lundi, août 17, 2026

l'unité imaginaire

rassemble

trop vite


elle ferme

ce qu'elle prétend

unir














elle dessine

une figure

puis oublie

le vivant

qui déborde

ses contours


la véritable unité

n'efface pas

les différences

elle les laisse

respirer

dans un même

souffle


l'unité

imaginaire

est une image


l'unité

vivante

est un passage

où chaque chose

demeure

elle-même

sans cesser

d'appartenir

à la totalité




le calcul continu

le monde

ne cesse

de compter

sans nombre


la rivière

additionne

les gouttes


le vent

les feuilles


la montagne

les siècles


chaque instant

prolonge

une équation

que nul

n'a écrite


le calcul

n'est pas

dans les chiffres

il est

dans l'accord

des choses

où rien

ne manque

où rien

n'est de trop


penser

c'est parfois

entendre

ce calcul

silencieux

qui traverse

l'univers

sans jamais

avoir besoin

d'être énoncé




Kaprekar

regardait

les nombres

comme d'autres

regardent

les montagnes


il savait

qu'une suite

de chiffres

cache parfois

une source


les nombres

jouaient

entre eux

à notre insu


une loi

naissait

du hasard

apparent


6174

n'est pas

un miracle

c'est un sentier

dans la forêt

des nombres


Kaprekar

n'inventait rien

il écoutait

le calcul

continu

du monde



la tension asymptote

approcher

sans atteindre

tel est

son mouvement


elle ne manque pas

son but

elle l'habite

dans la distance


la ligne

demeure

fidèle

à ce qui

l'appelle

sans jamais

le rejoindre


ainsi

le désir

la pensée

la prière

la poésie

vivent

de cette proximité

qui ne se résout pas


l'infini

n'est peut-être

rien d'autre

que cette tension

où chaque pas

réduit

l'écart

sans l'abolir


et c'est peut-être

dans cet intervalle

que demeure

la véritable

présence














le continu et le discret 


le continu est ce qui s’écoule sans rupture

il est la fluidité du fleuve

le souffle du vent

la lumière qui se répand sans seuil apparent


dans le continu

chaque instant prolonge le précédent 

les différences s’effacent 

dans la continuité d’un même mouvement


le continu est la figure de la durée














le discret lui procède par intervalles

il avance par bonds 

par unités

par seuils


il ne glisse pas 

il surgit


le discret est le règne de la distinction

de la séparation 

de l'événement
 

il rappelle que toute apparition est aussi 

une discontinuité



entre le continu et le discret 

se joue 

une des grandes énigmes 

de la pensée



le monde paraît continu à l'expérience

mais la science découvre souvent 

des seuils

des quanta

des singularités



la perception voit 

un fleuve 

la connaissance révèle 

des gouttes


la musique semble 

couler 

elle naît pourtant de notes 

séparées



la ligne paraît 

ininterrompue 

elle est une infinité 

de points




ainsi

le continu est peut-être l'apparence sensible du discret
et le discret la structure invisible 
du continu

l'un est 
le visage
 
l'autre 
l'architecture 




penser consiste 

à entendre dans la douceur du flux 
le rythme silencieux des 
intervalles

à reconnaître dans la succession 
des instants la naissance 
d'une continuité













l'oeil par lequel je regarde l'univers 
est l'oeil par lequel 
l'univers me 
regarde


cette formule évoque immédiatement 
la célèbre intuition de 

Maître Eckhart

l'œil avec lequel je vois Dieu est le même œil 
avec lequel Dieu me voit

en remplaçant Dieu par l'univers la phrase déplace la perspective 
vers une métaphysique de la participation  

le sujet et le monde ne sont plus deux réalités étrangères 
qui s'observent de l'extérieur 

ils appartiennent à un même acte 
de présence



















l'œil par lequel je regarde l'univers est l'œil 
par lequel l'univers 
me regarde
















le regard n'est plus un rayon qui part 
de moi vers les choses

il est 

un événement
une réciprocité

je ne suis pas seul à contempler le ciel
le ciel entre aussi dans 
ma conscience

voir n'est jamais une conquête
c'est une rencontre

le monde n'est pas devant moi 
comme un objet

il s'accomplit dans cette relation où je deviens moi-même 
visible à ce que je contemple


