dimanche, septembre 06, 2026

 

Crane est une entreprise britannique de conception et de fabrication spécialisée dans les ustensiles de cuisine professionnels et leurs accessoires

Les produits Crane sont fabriqués en France à partir de matériaux de très haute qualité et selon des techniques éprouvées par le temps 

Les produits Crane en fonte sont recouverts à l’intérieur comme à l’extérieur d’un émail noir mat spécialement formulé


















Magasin Des Objets Usuels est une nouvelle boutique en ligne proposant une sélection d’objets du quotidien choisis avec soin par Aestate Studio et le Bureau des Recommandations

Plus littéralement objets usuels signifie objets ordinaires d’usage courant avec ici l’idée d’une sélection pensée et éditorialisée plutôt qu’un simple catalogue

















une ontologie du devenir 
plutôt qu’une vision du monde faite d’objets fixes


les choses sont des occurrences

elles ne sont pas des essences immobiles 
mais des apparitions  singulières 
dans un réseau de relations


les conditions sont des processus

ce qui rend une chose possible est lui-même 
en transformation continue


les événements sont des transitions

un événement n’est pas seulement ce qui arrive 
mais le passage d’un état à un autre


























la chose apparaît
la condition transforme
l’événement fait passer



le réel 
n’est alors plus une collection d’objets mais
un tissu de devenirs





















Tu y es pour quelque chose 


Oui 

dis-je à voix basse








Oui

j’y étais pour quelque chose

mais je ne pouvais pas lui en dire plus

je ne pouvais pas donner de détails

je ne pouvais rien dire

pour me protéger moi

pour la protéger elle

pour protéger le journaliste avec qui je travaillais


Dans ma situation 

je devais me taire

c’était la seule option

la meilleure garantie de sécurité pour ceux qui m’entouraient


Parler

dire la moindre chose

présentait trop de risques





Elle me regarda longtemps puis détourna 

les yeux vers le lac 


À cet instant le vent tomba et la surface de l’eau 

devint parfaitement immobile

 

Dans le reflet des montagnes 

je vis apparaître quelque chose qui n’était pas là 

quelques secondes auparavant 

une seconde silhouette debout derrière nous


Je me retournai 

personne


Lorsque je regardai de nouveau le lac 

la silhouette était toujours là mais elle n’était plus derrière nous 

elle se tenait sur le versant interdit 

à l’endroit même où le corps avait été découvert



je compris ce que je n’avais jamais voulu comprendre

nous n’avions pas découvert un corps

nous avions découvert quelqu’un 

qui nous regardait depuis bien avant notre arrivée


Le journaliste avait disparu cette nuit là et la photographe 

quelques mois plus tard n’avait laissé derrière elle 

qu’une série de clichés où chaque image 

contenait imperceptiblement la suivante 

comme si le temps lui même avait été photographié


je sus enfin pourquoi je devais me taire

certaines vérités ne cherchent pas à être révélées

elles cherchent seulement quelqu’un 

pour les regarder



























Aux abords d’un lac de haute montagne

à la lisière d’une réserve interdite aux humains

un groupe de chercheurs s’affaire














Parmi eux

une photographe aperçoit sur un des versants 

quelque chose qui échappe au regard de tous les autres


Les signes étranges s’accumulent

un corps est retrouvé


La photographe décide de rester là-haut 

seule


Quelques mois plus tard 

c’est elle qui 

à son tour

disparaît...



au printemps 

on retrouva son appareil photo  posé sur une pierre 

au bord du lac


dans la dernière image 

elle apparaissait elle-même sur le versant interdit

mais derrière elle 

se tenait une silhouette plus ancienne 

que la montagne


on comprit alors qu’elle n’avait pas disparu


elle avait seulement franchi 

la limite entre celui qui regarde et ce qui est regardé




il ne faut jamais douter de l’invisible  

une affirmation qui renverse la hiérarchie ordinaire 
entre ce qui se montre et ce qui 
demeure caché

l’invisible 
n’est pas nécessairement ce qui n’existe pas

mais ce qui 
ne se donne pas immédiatement 
au regard




le vent
la pensée
la mémoire
le temps
ne se voient pas
et pourtant ils agissent

























 



amas de blocs rocheux charriés par les rivières 

de l’âge glaciaire

les archives visibles d’un monde 

disparu  


plan de Tuéda













des pierres déplacées par des eaux anciennes
demeurées là comme si 
le mouvement du glacier et de la rivière 
s’était soudain immobilisé



des blocs
posés par des eaux disparues


la mémoire glaciaire
à même la terre


pile-ups of boulders from ice age rivers















 


