la proportionnalité ou la responsabilité individuelle, quelque chose change dans la manière même de concevoir l'homme. Celui-ci n'est plus regardé comme un être capable de mesure, mais comme un risque à neutraliser.

Cette logique appartient à une ontologie implicite : le vivant n'est plus une relation, mais une variable de gestion. La forêt devient un espace réglementaire, le lac un périmètre, le sentier une circulation à canaliser. Tout ce qui échappe à la quantification apparaît comme une anomalie. La montagne, autrefois lieu de l'imprévisible, est peu à peu absorbée dans l'immense cartographie administrative où chaque liberté doit recevoir son mode d'emploi.

Or la montagne n'a jamais été un parc d'attractions. Elle est l'un des derniers lieux où l'homme rencontre une réalité qui ne lui obéit pas. Le froid, l'altitude, le silence, la fatigue, la nuit étoilée enseignent une humilité que nulle réglementation ne peut produire. C'est précisément parce qu'elle résiste qu'elle élève. Vouloir supprimer toute part de risque, c'est peut-être supprimer aussi toute possibilité d'initiation.

D'un point de vue métaphysique, la montagne rappelle que le monde n'est pas fait uniquement pour être administré. Il est d'abord une apparition, une présence qui excède toutes nos catégories. Le lac n'est pas seulement une masse d'eau ; il est une profondeur où le ciel vient se réfléchir. Le bivouac n'est pas une occupation du sol ; il est une manière d'habiter le cosmos. Dans le sommeil sous les étoiles, l'homme cesse un instant d'être enfermé dans l'architecture de ses propres constructions. Il retrouve la disproportion fondatrice entre sa fragilité et l'immensité.

Une civilisation se révèle moins par les libertés qu'elle proclame que par les expériences qu'elle rend progressivement impossibles. Lorsque l'accès immédiat au monde devient exceptionnel, lorsqu'il faut des autorisations pour éprouver la simplicité des éléments, il est permis de s'interroger sur le sens profond de cette évolution. Ce n'est pas seulement une question juridique ; c'est une question spirituelle.

Le danger ultime n'est peut-être pas que l'on interdise quelques baignades ou quelques bivouacs. Le danger est que nous finissions par considérer comme normal qu'une existence libre doive constamment demander la permission d'exister.

Alors la montagne demeurera debout. Les lacs continueront de refléter les constellations. Mais quelque chose se sera éloigné de l'homme : la certitude immémoriale que la Terre n'était pas seulement un territoire à gérer, mais une demeure où l'âme pouvait encore respirer.




























le bonheur est un acte de courage

il faut

davantage

de force

pour dire oui

que pour se plaindre

davantage

de lumière

pour accueillir

le jour

que pour compter

ses ombres











le bonheur ne nie rien

ni la perte

ni le froid

ni la mort

il consent

à la totalité

du monde

sans retirer

sa main



être heureux

c'est demeurer

fidèle

à la vie

lors même

qu'elle ne promet

rien

et cette fidélité

est peut-être

la plus haute

forme

du courage



dans un monde qui valorise la plainte et la victimisation, 
oser être heureux relève d’une forme 
de résistance



le plus beau

des courages

est celui

d'être heureux

non malgré

le monde

mais avec lui


ne pas attendre

que tout soit

accompli

pour consentir

à la lumière


accueillir

la pluie

comme le soleil

la pierre

comme la fleur

le silence

comme le chant


être heureux

ce n'est pas

ignorer

la blessure

c'est refuser

qu'elle soit

la seule vérité


il faut

un grand courage

pour dire oui

au jour

sans garantie

pour demeurer

ouvert

quand tout

invite

à se refermer



la discrétion est la première des vertus

elle ne cherche

ni la preuve

ni l'éclat

elle laisse

les choses

venir

à leur heure


on lui doit bien des instants de bonheur


car le bonheur

aime

ce qui ne se montre pas


une lumière

sur une pierre

un vent

dans les herbes

une parole

retenue


la discrétion

n'efface pas

la présence

elle la rend

plus profonde


ce qui demeure sans bruit est souvent ce qui dure

le plus longtemps



le bonheur est une décision

non celle

d'ignorer

la douleur

mais celle

de ne pas

lui remettre

le gouvernement

de sa vie


il faut

du courage

pour accueillir

le jour

sans attendre

qu'il soit parfait


la plainte est facile elle rassemble elle se répète


le bonheur

demande

une fidélité

plus exigeante

il ne suit pas

la foule

il choisit

la lumière

même fragile


être heureux

ce n'est pas

se croire

au-dessus des autres

c'est refuser

que le ressentiment

devienne

sa demeure
















 
Nietzsche écrit 


Au-delà du Nord, de la glace, de la mort — notre vie, notre bonheur... Nous avons découvert le bonheur, nous connaissons le chemin, nous avons trouvé l'issue de milliers d'années de labyrinthe. 