la montagne me regarde autant 
que je la regarde

non parce qu'elle posséderait 
des yeux

mais parce qu'elle transforme celui qui 
s'arrête devant elle


le regard véritable est toujours
mutuel

celui qui contemple est 
déjà contemplé




cette intuition rejoint une 
phénoménologie 
profonde 

la conscience n'est pas enfermée 
dans un sujet isolé

elle 
est 
ouverture


le monde n'est pas seulement ce qui est vu 
il est ce qui rend possible 
le voir


dans une lecture plus cosmologique on pourrait dire que l'univers 
devient conscient de lui-même à travers les êtres 
capables de le contempler

cette idée a été formulée de diverses manières par des philosophes 
et des scientifiques sans qu'elle implique nécessairement 
une conscience cosmique au sens littéral 

elle exprime que l'émergence d'êtres conscients 
permet au monde de se réfléchir



le regard humain serait alors 
un miroir où l'univers 
apparaît à lui-même





l'œil ne possède pas la lumière 
il lui appartient


ce que je regarde me façonne avant 
que je le comprenne


l''univers n'a pas besoin de visage pour répondre 
à mon regard


voir c'est entrer dans une réciprocité 
silencieuse


le regard est le lieu où le dedans et le dehors 
cessent de s'opposer


la montagne ne me parle pas  elle me regarde 
en demeurant montagne


chaque étoile est un point où le visible 
apprend qu'il est visible


l'univers ne passe pas seulement par mes yeux 
il y découvre une possibilité 
de se manifester







l'œil par lequel je regarde l'univers n'est pas 
un organe séparé du monde

il est une ouverture où le monde devient 
présence à lui-même 

voir n'est pas placer l'univers 
devant soi  

c'est consentir à être inclus dans 
son immense 
regard
























 

la poésie comme mantra

il y a

le jour

puis le souffle

puis rien

















le rien
ouvre

le silence
voit

le vent
pense

la pierre
attend

l'eau
se souvient

la montagne
ne monte pas

elle demeure

le ciel
ne passe pas

c'est nous

un pas

encore un

le monde
n'ajoute rien

le monde
retire

chaque chose
revient
à sa simplicité

respirer

regarder

ne pas nommer

le nom
est déjà
une distance

avant le mot

la présence

avant la pensée

l'espace

avant le désir

l'ouverture

l'infime
porte
l'immense

une herbe

toute la terre

une goutte

toute la pluie

une lumière

tout le jour

le vide
n'est pas
l'absence

le vide
est disponible

le silence
n'est pas
muet

il écoute

rien
à comprendre

rien
à atteindre

seulement

être

le souffle

le souffle

le souffle

puis

le monde
sans bord

le temps
sans durée

la lumière
sans contraire

ici

toujours

Ici



le mantra du Glacier
le glacier
ne va nulle part
il descend
sans quitter
l'origine
blanc
toujours plus blanc
silence
toujours plus silence
la neige
se souvient
la glace
oublie
l'eau
attend
la pierre
respire
le froid
éclaire
le ciel
est dedans
chaque cristal
une pensée
sans penseur
chaque faille
une lumière
sans ombre
rien
ne presse
rien
ne retarde
le temps
se dépose
le temps
fond
le vide
prend forme
la forme
retourne
au vide
écoute
le craquement
écoute
le blanc
écoute
ce qui
ne parle pas
le glacier
ne possède rien
c'est pourquoi
il donne
il ne retient
que la lumière
il ne garde
que le ciel
marche
sans laisser
de trace
respire
comme
la neige
regarde
comme
la pierre
demeure
comme
la glace
puis
laisse fondre
le nom
le visage
le désir
il reste
le souffle
le blanc
l'immense
le glacier
le glacier
le glacier
jusqu'à ce que
celui qui regarde
devienne
l'espace
même
du regard