éloge de l'infini

l'infini commence peut-être là où la mesure renonce

là où le regard après avoir compté les arbres les pierres les distances ne peut plus rien additionner et demeure devant ce qui ne se laisse pas achever

l'infini n'est pas seulement ce qui est sans fin  il est ce devant quoi toute finitude devient soudain consciente d'elle-même

























nous vivons entourés de limites un corps une maison un chemin une journée une vie tout semble dessiner autour de nous des frontières auxquelles nous nous habituons jusqu'à les prendre pour le réel lui-même il suffit parfois d'un horizon d'une nuit étoilée d'une montagne d'un silence prolongé pour que la clôture se fissure

quelque chose déborde



le ciel ne s'arrête pas à son apparence
la mer ne finit pas à la ligne de l'horizon
le chemin continue derrière le tournant

la pensée elle-même lorsqu'elle croit avoir atteint sa limite découvre une question derrière la réponse
l'infini est  cette étrange puissance de débordement

il ne se trouve pas nécessairement quelque part très loin au-delà des galaxies il peut apparaître dans l'infiniment petit  une nervure dans une feuille une pierre dont la surface révèle d'autres surfaces le grain du bois le détail d'un visage un mot dont le sens se déplie à mesure qu'on le relit



l'infini n'est pas toujours grandeur
il est parfois profondeur

une chose finie 
peut contenir une profondeur infinie

un poème peut avoir quelques lignes et accompagner une vie entière un livre peut être refermé et demeurer ouvert dans la pensée une montagne peut être regardée mille fois sans jamais devenir exactement la même montagne

l'infini entre alors dans le fini comme 
une fissure de lumière

c'est  pourquoi certaines œuvres ne s'épuisent pas

on lit Proust et le temps recommence
on lit Rimbaud et le langage se déplace


on relit un poème après vingt ans et l'on découvre qu'il avait 
attendu celui que nous sommes devenus

l'œuvre n'était pas infinie 
par sa longueur

elle l'était par sa capacité à 
recommencer

ainsi l'infini n'est peut-être pas seulement 
ce qui ne finit jamais

il est ce qui peut toujours 
recommencer autrement

une pensée
une marche
une rencontre
un regard.
une phrase


le même chemin
chaque jour
et pourtant jamais le même pas

l'infini peut être une expérience très simple
marcher jusqu'à ne plus savoir combien de pas ont été faits

regarder la mer jusqu'à ce que l'horizon cesse d'être 
une ligne et devienne une ouverture

lever les yeux vers la nuit jusqu'à comprendre que le ciel 
n'est pas un plafond

lire une phrase jusqu'à ce qu'elle cesse 
d'être une phrase connue

quelque chose 
en nous se desserre

nous ne sommes plus devant le monde comme devant 
un ensemble d'objets que nous pourrions 
posséder par la connaissance


nous sommes devant ce qui excède
cet excès n'est pas une défaite
il est une délivrance

tout vouloir comprendre tout mesurer tout nommer
tout enfermer dans une définition c'est 
vouloir réduire le monde à 
la dimension  de notre 
intelligence









l'infini nous rappelle doucement que le réel 
est plus grand que nos catégories

il sauve le monde de notre désir 
de le terminer

il sauve la pensée de son propre 
achèvement

il sauve  même l'existence de l'ennui 
de la répétition

si le réel était entièrement connu
il serait terminé

mais il ne l'est 
jamais

il reste 
toujours quelque chose


un dehors
un reste
une réserve d'inconnu

une possibilité 
que nous n'avions pas encore aperçue

l'infini est cette réserve

il est ce qui demeure 
lorsque nous avons fini de compter

ce qui commence lorsque 
nous croyons avoir fini de comprendre

ce qui reste ouvert 
lorsque tout semble fermé

vivre consiste précisément à ne pas chercher trop vite 
à refermer cette ouverture

à conserver en soi une capacité 
d'étonnement

à accepter qu'une montagne soit plus qu'une montagne
qu'un mot soit plus qu'un mot qu'un silence 
puisse contenir davantage qu'un 
discours

qu'une vie finie puisse  être 
traversée par quelque chose qui la dépasse


nous sommes finis
notre temps est compté
nos pas sont comptés
notre souffle est compté

et pourtant nous pouvons penser l'infini
étrange privilège de la conscience 


être une chose finie capable de s'ouvrir 
à ce qui ne l'est pas



voici 
le véritable 
éloge de l'infini 

il ne nous promet pas de devenir 
immortels

il nous apprend simplement à ne pas confondre 
la limite de notre vie avec 
la limite du réel



le chemin finit 
mais derrière le dernier pas
quelque chose 
continue







































 


