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Ces cahiers sont, à l'origine, de simples cahiers d'écolier où Kafka consigne indifféremment ses récits et ses rêves, sans souci de hiérarchie. Apparemment simple kaléïdoscope de textes qui se bousculent et se heurtent, ils sont essentiels car ils sont la continuation de son Journal qu'il a pratiquement abandonné à partir de 1916, après la crise avec Felice. Cette relation lui a certes donné un nouvel élan dans l'écriture mais lui a révélé que l'écriture était incompatible avec l'amour pour une femme.
Ces Cahiers, au nombre de huit, balaient une période qui va donc de novembre 1916 à mai 1918 (Kafka meurt en 1924) et correspond à une crise intense dans les choix de l'homme et de l'écrivain, du profane et du religieux. C'est le creuset où s'élaborent les oeuvres à venir, une forme de work in progress où se tisse entre tous ces textes et ces fragments un lien organique qui engendre une filiation. Les cahiers mettent en place des modalités narratives nouvelles qui vont faire la spécificité de Kafka : impersonnalité ou absence du narrateur, fragmentation de l'action en séquences brèves, logique onirique qui transforme l'absurde en nécessité, comme dans la Construction de la Grande Muraille de Chine. Entre méditation et création, hésitations et fulgurances, ces cahiers sont les brouillons de la vie, versant abrupt d'un journal interrompu.
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Rivages poche / Petite bibliothèque
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ce n’est pas
le journal d’une vie mais le journal d’une conscience
Kafka
n’y raconte pas simplement ce qui lui arrive
il observe
ce qui arrive en lui lorsqu’il écrit.
le journal devient ainsi un lieu intermédiaire entre la vie et la littérature une journée réelle peut brusquement se transformer en scène de fiction un rêve devient une nouvelle une inquiétude personnelle devient une réflexion sur l’existence
on y trouve donc
- la vie quotidienne à Prague
- son travail dans les assurances
- ses relations avec sa famille
- ses amitiés, notamment avec Max Brod
- ses difficultés avec l'amour et le mariage
- la maladie et la fatigue
- les rêves
- la religion et la tradition juive
- la solitude
- la culpabilité
- et surtout la lutte pour écrire
La BnF décrit justement ces cahiers comme une constellation de rêves visions fulgurations et de nombreux commencements de récits
Le combat avec l'écriture
Le véritable personnage du Journal est peut-être
l'écrivain qui cherche à devenir écrivain
Kafka revient constamment à cette question
comment écrire lorsque toute son existence semble
faire obstacle à l'écriture
le travail professionnel prend du temps
la famille demande sa part
le corps résiste
les relations affectives inquiètent
la culpabilité revient
l'écriture apparaît comme une nécessité absolue.
le journal devient alors un lieu où Kafka expérimente sa propre langue
il commence une histoire
il l'abandonne
il reprend une phrase
il note un rêve
il recommence
il transforme une expérience en fiction
Le Journal ressemble ainsi moins à un récit continu qu'à un laboratoire de formes L'édition intégrale souligne notamment que certains débuts de récits sont répétés comme pour remettre en marche la création.
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