Le souffle du peu

Pierre

Pierre

Pierre

Puis

Vent

Vent

Vent

Puis

Eau

Eau

Eau

Puis

Lumière

Lumière

Lumière

Puis

Blanc

Blanc

Blanc

Puis

Silence

Silence

Silence

Respire

Pierre

Respire

Vent

Respire

Eau

Respire

Lumière

Le vent

Dans la pierre

La pierre

Dans l'eau

L'eau

Dans la lumière

La lumière

Dans le blanc

Le blanc

Dans le silence

Encore

Pierre

Vent

Eau

Lumière

Blanc

Silence

Encore

Rien

À ajouter

Rien

À retirer

Seulement

Pierre

Vent

Eau

Lumière

Blanc

Silence

Le monde

Tient

Dans ces mots

Le souffle

Tient

Dans ce monde

Pierre

Vent

Eau

Lumière

Blanc

Silence

Jusqu'à

Ce que

Le mot

Ne soit plus

Un mot

Mais

Pierre

Vent

Eau

Lumière

Blanc

Silence

Puis

Le souffle

Sans mot

Puis

Le silence

Sans silence




en alignant des mots simples le poème transforme la lecture 
en un exercice de respiration

la répétition constante dénoue le mental pour faire émerger 
un silence intérieur





Le blanc

le blanc

n'attend pas

le mot

le mot

attend

le blanc




avant

la page

il y a

l'ouverture






le vide

n'est pas

vide

il est

assez vaste

pour

une pierre

une herbe

une neige

un ciel





chaque mot

arrive

de très loin

et

retourne

plus loin

encore




ne rien remplir

ne rien prouver

ne rien retenir




le blanc

porte

le monde

sans le porter





une montagne

suffit

une eau

suffit

un souffle

suffit




le peu

ouvre

plus

que l'abondance



le silence

n'entoure pas

le poème

il est

le poème



le mot

ne dit rien

il montre

où regarder

puis

il s'efface



le regard

demeure

le souffle

demeure

le blanc

demeure




l'incréé

n'a

ni commencement

ni fin

seulement

une présence

qui

n'a jamais

eu besoin

de paraître



le dernier mot

revient

au blanc

comme

la neige

revient

au glacier

comme

la rivière

revient

à la pluie

comme

le souffle

revient

à l'invisible




alors

la page

cesse

d'être

une page

elle devient

l'espace

où

ce qui est

n'a plus

besoin

de nom






le vide sur la page  

le blanc typographique n'est pas une absence 
mais la présence du mystère divin 
ou de l'incréé

le mot posé devient une célébration 
de ce qui est


























le mot légende 

une profondeur 
qui dépasse le récit merveilleux

il vient du latin legenda
les choses qui doivent être lues 
participe futur passif du verbe legere lire  mais aussi 
recueillir  choisir  rassembler  

à l'origine une legenda était un texte destiné à être lu 
publiquement notamment la vie d'un saint

peu à peu le mot a désigné un récit 
où l'histoire et l'imaginaire 
se mêlent


la légende

ne raconte pas

ce qui fut











elle éclaire

ce qui demeure


un nom

une montagne

une source

un feu

suffisent

pour qu'un monde

commence



la vérité

de la légende

n'est pas

dans les faits

mais dans la lumière

qu'elle laisse

sur les choses


chaque lieu

attend

sa légende

comme chaque pierre

attend

le regard

qui saura

la lire



le mot médium 

vient du latin medium qui signifie 
le milieu le centre
ce qui est 
entre

un médium n'est donc pas d'abord quelqu'un 
qui communique avec les morts.

au sens le plus profond c'est ce qui rend 
possible  un passage

le langage est un médium
l'air est un médium du son
l'eau est un médium de la lumière
le silence peut être le médium de la parole



