il n'y a pas de différence entre se trouver dans un temple
ou près d'une rivière
si le regard
est devenu
silence
le temple
n'ajoute rien
à la pierre
la rivière
ne retire rien
au sacré
l'eau
la lumière
un souffle
dans les herbes
suffisent
lorsque la présence
est entière
le sacré n'habite pas les lieux
il naît
de la manière
dont nous les habitons
alors
une rive
une montagne
une forêt
une chambre vide
peuvent devenir
le même seuil
où le monde
cesse d'être
ordinaire
par la méditation on découvre que la prison
n'était pas
le monde
mais l'attachement
à ce qui
le traverse
les pensées
viennent
elles repartent
les émotions
naissent
elles s'éteignent
le regard demeure
peu à peu
la chaîne
se révèle
n'être
qu'une habitude
de croire
chaque pensée
chaque peur
chaque désir
lorsque l'attention
revient
à sa source
la servitude
perd son langage
le remède décisif
n'ajoute rien
il retire
ce qui séparait
la conscience
de sa propre clarté
la liberté
n'est plus
une conquête
mais la reconnaissance
de ce qui
n'avait jamais
cessé
d'être libre
l'homme joue avant même de comprendre
l'enfant
ne sépare pas
le jeu
du monde
une pierre
devient montagne
une branche
devient chemin
jouer n'est peut-être pas quitter le réel
mais le laisser
s'ouvrir
l'homme
perd parfois
ce qu'il savait
enfant
faire du peu
un univers
et peut-être que la sagesse consiste moins à devenir sérieux
qu'à retrouver
ce jeu profond
où le monde
cesse d'être
un problème
pour redevenir
une découverte
il faut ouvrir le crâne
non pour y faire entrer
davantage de savoir
mais pour laisser
passer le ciel
élever le chant
jusqu'à ce que la voix
cesse d'appartenir
à celui qui parle
le chant commence dans une syllabe
et chaque syllabe
règle le souffle
comme le vent règle les herbes
respirer
c'est déjà
prononcer le monde
le souffle
porte le son
le son
ouvre l'espace
la parole
retrouve alors
sa source
plus ancienne
que les mots
chanter c'est rendre au souffle sa lumière
et à la syllabe
sa puissance
d'origine
la rivière
se penche
à mon oreille
et me dit
la secrète histoire
je n'entends pas
les mots
seulement
leur passage
dans l'eau
quelque chose
vient de très loin
traverse la pierre
la mousse
la nuit
et continue
sans récit
comme si
la rivière
ne racontait pas
l'histoire du monde
mais le secret
de ce qui
n'a jamais cessé
de couler