l’obsolescence de l’homme
comme un outil laissé au bord d’un monde plus rapide
la main encore chaude
mais déjà
inutile
pourtant dans ce retard même
une conscience veille
celle de savoirque le monde continue
sans nous attendre
la mémoire de la mer
un sel ancien
resté dans la lumière
comme si chaque vague
se souvenait encore
d’un monde
plus vaste que la rive
que les morts restent morts qu’ils ne reviennent pas
assez d’ombres
dans la bouche des vivants
leur silence
est peut-être
la seule vérité
qui ne demande plus
qu’on parle pour elle
je n’aurais pas dû
évoquer les taureaux de Basan
nous y sommes
le ciel s’est épaissi
et la pluie tombe
lourde
comme si la guerre
avait trouvé
un autre nom pour la terre
Ne t'éloigne pas de moi quand la détresse est proche, quand personne ne vient à mon secours! De nombreux taureaux sont autour de moi, des taureaux du Basan m'encerclent. Ils ouvrent leur gueule contre moi, pareils au lion qui déchire et rugit. Mes forces s'en vont comme l'eau qui s'écoule, et tous mes os se disloquent; mon cœur est comme de la cire, il se liquéfie au fond de moi. Ma force se dessèche comme l'argile, et ma langue s'attache à mon palais; tu me réduis à la poussière de la mort.
Psaumes 22 12 31
avant de rencontrer le Christ nous étions
comme les taureaux de Basan
puissance sans écoute
corps pleins de terre et d’orgueil
le front tourné vers la charge
sans savoir encore
qu’un autre royaume
s’ouvre dans la blessure
et le silence