le dasein
ce n’est pas l’homme
au sens ordinaire
c’est l’être humain
en tant qu’il est ouvert
au monde
Martin Heidegger choisit ce mot allemand qui signifie littéralement être-là pour rappeler que nous n’existons jamais comme une conscience enfermée en elle-même Nous sommes toujours déjà au milieu d’un monde parmi les choses les autres le temps
le dasein
n’habite pas le monde
comme un étranger
il est cette ouverture
par laquelle le monde
peut apparaître
avant toute théorie
avant toute explication
il y a
cet étonnement silencieux
d’être là
le dasein ne possède pas le monde
il le découvre
à chaque instant
par le regard
par le travail
par la parole
par la marche
il est cet être
pour qui son propre être
est une question
une pierre ne se demande pas pourquoi elle est
un arbre ne s’interroge pas sur son existence
le dasein
oui
et cette question
le rend à la fois fragile
et libre
peut-être alors
que le dasein
n’est rien d’autre
que cette clairière intérieure
où l’être
vient un instant
à la lumière
avant de retourner
au mystère
le simple fait d’être là
avant toute pensée
avant tout projet
avant même le nom
il y a
cela
être là
sans raison à donner
sans mérite à revendiquer
sans preuve à fournir
la plupart du temps
nous passons à côté de cette évidence
nous sommes occupés à devenir
à obtenir
à prévoir
et nous oublions
que l’existence précède toutes nos entreprises
être là
c’est déjà participer
à la lumière du matin
au vent dans les arbres
au poids d’une pierre dans la main
au chant d’un merle
sans avoir besoin de les justifier
le simple fait d’être là
est peut-être la plus discrète des merveilles
une présence
si ordinaire
qu’elle en devient invisible
et pourtant
tout commence ici
dans cette disponibilité première
où le monde apparaît
et où nous apparaissons avec lui
comme si l’univers
avait ouvert un instant
les yeux
à travers les nôtres
le Dasein
sera
une présence éveillée au monde
il ne possédera pas l’être
il en recevra l’appel
il habitera le temps
comme on habite un sentier
et dans cette proximité fragile avec toute chose
il dira
que vivre
c’est répondre
à l’ouverture du monde