Friedrich Schlegel

Frédéric Schlegel 1772–1829 est l'une des figures fondatrices du romantisme allemand Philosophe critique écrivain théoricien de la littérature il pense l'œuvre non comme une forme close mais comme une œuvre en devenir toujours susceptible de se prolonger de se fragmenter et de se réinventer














Chez lui la pensée refuse de se séparer de la poésie Le fragment devient une forme privilégiée  quelques lignes peuvent contenir davantage de pensée qu'un système entier précisément parce qu'elles demeurent ouvertes inachevées disponibles à d'autres pensées

Il imagine une  poésie universelle progressive  capable de réunir poésie et philosophie art et science imagination et réflexion La poésie ne doit plus seulement produire des œuvres  elle doit devenir une manière de penser et d'habiter le monde

Son ironie est essentielle elle permet à l'esprit de se regarder lui-même de construire une forme puis de la dépasser aussitôt Toute pensée véritable contient ainsi la conscience de ses propres limites

Il écrit comme on ouvre une porte sur une autre porte 

le fragment n'est pas un morceau du tout
mais une totalité qui demeure ouverte

Et derrière cette pensée se dessine une intuition profondément romantique: le monde n'est jamais achevé parce que l'esprit qui le contemple participe lui-même à sa création
















paradoxe du regard  

ce qui est toujours visible finit par devenir 

invisible 

par excès de familiarité




la présence absolue
devient une forme d’absence
à force d’être là


la seule façon 
de passer inaperçu 
est d’être perçu constamment  

















un retrait du monde et de soi-même où la mémoire 

cesse un instant de retenir 

les choses



être assis
sans passé
sans attente
et laisser le monde
oublier qu’on le regarde



être assis dans l'oubli







une pensée qui ne cherche pas à tout dire mais 

à laisser apparaître ce que 

les mots recouvrent


le silence n’est pas l’absence de parole

il est ce qui organise 

la parole autour de l’indicible


logique du silence





cette phrase de Friedrich Schlegel définit l’ironie comme 
une conscience du caractère inépuisablement 
mouvant du réel

le chaos n’est pas ici un simple désordre  
il possède une  plénitude infinie 

une capacité perpétuelle à produire 
de nouvelles formes


l'ironie est la claire conscience de l’agilité éternelle 
et de la plénitude infinie 
du chaos




l’ironie consiste  à ne jamais prendre définitivement au sérieux 
une forme particulière parce qu’on sait qu’elle peut 
toujours être dépassée renversée 
ou recomposée





l’ironie
sait que toute forme
est provisoire
et que le chaos
ne cesse jamais de devenir


















le dernier des Atlantes 

le dernier survivant d’un monde englouti une figure archaïque 
qui porte encore en lui la mémoire 
d’une civilisation disparue




c’est celui qui arrive après la fin du monde 
avec pour seul héritage 

le souvenir d’un continent 
qui n’existe plus
























encore mort déjà vivant 

le paradoxe d’une existence prise entre 
disparition et naissance 

la mort comme ce qui s’achève et la vie 
comme ce qui surgit déjà 
dans ce qui disparaît



encore mort
déjà vivant

entre les deux
le monde recommence





la pensée est un acte 

elle n’est pas seulement contemplation ou 
représentation du monde 

elle est une force qui transforme celui qui pense 
et modifie son rapport au réel


penser
c’est déjà agir

le monde commence
là où la pensée se met en mouvement





la deuxième vie 

une existence qui commence après une rupture 
avec la première 

une vie moins subie plus consciente 
comme si l’on renaissait sans 
changer de corps


la première vie nous arrive
la deuxième
nous la choisissons


l’éternité est sûrement retrouvée

puisque

comme toujours 

la mer est mêlée au soleil


cette formule de Rimbaud 

fait de la mer et du soleil les signes 

d’un éternel recommencement


l’éternité n’est pas un au-delà 
abstrait  

elle est retrouvée dans une image élémentaire 
et toujours recommencée

la mer mêlée au soleil

la lumière et l’eau se confondent comme si les contraires 
retrouvaient momentanément 
leur unité


l’éternité retrouvée
non dans le ciel

mais dans la mer
mêlée au soleil





Graal 

dans la tradition médiévale objet sacré associé 
au dernier repas du Christ et dans les récits
arthuriens quête d’un absolu 
difficilement accessible




le Graal peut devenir ce qui est recherché 
sans jamais se laisser réduire 
à un objet 




