l'oeil par lequel je regarde l'univers
est l'oeil par lequel
l'univers me
regarde
cette formule évoque immédiatement
la célèbre intuition de
Maître Eckhart
l'œil avec lequel je vois Dieu est le même œil
avec lequel Dieu me voit
en remplaçant Dieu par l'univers la phrase déplace la perspective
vers une métaphysique de la participation
le sujet et le monde ne sont plus deux réalités étrangères
qui s'observent de l'extérieur
ils appartiennent à un même acte
de présence
l'œil par lequel je regarde l'univers est l'œil
par lequel l'univers
me regarde
le regard n'est plus un rayon qui part
de moi vers les choses
il est
un événement
une réciprocité
je ne suis pas seul à contempler le ciel
le ciel entre aussi dans
ma conscience
voir n'est jamais une conquête
c'est une rencontre
le monde n'est pas devant moi
comme un objet
il s'accomplit dans cette relation où je deviens moi-même
visible à ce que je contemple
la montagne me regarde autant
que je la regarde
non parce qu'elle posséderait
des yeux
mais parce qu'elle transforme celui qui
s'arrête devant elle
le regard véritable est toujours
mutuel
celui qui contemple est
déjà contemplé
cette intuition rejoint une
phénoménologie
profonde
la conscience n'est pas enfermée
dans un sujet isolé
elle
est
ouverture
le monde n'est pas seulement ce qui est vu
il est ce qui rend possible
le voir
dans une lecture plus cosmologique on pourrait dire que l'univers
devient conscient de lui-même à travers les êtres
capables de le contempler
cette idée a été formulée de diverses manières par des philosophes
et des scientifiques sans qu'elle implique nécessairement
une conscience cosmique au sens littéral
elle exprime que l'émergence d'êtres conscients
permet au monde de se réfléchir
le regard humain serait alors
un miroir où l'univers
apparaît à lui-même
l'œil ne possède pas la lumière
il lui appartient
ce que je regarde me façonne avant
que je le comprenne
l''univers n'a pas besoin de visage pour répondre
à mon regard
voir c'est entrer dans une réciprocité
silencieuse
le regard est le lieu où le dedans et le dehors
cessent de s'opposer
la montagne ne me parle pas elle me regarde
en demeurant montagne
chaque étoile est un point où le visible
apprend qu'il est visible
l'univers ne passe pas seulement par mes yeux
il y découvre une possibilité
de se manifester
l'œil par lequel je regarde l'univers n'est pas
un organe séparé du monde
il est une ouverture où le monde devient
présence à lui-même
voir n'est pas placer l'univers
devant soi
c'est consentir à être inclus dans
son immense
regard