ce texte concentre 
plusieurs thèmes majeurs de sa pensée

le Nord la glace et la mort 

ne désignent pas seulement des réalités géographiques ils figurent une longue traversée de l'ascèse de la négation de la vie des valeurs qui condamnent les instincts traverser la glace c'est quitter un monde où l'existence est jugée selon un arrière-monde






















Le labyrinthe

est celui de l'histoire spirituelle de l'Occident  les métaphysiques les morales de renoncement les illusions qui détournent l'homme de la terre Trouver l'issue ne signifie pas découvrir une vérité définitive mais retrouver une manière d'habiter le monde sans le déprécier


le bonheur 

dont parle Nietzsche n'est ni le confort ni le repos il est la joie d'une existence qui s'affirme elle-même qui dit oui au devenir au risque à la nécessité c'est un bonheur d'altitude conquis après une longue épreuve









dans une veine plus lapidaire

au-delà
de la glace
non un autre monde
mais celui-ci
enfin
accepté

le labyrinthe
n'avait pas
de sortie
il fallait
cesser
de chercher
les murs

alors
le chemin
était là
sous les pas
depuis toujours





























Il ne faut pas craindre non plus de redire 
une vérité ancienne

lorsqu’on peut la rendre plus sensible par un meilleur tour, ou la joindre à une autre vérité qui l’éclaircisse, et former un corps de raisons. C’est le propre des inventeurs de saisir le rapport des choses, et de savoir les rassembler ; et les découvertes anciennes sont moins à leurs premiers auteurs qu’à ceux qui les rendent utiles.




ce texte  de Vauvenargues est à mes yeux l'une des plus belles défenses de la création intellectuelle Il remet en question une idée très répandue  celle selon laquelle la valeur d'une pensée dépendrait avant tout de sa nouveauté























il écrit 

il ne faut pas craindre 
non plus de redire une vérité ancienne… 

cette première phrase est déjà 
une leçon

une vérité ne vieillit pas
ce qui vieillit c'est la manière de la dire

une même vérité peut demeurer longtemps inaperçue parce qu'elle est enfermée dans une forme devenue opaque le travail du philosophe du poète ou du savant consiste alors moins à inventer qu'à rendre visible



Vauvenargues poursuit 

lorsqu'on peut la rendre 
plus sensible par un meilleur tour… 


la forme n'est donc pas un ornement
elle participe à la vérité elle-même

une idée qui ne touche personne 
demeure inachevée

une pensée n'existe pleinement 
que lorsqu'elle trouve sa forme juste

c'est pourquoi la littérature la philosophie et même la science 
sont inséparables d'un art de l'exposition




puis vient 
une idée d'une étonnante modernité 

ou la joindre à une autre vérité 
qui l'éclaircisse… 


une vérité
isolée éclaire peu

les grandes découvertes
naissent souvent d'une rencontre

l'invention ne consiste pas toujours à produire 
un élément inédit

elle consiste à apercevoir une relation 
que personne n'avait encore vue



on retrouve ici une intuition très proche de ce que dira plus tard 
Arthur Koestler avec la  bisociation  

l'acte créateur surgit lorsque deux domaines jusque-là séparés 
entrent soudain en résonance



Vauvenargues ajoute 

et former un corps de raisons

cette expression est magnifique
la vérité n'est plus un fragment

elle devient un organisme.
les idées cessent d'être juxtaposées

elles se soutiennent mutuellement
un  corps de raisons  est une architecture vivante



enfin la conclusion 
est peut-être la plus profonde 

c'est le propre des inventeurs de saisir 
le rapport des choses… 

l'inventeur n'est pas d'abord celui qui crée ex nihilo
il est celui qui voit des rapports

cette définition est d'une portée
immense

elle vaut pour Newton reliant la chute des corps 
au mouvement des planètes

pour Darwin reliant l'évolution à la sélection 
naturelle

pour Einstein reliant l'espace 
et le temps

pour le poète reliant une branche mouillée 
à des visages dans la foule

l'invention est une découverte 
des relations



et Vauvenargues conclut par une formule qui pourrait 
presque servir de manifeste contre le culte 
contemporain de l'originalité 

les découvertes anciennes sont moins à leurs premiers auteurs 
qu'à ceux qui les rendent utiles


il ne s'agit pas de nier l'importance des premiers 
découvreurs

il rappelle simplement qu'une vérité qui demeure stérile 
n'a pas encore accompli sa vocation