le médium

n'est pas

ce qui parle


il est

ce qui laisse

passer


l'air

est le médium

du chant


l'eau

de la lumière


le silence

du mot


le vide

de la rencontre


le médium

ne possède rien


il ouvre

un entre

où les choses

peuvent enfin

se rejoindre


tout ce qui vit

traverse

un médium

plus ancien

que lui-même




mouvement 


le mouvement

ne quitte jamais

le repos

il en est

la respiration


la rivière

emporte

la montagne

grain

après grain


le vent

déplace

la lumière

sans la toucher


un arbre

immobile

grandit

dans le silence


la pierre

elle-même

chemine

vers le sable


tout passe

sans cesser

de demeurer


le mouvement

n'est pas

l'opposé

de l'être


il est

sa manière

de paraître


et peut-être

que le monde

n'est rien d'autre

qu'une immobilité

en train

de fleurir







la gravité et l’amour 


la gravité est ce qui attire rassemble maintient


elle donne du poids aux choses

les empêche de se disperser


elle est fidélité à un centre 

puissance de cohésion 


loi silencieuse qui fait tenir le monde


la gravité est la force de l’enracinement


l’amour lui aussi est une force d’attraction



















mais il ne retient pas les corps 

il appelle les êtres


il ne contraint pas 

il rapproche


il crée une proximité qui ne supprime pas la distance

mais lui donne un sens


l’amour est la gravité de l’âme



entre la gravité et l’amour se découvre 

une analogie profonde 
 

l’une rassemble la matière 

l’autre rassemble les existences 



la gravité empêche l’univers 

de se dissoudre 


l’amour empêche la vie 

de devenir 

une simple juxtaposition de solitudes







une différence demeure


la gravité agit par 

nécessité  


l’amour agit par 

liberté


la gravité est une loi 

l’amour est un consentement


l’une ne choisit pas

l’autre ne peut exister que dans le choix








ainsi l’amour pourrait être compris comme une gravité intérieure  une force qui ne fait pas tomber les êtres les uns sur les autres mais qui les fait demeurer dans une même orbite de présence 

là où la gravité courbe l'espace l'amour courbe le cœur et c'est peut-être dans cette double attraction que le monde trouve à la fois sa cohésion physique et sa cohésion spirituelle



























il habite le silence 
comme d'autres habitent une patrie

le tumulte des siècles ne 
l'impressionne pas



les révolutions les modes intellectuelles les empires
les progrès techniques ne sont à ses yeux
que les rides fugitives 
d'une surface


son regard demeure fixé sur ce qui 
ne passe pas


il avance 
à rebours de son époque








 
là où le monde célèbre le changement
il cherche l'immuable

là où l'on accumule les connaissances
il interroge la possibilité même 
de connaître

il ne confond jamais l'information avec la sagesse
ni l'intelligence discursive avec 
l'intuition intellectuelle

il sait qu'il existe une lumière que le raisonnement 
ne produit pas  

il ne peut que s'y rendre 
disponible




pour lui
le réel possède 
plusieurs profondeurs

les formes visibles ne sont jamais que les vêtements 
d'une vérité plus essentielle

les symboles ne sont pas des inventions humaines 
ils sont les empreintes d'un ordre 
qui précède les civilisations

une montagne
une croix
un cercle
une roue
un arbre
un centre 

autant de portes ouvertes vers une géographie invisible 
où les traditions se reconnaissent 
sans jamais se confondre


il contemple les religions comme les multiples visages 
d'une même montagne

les langues diffèrent
les rites changent

les doctrines empruntent des chemins 
singuliers 

pourtant une même source irrigue 
secrètement leur diversité



ce qui l'intéresse n'est jamais la périphérie mais 
le centre silencieux autour duquel 
toutes les formes 
gravitent

son œuvre ressemble à une ascension 
verticale

chaque page retire une illusion 
chaque concept  dissipe une confusion 
chaque distinction rapproche d'une simplicité  plus haute


il ne construit pas un système
il restaure une orientation

il rappelle que l'être humain n'est pleinement lui-même 
qu'en retrouvant l'axe qui relie 
la terre au ciel



il se méfie de la quantité 
lorsqu'elle oublie 
la qualité

une civilisation peut multiplier les machines
les richesses et les savoirs tout 
en perdant son orientation 
intérieure

alors le monde s'étend horizontalement 
tandis que son centre 
s'efface


les hommes possèdent davantage mais ils habitent 
moins profondément 
ce qu'ils sont


