chez Philippe Sollers le soleil le mouvement la marche
grand beau temps
le monde ne demande plus d’explication
il suffit qu’il soit là
dans sa lumière
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
le joueur
survient un moment sur la scène
pour semer un peu le trouble
parmi toutes ces attitudes
de théâtre conventionnel et quasiment médiéval
il est là il n’est pas là…
il fait ça mais ne le fait pas vraiment…
il dit n’importe quoi
mais ne dit pas vraiment n’importe quoi…
il sait beaucoup de choses
mais ne les dit pas toutes…
tel est le jeu que j’essaie d’écrire
Ph Sollers
l’Aiôn est un enfant qui joue aux dés
la royauté appartient à
un enfant
Héraclite
la maison du Martray
sera une halte dans le passage
ses murs garderont
la lumière des saisons et le souffle des voyageurs
et dans son silence habité
elle dira
que certaines demeures
sont des façons de revenir à soi
Le temps
n’est jamais chronologique mais
musical spiralé
vertical
Sollers écrit contre l’idée du langage transparent
Le corps n’est pas opposé à l’esprit il est organe de lucidité
l’écriture vise la polyphonie la variation la fugue
Le rire est une arme métaphysique
Sollers combat la mélancolie contemporaine par la vitesse et la joie
Les citations sont greffées détournées accélérées
Sollers attaque régulièrement
La bêtise
Le ressentiment
La tristesse
Le conformisme
Le moralisme
Les idéologies closes
Le faux sérieux
Le lexique de Sollers forme un système vivant
langage = énergie
temps = vibration
corps = intelligence
joie = vérité
écriture = passage
il ne s’agit pas d’un vocabulaire descriptif mais d’un lexique opératoire
...un seul problème se pose désormais avec de plus en plus de violence : celui de la lecture, dans un monde qui programme, jour après jour en même temps que celle des corps sa propre destruction ...Philippe Sollers La Guerre du Goût
spectres
âmes sensibles
fantômes réels
présences à peine sensibles
je vous poursuis dans ce monde fermé
tristement mortel
les voyageurs du temps
tout est calme ce matin dans la campagne romaine
d’un calme qui fait penser au vide au-delà duquel se trouvent les dieux Le moment est venu pour moi d’apprécier l’ensemble de mon entreprise J’écris ici un examen rapide mais je brûlerai sans doute ce document Rien ne doit rester que le poème Il est là sous mes yeux J’en suis encore après huit jours à me répéter les dernières et les premières syllabes
les dernières
Multo cum sanguine saepe rixantes potius quam corpora desererentur
les premières
Æneadum genetrix hominum diuomque uoluptas
je pense que c’est assez clair
A l’ère du Spectacle mondialisé
la post vérité s’impose
d’ailleurs tout est devenu
post
un post et une post n’ont plus grand-chose à se dire et restent penchés sur leurs smartphones en contact constant avec d’autres post
les post-ovocytes sont sur le marché de même que les post-spermatozoïdes qui se font de plus en plus rares
le post-utérus est en cours
ainsi va le post déjà dépassé dans la cyberguerre par l’ hyper-post
la première vie est contradictoire
la Deuxième nucléaire
à cause de l'atomisation du temps
la première vie est très romanesque
elle a des milliers de choses à raconter
la Deuxième Vie se tait
elle a appris que la pensée est un acte
la Deuxième Vie est toujours en vue dans la première
mais peu en ont conscience à moins d'une initiation
la deuxième Vie est très anti-spectaculaire
les Deuxièmes Vies ne parlent jamais de leur première vie
elles commentent l'actualité de façon féroce
si
notre conscience vit
une aventure
qui
de déchirements en réconciliations
de soumissions en
dominations
peut l'élever jusqu'au savoir absolu
qui est
la récapitulation de tous ces moments
*
que l’homme étant revenu à soi considère ce qu’il est au prix de ce qui est qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature et que de ce petit cachot où il se trouve logé j’entends l’univers il apprenne à estimer la terre les royaumes les villes et soi-même son juste prix
je pense
je peux surplomber
la négation qui me nie
par l’espace
l’univers me comprend et m’engloutit comme un point
par la pensée
je le comprends
la pensée est un miracle
je sais que je meurs
alors que l’univers qui m’écrase ne sait rien
d’où la formule
l’homme
n’est qu’un roseau
le plus faible de la nature mais c’est
un roseau pensant
essayez donc de vous faire roseau
vous êtes un trou noir dans un univers à cordes Oui à cordes comme des milliards de violons jouant chacun une partition différente La souffrance est énorme vous respirez quand même mais rien ne le prouve dans une sorte de coma lucide Au bout de deux ou trois heures vous retrouvez un bras une main puis une jambe et selon toute probabilité un visage Medium
dans la
Deuxième Vie
chaque jour est octroyé comme
un jour de plus
ce qui
change la couleur de
chaque minute
en principe
la Deuxième Vie doit condamner ou célébrer
la première
la croyance comme quoi tout plaisir se paie est inculquée dés l'enfance
en contradiction complète avec l'instinct
de gratuité qui anime
un enfant éveillé