la pensée 
ne vit pas dans son origine
elle vit dans ses métamorphoses


la valeur d'une idée ne réside pas uniquement 
dans son premier énoncé

mais dans sa capacité à être reprise éclairée reliée 
à d'autres vérités et rendue 
plus féconde





on pourrait résumer toute cette méditation 
en quelques fragments 


une vérité ne demande pas d'être nouvelle 
elle demande d'être vivante

penser ce n'est pas accumuler des idées 
c'est découvrir leurs constellations

l'invention commence lorsque deux vérités 
cessent de s'ignorer


le génie ne crée pas toujours 
des mondes 

il révèle  les ponts qui existaient 
déjà entre eux

les idées ne meurent pas de vieillesse 
elles meurent d'isolement




et peut-être 
cette dernière formule
fidèle à l'esprit de Vauvenargues

le véritable inventeur n'ajoute pas seulement 
une vérité au monde 

il modifie la lumière dans laquelle toutes les autres 
deviennent enfin visibles





























ce premier fragment d'Enfance Illuminations est 
un admirable exemple  de ce que Starobinski 
aurait appelé 

des  mots sous les mots  

Rimbaud ne décrit pas une scène  
il construit un réseau d'échos où chaque mot rayonne au-delà 
de sa signification immédiate






au bois il y a un oiseau 
son chant vous arrête et vous fait rougir





















le poème commence par  au bois  

ce n'est pas simplement une localisation le bois est dans toute la tradition occidentale le lieu de l'égarement de l'initiation de la rencontre mais chez Rimbaud il est surtout un espace où le langage change de régime

entrer dans le bois 
c'est quitter le monde utilitaire



puis surgit l'oiseau

l'oiseau n'est pas décrit 
il n'a ni couleur ni espèce 
il est presque une pure voix
une présence qui agit sans se laisser enfermer dans une identité
le mot oiseau appelle silencieusement d'autres mots 

voix
souffle
envol
inspiration
esprit

en grec pneuma signifie à la fois le souffle et l'esprit dans de nombreuses traditions mystiques l'oiseau est précisément la figure du souffle spirituel chez Rimbaud cette résonance n'est jamais démontrée  elle est laissée à l'état de vibration


puis vient son chant vous arrête 

le chant ne séduit pas
il arrête

le verbe est étonnant
il suspend le mouvement

dans la tradition mystique la révélation commence souvent par un arrêt Avant de voir autrement il faut cesser d'aller quelque part Simone Weil écrivait que l'attention est la forme la plus rare de la générosité Ici le chant impose cette attention

sous arrête on entend presque 

arrêt
retraite
arrêt du temps

le monde cesse d'être une succession d'actions


puis survient le plus mystérieux   et vous fait rougir 

pourquoi rougir 

le rougissement est une réaction involontaire
on rougit devant 

la beauté
la vérité
l'amour
la honte
une présence qui nous atteint

le poème refuse de préciser

cette indétermination est essentielle

dans une lecture gnostique le rougissement pourrait être compris comme le moment où l'être reconnaît obscurément quelque chose qu'il avait oublié non pas une culpabilité morale mais l'émotion d'une mémoire plus ancienne que la conscience

il est remarquable que Rimbaud ne dise pas 
vous comprenez
ni
vous admirez
mais
vous rougissez

le corps comprend avant l'intelligence
c'est une connaissance incarnée

si l'on rapproche ce fragment de Saussure on pourrait dire que le mot caché autour duquel gravitent tous les autres n'est peut-être ni oiseau ni chant mais quelque chose comme 

la révélation

le bois est son seuil
l'oiseau en est la voix
le chant en est l'appel
l'arrêt en est la condition
le rougissement en est le signe visible


ainsi

en une seule phrase Rimbaud construit moins une image 
qu'un événement intérieur 

le moment où quelque chose d'invisible passant par un chant fait vaciller l'identité ordinaire c'est cette capacité à faire agir les mots bien au-delà de ce qu'ils énoncent explicitement qui rapproche parfois sa poésie de ce que Starobinski appelait 

les mots sous les mots 





au bois il y a un oiseau
il chante avant les mots 
le chant n'interrompt pas le silence 
il le rend audible 
l'oiseau ne parle pas de la forêt 
il est la forêt devenue voix