il ne condamne pas  le monde moderne 
avec colère

il le regarde avec la gravité de celui qui voit 
une civilisation oublier son 
propre principe


le désordre extérieur n'est jamais pour lui
que le reflet d'un oubli plus ancien 

celui de la hiérarchie des réalités de la primauté de l'esprit 
sur les formes qui l'expriment


sa parole est dépouillée de toute 
séduction

elle ne cherche ni à convaincre 
ni à émouvoir

elle agit comme une géométrie 
de l'intelligence



chaque définition remet une frontière 
à sa juste place

chaque symbole retrouve 
sa profondeur

chaque tradition redevient transparente 
à une vérité qui la dépasse



il ne poursuit pas l'originalité
il poursuit l'origine

il ne cherche pas le nouveau
il cherche le primordial

peu à peu apparaît une métaphysique où l'univers 
cesse d'être une dispersion d'objets 
pour devenir une hiérarchie 
de présences


le multiple retrouve 
son unité

le temps retrouve 
son éternité

les formes retrouvent 
leur principe


alors la connaissance cesse d'être une conquête de l'esprit 
elle devient une reconnaissance de ce qui 
n'a jamais cessé d'être

le sommet n'est plus un lieu à atteindre
mais un centre à retrouver

une verticalité oubliée  qui demeure silencieusement 
présente au cœur de chaque être comme 
l'invisible évidence dont procède 
toute réalité




***






La «Terre Sainte» est aussi la «Terre des Saints», la «Terre des Bienheureux», la «Terre des Vivants», la «Terre d’immortalité»; toutes ces expressions sont équivalentes, et il faut y joindre encore celle de «Terre Pure», que Platon applique précisément au «séjour des Bienheureux». On situe habituellement ce séjour dans un «monde invisible»; mais, si l’on veut comprendre ce dont il s’agit, il ne faut pas oublier qu’il en est de même des «hiérarchies spirituelles» dont parlent aussi toutes les traditions, et qui représentent en réalité des degrés d’initiation. Le roi du monde René Guénon




























l'intérêt  est fondé sur l’individualité des détails
l'importance sur l’unité de l’Univers




l'intérêt 

est ce qui retient l'attention parce qu'une chose 
se distingue des autres

il est lié à la différence à la nouveauté à l'utilité
au détail singulier



l'importance

elle ne dépend pas du caractère exceptionnel d'une chose elle vient de sa participation à une totalité une pierre peut n'avoir aucun intérêt particulier et pourtant être d'une importance absolue si elle est perçue comme un moment de l'unité du monde











l'intérêt

s'arrête

au détail


l'importance

traverse

le monde


l'intérêt

sépare


l'importance

relie


une chose

est intéressante

par ce qui

la distingue


elle est importante

par ce qui

l'unit

à toutes les autres


l'intérêt

cherche

l'exception


l'importance

reconnaît

la totalité



celui qui vit dans l'intérêt

collectionne

des objets


celui qui vit dans l'importance

habite

l'univers
















la durée de vie des schémas scientifiques modernes 

est d’environ trente ans

Alfred North Whitehead



cette idée 
peut être resserrée 
de plusieurs 
façons






















la durée de vie des schémas scientifiques 
est brève

en moyenne
une génération suffit à les renouveler





la durée de vie d'un schéma scientifique 
est d'environ trente ans 

celle du réel demeure 
inconnue



les théories 
vieillissent plus vite que les montagnes

tous les trente ans la science change de carte 
le monde lui continue d'être



une théorie est une demeure 
provisoire du vrai

les schémas scientifiques sont mortels 
le réel ne l'est pas





à noter toutefois que prise au sens littéral l'affirmation  la durée de vie des schémas scientifiques modernes est d'environ trente ans  n'est pas une règle générale attestée  certaines théories sont profondément révisées en quelques décennies tandis que d'autres — comme la mécanique newtonienne dans son domaine de validité la thermodynamique ou l'évolution par sélection naturelle — demeurent des cadres scientifiques essentiels depuis bien plus d'un siècle même si leur portée a été enrichie ou précisée le  trente ans  fonctionne donc mieux comme une image de la révision permanente du savoir que comme une loi historique