le Graal
non pas au bout du chemin
mais dans la marche elle-même

comme 

une présence qui se dérobe
pour mieux conduire















jette un regard de prudence 
sur la route poudreuse où personne ne chemine
 

un chemin désert 
comme 
une possibilité encore intacte 



le regard prudent ne cherche pas seulement 
à éviter le danger mais à discerner 
ce qui attend dans cet espace 
sans traces



la route sans pas
la poussière sans empreinte

le regard
précède le marcheur











l’image flottante du cinquième idéal 
se dessine lentement 

apparition progressive d’une forme 
encore indécise 




une vision émerge du flou 
comme si 

l’idéal n’était pas à atteindre mais 
à laisser apparaître 

peu à peu 
dans la conscience





instant suspendu où le corps a déjà rejoint le jour 
tandis que l’esprit demeure encore dans 
la brume du sommeil


les yeux ouverts
la pensée encore ailleurs

le matin
entre lentement 
dans la conscience



je viens de me réveiller 
mais ma pensée est encore engourdie 






la rigueur mathématique non comme une clôture abstraite 
mais comme une eau froide qui traverse la pensée 
la dépouille du superflu et lui rend 
sa netteté


la rigueur
comme une eau claire
qui traverse l’esprit


mathématiques 

sévères 

comme 

onde 

rafraîchissante 







une connaissance où la perception sensible ne s’oppose pas 
à la pensée mais l’éveille et la précise 

les apparences devenant non des illusions mais des passages 
vers une compréhension plus juste du réel




les sens ouvrent

la raison 
éclaire

le monde apparaît
dans sa vérité sensible



les sens 

éclaircissent 

la raison 

par des apparences 

vraies




l’existence est une illusion d’optique
la littérature est là pour la renverser

une phrase qui fait de la littérature non pas un miroir du réel 
mais un instrument de déplacement 
du regard 

elle déforme les évidences fissure les apparences et révèle 
derrière le monde que nous croyons voir 
un autre monde possible















cette formule vient d’Aristote dans la Poétique il oppose ici la poésie à l’histoire  l’histoire raconte ce qui a eu lieu tandis que la poésie explore ce qui pourrait avoir lieu selon le vraisemblable ou le nécessaire


la poésie est quelque chose de plus philosophique 
et possède un caractère plus élevé 
que l'histoire


la poésie est donc plus philosophique parce qu’elle 
ne s’attache pas seulement au particulier 
et au fait singulier 

elle cherche l’universel dans le particulier
ce qui pourrait concerner 
tout homme























l’histoire dit ce qui fut
la poésie cherche ce qui peut être

dans ce possible
elle touche à l’universel
























le poète peut cesser visiblement d’écrire

mais il demeure secrètement en présence 

de tous les mots qui n’ont jamais été écrits



chaque silence devient mesure
chaque mot absent devient 

possibilité


l’écriture continue
dans cet espace invisible
où le poème demeure avant même d’advenir











travaille sans cesse 
et ne crains pas de paraître oisif 

une injonction paradoxale où le véritable travail échappe 
à ce qui se voit produire 

penser marcher lire regarder attendre 
laisser mûrir une forme




travailler dans le silence
jusqu’à ce que l’oisiveté apparente
devienne la forme secrète du travail









si quelque chose a un sens la poésie a sens de tout

la poésie ne se contente pas de donner un sens aux choses 
elle les recueille dans la totalité du sensible 
du visible et de l’invisible 

elle fait du fragment 
une ouverture vers le monde entier



si quelque chose a un sens
la poésie a le sens de tout

même ce qui n’en a pas encore
trouve dans le poème la possibilité de résonner










Scroll 
un rouleau de papier

de parchemin ou de soie 
portant un texte ou une peinture



dans le contexte japonais scroll désigne souvent un kakejiku ou un rouleau suspendu  l’œuvre se déploie verticalement avec une importance particulière accordée au vide autour de l’écriture ou de l’image



un rouleau de silence
qui se déroule
et laisse apparaître
le temps














Ryōkan’s scroll 

la calligraphie du moine et poète japonais Ryōkan 1758–1831 
dont les rouleaux associent souvent caractères
poèmes et espace blanc


le scroll n’est pas seulement un support du texte  
le vide qui entoure les signes participe lui aussi du poème

l’écriture devient ainsi 
souffle geste silence et présence






Ryōkan’s scroll
quelques signes
dans l’immense blanc
et le silence
écrit autour d’eux

