la phénoménologie du bleu du ciel
ne s'intéresse pas à la diffusion de Rayleigh* l'explication physique
mais à la manière dont cette couleur apparaît et affecte
la conscience humaine
pour des philosophes comme Maurice Merleau-Ponty
le bleu du ciel n'est pas un objet que l'on regarde
mais un milieu dans lequel
on s'immerge
une profondeur sans surface
contrairement au bleu d'un objet une voiture ou un fruit
le bleu du ciel possède une qualité unique
il n'a pas de texture ni de limite
matérielle
l'indétermination spatiale
on ne regarde pas le ciel comme on regarde
un mur
le regard s'y perd car il n'y a rien
pour l'arrêter
C'est l'expérience de l'infini
rendu visible
le vide plein
le bleu n'est pas perçu comme une absence, mais comme
une épaisseur de transparence.
c'est la couleur qui donne au vide
sa substance
l'immersion atmosphérique
dans la phénoménologie de la perception le bleu du ciel
est l'exemple type de la couleur
qui nous enveloppe
l'effacement du sujet
face à l'immensité bleue la distinction entre moi
et le monde s'atténue
on ne voit pas le bleu devant soi
on se sent exister
dans le bleu
le sentiment d'ouverture
psychologiquement et physiquement le bleu du ciel
provoque une expansion de la poitrine
et du souffle
il est l'archétype de la liberté
spatiale
la lumière devenue couleur
le bleu du ciel est une manifestation de la lumière
qui se donne à voir elle-même
la clarté obscure
c'est un paradoxe visuel
le ciel est lumineux mais son bleu profond surtout au zénith
évoque une sorte d'obscurité radieuse
plus le ciel est pur plus le bleu semble dense
presque noir de lumière
le lien avec le sacré
historiquement cette couleur a souvent été liée au divin
précisément à cause de son immatérialité
le bleu est la couleur de ce qui est présent
tout en restant inaccessible
la variation du temps vécu
le bleu du ciel n'est jamais statique
il est une modulation
du temps
l'aube et le crépuscule
le passage du bleu pâle au bleu nuit modifie
notre rythme biologique et
notre humeur.
chaque nuance de bleu dicte une température
émotionnelle différente
la promesse du matin ou la mélancolie
du soir
phénoménologiquement le bleu du ciel est
l'espace devenu sensible
il ne nous informe pas sur la matière
mais sur notre position
dans l'univers
un être fini contemplant
l'indéfini
*
John William Strutt Rayleigh
en 1871 il fournit une explication de la couleur du ciel
en la reliant à la diffusion de la lumière
par les molécules d'air