cette question
qui témoigne pour le témoin
est
une des plus profondes
de la pensée spirituelle et poétique moderne
elle interroge la limite de toute parole humaine face à la vérité
elle
vient de
Paul Celan
poète de l’après-catastrophe pour qui
le langage porte à la fois la trace du monde détruit et la nécessité
de dire malgré tout
dans son contexte la phrase désigne l’impossibilité de rendre compte de l’expérience absolue la douleur la mort la perte car même celui qui voit celui qui sait ne peut se porter garant de sa propre parole
symboliquement
elle ouvre un abîme
le témoin est celui qui a vu ce que nul ne devrait voir mais pour que son témoignage soit reconnu il faut encore un autre regard une écoute un relais or ce relais manque toujours la parole reste suspendue dans le vide entre le silence et la mémoire
philosophiquement
la question rejoint le problème de la
réflexivité de la conscience
qui peut garantir la vérité de celui qui affirme
à quel point le sujet parlant
n’est-il pas lui-même pris dans ce qu’il veut attester
dans
une
lecture
mystique
le témoin pourrait être l’âme
celui qui témoigne pour elle le divin en elle-même
le point silencieux qui voit tout sans parler
la source de la parole
avant la parole
cette phrase
n’attend pas de réponse
elle demeure un seuil où toute certitude
s’efface et où ne subsiste qu’une écoute nue
celle de l’être devant
le réel