 

rougir 
c'est reconnaître 
sans savoir encore ce que l'on reconnaît

 

il existe des chants
qui ne demandent pas d'être compris
mais d'être entendus

 

le premier poème
est peut-être le cri d'un oiseau
auquel un homme s'est arrêté

 

l'oiseau de Rimbaud n'est pas un symbole à déchiffrer Il est une présence qui suspend le monde utilitaire Son chant ouvre une brèche dans la perception ordinaire et rappelle que la poésie commence souvent là où quelque chose d'une simplicité absolue nous arrête en chemin






















 par l’inespéré même sous les yeux 

ce qui était là
sans avoir encore
paru


par l’inespéré même
sous les yeux

la lumière
arrive après

















le monde
plus ancien
que le regard

par l’inespéré même sous les yeux

l’évidence
n’avait pas encore
de visage

















Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle éclipse Eco Ecosse écoute écritures Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile éveil Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. 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L.R.des Forêts L.S L'EI La Croix La parole de l'autre La vie de la montagne labyrinthe lac Lacs LADR lafabrique Laforgue Lagopède LALELES Lamantin LAME Lapiaz Laporte Roger Larry Eigner latin Laugier Laurent Margantin LBA LCC LCD LCDE LCDI LCDJ LCDP LCI LCR LCS LD LDB LDF LDLH LDM LDMC LDMH LDR LDS LDV Le Clézio Le Livre Le poème LEC LECDF LECLA Lectures LEDA LEDUI LEE Lee Ufan LEF légende légumes Leibniz Leibovici Leili Anvar Lely lensball lepoète Les eaux Les empereurs Les fils Les oiseaux lesoi Lespiau Lessing Lettres Lev Rubinstein Lex1 lex2 lex3 lex5 lex7 lex8 Lexie Lexique LFDH LFDLP LFDP LFDRT LFMR LFQ LGD LGDE LGDFASP LGDLM LGDP LGPDB LGS LGTDLP LGVDLH LHDD LHS LIDT lieux Lieux-source lièvre Ligne7 lignes Lionel André éclats Lionel André éditions Lionel André encres Lionel André photographies Lionel André randonnées LIQV Lisa Cairns list listes littéralité livrelit LJDP LLDLI LLDME LLDO LLDP LLDQ LLL LMDDDLH LMDF LMDLE LMDM LMV LO LOAN LODL LOGOS lois London Lorand Gaspar Lorenzo Menoud Louise Bourgeois Louise Glück LPC LPDLE LPDP LPDS LPI LPM LQDLE LRDD LRDP LRDR LRDT LRED LSDA LSDS LSDV LSMT LSNDLR LTDS LTO LTR LUELADC Lune Lupasco Lus & Mus Lux LV; LVB.TDSDC LVDDP LVDT LVESO LVLTDLO LVMDE Lyn Hejinian Lynn Schwartz M M.Caron M.Craig-Martin M.S.M M.Trinité Ma Macedonio Fernandez Machado Maestri Maggiore Maïakovski Mains maintenant Mais Mallarmé Malrieux Mandalas Mandelstam MANEKINEKO Manganelli Manifeste Manon mantra Manuel Joseph manuscrit Manzoni Map Marchand Marcheurs Marelle Marie Martin Ziegler Marx Masao Yamamoto masque Massera Matinaux Matsui Matta-Clarck Matton Mauguin Mavis Karn maximes MBK MBO MC McCord MCH McLuhan MDA MDC MDLADLE MDLF MDOU MEC Mécanisme Méditations Meillassoux Mélusine mémoire Memories Menus Meraviglia Merci Mercredi Mercure Merton Thomas messages Mesure Métamorphoses Métaphysique Métis Metro MFRC MG Michon micro microcosme mieux Millet Milton Mina Loy Misrahi Miura ori MJNYCR MK monade Mondo Monostiques Monosyllabes Montagnes et Glaciers Montagnes poèmes Montaigne Montale Monteiro Moore Morris mot mots Moving mp3 MPUSPM MSerres MTAS murmure Murphy Murs et Fenêtres Muscle Musil musiq Musique MWLG Mystères MZD N N.M Nabokov Nadja Nagarjuna Nagori Nancy Napoli Narnia Nassim Haramein Nathaniel Tarn Nature Nauman NDBDP NDDP NDLT Néant Négation Neiges Neil Mills Némésis Nerval neuf Nice Niedecker Nietzsche Nihilisme Nirupana NLJNLH NOBUO noeuds Noguez Noir nOmbres Nonnos Norge NOTEPAD Notes-Book Notes-Rapides Notifications NOUS noûs Nouveautés Novae Novalis Novarina NP NPhS NRSNPEM Nuages Nuits O.Pé Oberland objets Objets d'Amérique Oblomov Ockham Octaèdre ODIN ODSI œil OELDT Ogadine Olivier Cadiot OLR OM ON ondes Onfray onthologie Opalka Oph. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thamazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. 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