la notion de fait pur 

est le triomphe du pouvoir  d’abstraction de l’intellect 

abstraction du détail


il n’existe pas de fait isolé


la connexité entre dans l’essence de toutes les choses 

il est de l’essence même des choses qu’elle soient reliées


faire abstraction de la connexité

c’est omettre un facteur essentiel du fait considéré

aucun fait n’est purement et simplement lui-même























dans le flux inévitable quelque chose demeure

non une forme

mais une présence



dans la permanence la plus accablante quelque chose s'échappe

un souffle

une lumière

une eau

qui trouve

sa pente











rien

n'est tout à fait

immobile

rien

n'est tout à fait

emporté


le monde

respire

par cette alliance

de ce qui reste

et de ce qui passe



le fleuve

porte

la montagne

la montagne

laisse déjà

couler

sa pierre



l'être

n'est peut-être

que cette fidélité

où le mouvement

et le repos

se reconnaissent




le temps et l'espace ne sont peut-être

que deux manières

pour l'étendue

de se révéler


l'un

ouvre

la succession

l'autre

la coexistence

mais l'être

ne se laisse pas

entièrement

mesurer

quelque chose

demeure

en deçà

de l'étendue

comme une source

que ni le temps

ni l'espace

n'épuisent




le temps

et l'espace

ne sont peut-être

que deux manières

pour l'étendue

de se révéler


l'un

ouvre

la succession

l'autre

la coexistence

mais l'être

ne se laisse pas

entièrement

mesurer

quelque chose

demeure

en deçà

de l'étendue

comme une source

que ni le temps

ni l'espace

n'épuisent.



le temps véritable

ne s'étend pas

il dure


dès que nous le mesurons

il devient

de l'espace



le monde concret s'est échappé à travers les mailles

du filet

scientifique


nous avons retenu

les nombres

les mesures

les lois

mais le vent

a continué

de souffler


hors des équations

une pierre

demeure

plus qu'une masse


un arbre

plus qu'un organisme


une montagne

plus qu'un relief


le monde

ne refuse pas

la science

il déborde

ce qu'elle

peut saisir


il reste toujours

une présence

que nul concept

n'épuise


un excès

de réel

qui passe

entre les mailles

et nous attend

dans l'évidence

du premier regard





elle ne regarde jamais le monde 

comme 

un édifice achevé


elle le vois naître à chaque instant

s'inventer dans le moindre événement

se recréer sans cesse à travers une infinie patience



rien n'est immobile

rien n'est isolé


chaque être devient avec tous les autres

chaque instant recueille le passé et appelle déjà l'avenir




















elle se tient au milieu des relations plutôt qu'au sommet des certitudes



une fleur une étoile une pensée une rivière 

un enfant qui sourit

une galaxie lointaine 

rien n'existe seul

tout se répond



tout se transforme en entrant dans l'expérience 

de tout le reste



l'univers n'est pas une collection d'objets 

il est une conversation sans commencement

elle fait confiance au devenir davantage qu'à l'être figé



ce qui importe n'est pas ce qui demeure identique

mais ce qui s'enrichit de chaque rencontre



chaque existence est une création discrète une manière singulière 

d'accueillir le monde et d'y ajouter une nuance 

qui n'avait jamais existé auparavant



elle regarde le temps comme une œuvre qui ne cesse de s'écrire

le passé ne disparaît pas 

il demeure présent sous une autre forme



chaque instant 

recueille l'infinité des instants qui l'ont précédé 

et les transforme en une nouveauté irréductible



rien n'est perdu

rien n'est répété

tout devient autrement


la pensée n'est pas pour elle une architecture de concepts

elle ressemble davantage à un fleuve de montagne


elle bifurque rejoint d'autres eaux s'élargit ralentit accélère

épouse les reliefs du réel sans jamais cesser de couler


comprendre consiste moins à définir 

qu'à accompagner le mouvement secret des choses


elle ne sépare pas la science de la poésie


les équations révèlent des harmonies 

que les métaphores pressentent déjà



la rigueur et l'émerveillement appartiennent à 

une même respiration



connaître le monde

c'est aussi apprendre à l'admirer



elle écoute la beauté comme une vérité

elle écoute la vérité comme une beauté


elle  découvre que l'univers ne cesse d'inventer des formes nouvelles 

parce qu'il est lui-même un immense acte de création


chaque être participe à cette création

aussi humble soit-il


rien n'est superflu dans cette lente composition cosmique


elle ne cherche pas une substance cachée

elle cherche les passages

elle ne cherche pas une origine

elle contemple les métamorphoses


et peu à peu 

elle comprend que vivre consiste à participer consciemment 

à cette création ininterrompue



le monde n'est pas un objet devant elle

il la traverse autant que elle le traverse
 

nous devenons ensemble

dans une patience infinie où chaque instant ajoute à l'univers 

une nuance que l'éternité elle-même ne connaissait pas encore


























je serai qui je serai


non ce que

le passé

retient


non ce que

les noms

désignent









je vais

vers un visage

que je ne connais pas

encore


chaque jour

en retire

un voile


l'être

ne s'achève pas

il s'appelle

depuis l'avenir



je serai

qui je serai

comme une source

ignore encore

la mer

et pourtant

marche

vers elle


***





sourions donc

le jour est toujours nouveau


aucune aurore

ne revient


elle invente

sa lumière

sur les mêmes pierres


le vent

ignore

nos lassitudes


l'herbe

recommence

sans mémoire


sourions donc

non parce que

tout est facile

mais parce que

le monde

ne se fatigue jamais

de commencer

et qu'il nous offre

une fois encore

la première heure



***


apprenez à manquer


non de tout

mais à tout

ce qui prétend

vous posséder


le vide

n'est pas

une privation

il est

une ouverture


la source

ne coule

que parce qu'elle

se défait

d'elle-même


apprenez

à laisser

une place

autour de vous

dans vos mains

dans vos jours

dans vos pensées

c'est souvent

ce qui manque

qui respire

le plus

et c'est par cette

absence

que le monde

entre












être amoureux de l'amour 

une expression ambiguë
parce qu'elle peut désigner deux expériences très différentes

dans son sens le plus courant elle décrit une personne qui aime moins un être singulier que l'état amoureux lui-même  elle recherche l'ivresse de la rencontre l'élan la promesse l'intensité des commencements  l'autre risque alors de devenir le support d'un désir plus vaste que lui

mais l'expression peut aussi 
recevoir une signification plus profonde

être amoureux de l'amour ce n'est plus aimer une émotion c'est reconnaître dans l'amour une puissance qui dépasse les individus l'amour n'est plus seulement un sentiment psychologique  il devient une manière d'être au monde



dans une perspective philosophique 

on peut rapprocher cette idée de Platon   dans  Le Banquet l'amour s'élève progressivement de la beauté d'un corps à celle d'une âme puis à la beauté des lois   du savoir   jusqu'à la contemplation de la Beauté elle-même   on n'est plus amoureux seulement d'une personne    on est amoureux de ce que l'amour révèle de l'être












dans une perspective métaphysique 

l'amour devient 
une force d'unification

il est ce qui refuse que le monde soit 
une collection d'êtres séparés

il est l'expérience par laquelle une présence cesse d'être 
un objet pour devenir un mystère

alors être amoureux de l'amour ce n'est pas 
collectionner les passions

c'est demeurer fidèle à cette ouverture qui fait apparaître 
chaque être comme infiniment digne d'attention




être amoureux de l'amour c'est aimer la source
plus encore que le fleuve

l'amour n'est pas seulement un lien 
il est une manière de voir

celui qui aime l'amour cherche moins à posséder
qu'à laisser paraître



l'amour véritable ne demande pas 
qui est à moi 

il demande 
comment être davantage présent 




l'amour est une lumière qui découvre le monde
avant de choisir un visage




être amoureux de l'amour c'est reconnaître 
dans chaque rencontre
une possibilité 
d'infini






être amoureux de l'amour
ce n'est pas aimer un sentiment


c'est aimer 
cette puissance 
silencieuse qui fait que
soudain le monde cesse d'être 
un ensemble de choses pour devenir  
une communauté  
de présences



























Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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A1 A10 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 AB ABDL Abécédaire Abîme Aboulafia Abréviations Abrüpt Abruzzo absolu ACC Acker acronyme Actis Actualités ADBP Adorno ADR Adrénaline ADUMC Advaita AELT Agamben Agenda AgnèsMartin Agrafe et boite Ainsité Aïon AIR Air du temps akasha Akhmatova AL Alain de Lille Alan Davies Albiach Alchimie Alechinsky Aleph ALF Alferi alien Alina Reyes ALTH AM Amande Ammons Amor fati Anagrammes Analogie Anaphore Anaximandre Anders André Breton André du Bouchet André Velter Andy Goldsworthy animal animation Annick Ranvier Annonciations Anthologie ANTI Antin David AP Apatheia Aphaïa aphorismes Apollonios aporie Appelfeld Approche APUMM APZ APZT Arago Aram Saroyan Arbres Archéopoésie ArgentOr Aristote Arp Arseguel Art sacré ARTHAUD AS ASDMI ASF Ashbery ASLEND Assez Astrologie Asymptote Atlantide attente Aurélien Barrau Aurore Automne Auxméry AVB Avec Avent AW axiologie Axiomes Azam B B.Celerier Babel BABIL Bach Bachmann Baies Baigaitu BAM Banal Bandeaux Barque Barré Barry Lopez Barthes Bashô Basque Basquin Bataille Battala BAZAR BDLE BDLF Beaufortain Beckett Beckford Benedetto Bénézet Benoît Labre Benveniste Bergounioux Bergson Bernstein bête Bhattacharya bibliographie Bibliothèques bientôt Bimot Binet bio biographie BioMobiles Biopsies Bishop BISSES1 Bivouac Blackburn Blaine Blanc Blanchot Blanqui Blaser Blau Duplessis Bleu Bloy Bobin Bochner Bohm boisflotté Bök Bonheur bord de terre Borges Bouddha Bouthonnier Bouvier Bozier Brautigan Bretagne Bribes Briciole bricoleur Brisset Bronk Broodthaers Bruckner Bryen BSRM Butor Byron C C.C C.D.A C.E.T C.F. C.Olson çacest café calcul Camino Campo Cantor Cantos Capital Capricorne Captures Carl Andre carnet Carson Carte postale Cartes et globes Carver Casas Cavale cavernes Cazier CCB CCEM CDLP CDLRP CDMDCDD CDN CDRSLS CDS ce ce qui est ceci cela Céline Celui Cendras cequej'aime Cerbelaud cercles Cerf Ceux Cézanne CGJ CH5 Chalamov chaleur chaman Champs chant chant1 Chants et Poésies Chappuis chaque Char chartres Chartreuse Chaton Chemins ChenZhen Chladni Choeur Choisir Chômei Chose Christian Dotremont christo Chu-Ta Ciel Ciel profond Cioran Circé citations civilisations CL Claude Favre Claude Simon Clausewitz CLBC CLC Climat Closky Clouscard CMDOT Code Cole collages coller Collines collobert Combines Côme comme comment Compact compostelle conatus conscience constitution contepersan contingence contre conversation Copier Corbeau corpus Cortazar couleur covid CP Cravan Creeley cri crystallography CS.PAP CSB CSMM Cummings cut Cut 1 CV Cyber cycle Cyrano CyT D.SNLS Dada DALA Dans Danse Dao Dasein Dates DCPC DD DDLR de De Vries Decout DEE definition définitions DEGAULLE Deguy Deleuze Delillo délires Démocrite Denis Roche Déplacement Dérive Derrida Des Déserts Désir Détails Détournement DETQC Dextre DFRC DH DI Diable Dialogues Dickinson Dillard Diogène Divers DJLC DLADLS DLNI DMI DMOAM Domerg Donne Dryas DSDLDS Duchamp DUM Dumond Duncan DUNE Duras Durer Duvauroux DVDC Dworkin E E.Baer E.C E.E. E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle éclipse Eco Ecosse écoute écritures ED Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile éveil Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. 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IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. 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