gouttent 
mots


la 
première 
neige



les pétales du cerisier

























ce chemin ne mène pas seulement quelque part 

il monte il se défait il réapparaît entre les racines la roche et les feuilles mortes comme si la montagne n'avait jamais vraiment accepté l'idée d'un chemin et qu'elle le laissait seulement passer par endroits dans les plis de son corps











ici le sol n'est plus une surface
il est une mémoire


la roche affleure sous les feuilles dure ancienne striée par quelque chose qui nous précède de très loin le pied se pose là où il peut il ne suit plus une ligne abstraite tracée sur une carte il cherche il éprouve il hésite parfois chaque pas devient une petite décision du corps une négociation silencieuse avec le relief



on ne marche plus sur le chemin
on marche avec lui

la pente impose son rythme la respiration devient plus présente le regard descend vers quelques mètres de terre et de pierre puis se relève happé par un arbre une trouée de lumière une paroi le proche et le lointain alternent la pensée elle aussi change d'échelle













le chemin semble alors faire quelque chose 
à celui qui le parcourt

il enlève

il enlève la vitesse les préoccupations inutiles les phrases trop longues les certitudes qui paraissaient indispensables en bas à mesure que l'on monte quelque chose se simplifie


le pied
la pierre
le souffle
le prochain pas


la montagne sait mieux que nous  il n'est pas nécessaire de comprendre toute la route pour avancer il suffit parfois de rencontrer exactement le morceau de sol qui se trouve devant soi



une racine
une dalle
une pierre humide
quelques feuilles

puis encore quelques mètres
le chemin ne promet rien
il ne garantit ni révélation ni sommet



il existe seulement dans cette succession 
presque pauvre de gestes 

lever le pied chercher l'appui transférer le poids
respirer recommencer

quelque chose de métaphysique se glisse 
dans cette pauvreté même

qu'est-ce qu'avancer
est-ce atteindre un point situé plus haut 

ou est-ce modifier à chaque pas 
la relation que nous entretenons avec le monde











la montagne ne se donne jamais tout entière au marcheur elle apparaît par fragments une pierre un tronc une pente une lumière le reste demeure caché ainsi le chemin ressemble peut-être à l'existence  nous ne recevons jamais la totalité du trajet seulement la possibilité du pas suivant



les feuilles mortes recouvrent 
les pierres

elles cachent le chemin 
sans l'effacer

comme le temps recouvre les choses 
sans les abolir


sous la matière récente demeure la matière ancienne sous le chemin la montagne sous nos habitudes quelque chose de plus silencieux nous croyons avancer sur un sol stable  nous marchons en réalité sur des millions d'années



la roche affleure
elle dit presque rien
ce presque rien suffit

la marche devient une manière de penser sans concepts
le corps comprend avant l'esprit

il comprend la pente
le poids l'équilibre l'effort la fatigue l'espace

il sait que le chemin n'est pas une idée
il est une résistance

une rugosité
une succession d'appuis




marcher longtemps consiste précisément à retrouver cette intelligence première  celle qui ne demande pas au monde de devenir clair pour pouvoir y avancer



le chemin monte
nous montons avec lui

un instant il n'y a plus de différence entre 
le marcheur et le mouvement

le pas ne cherche plus le sommet
il est seulement le pas

la montagne ne devient pas un paysage
elle redevient présence





le chemin
sous les feuilles
dans la roche sombre
entre les arbres
continue de monter 
sans expliquer 
où il va












Beaufort le Sauzier septembre 2026









samedi, septembre 05, 2026

celui qui marche 
avec sa maison sur la tête est le ciel 

renverse l’image ordinaire 
du monde 

ce n’est plus
l’homme qui habite sous le ciel 


mais le ciel qui devient lui-même un marcheur 
portant son propre espace 
comme une demeure


la formule fait du ciel une maison nomade 
et de la marche une manière 
d’habiter l’infini












Nout est dans le monde 

image qui inverse la représentation traditionnelle 
de la déesse égyptienne du ciel Nout 
qui arque son corps au-dessus 
de la terre




elle n’est plus seulement le ciel qui enveloppe le monde 
mais une présence cosmique inscrite 
dans le monde lui-même




le ciel 
dans la pierre
la nuit dans le corps

Nout partout
comme si le monde portait
sa propre voûte céleste






















proème  

terme forgé à partir de prose et poème

qui suggère une forme située 

entre les deux

il peut désigner une écriture où la prose conserve la continuité 
du discours tout en acquérant la densité les ruptures 
les images et les résonances 
du poème

le proème
ni prose
ni poème
mais le mouvement
de l’un vers l’autre














le ruisseau qui sort de la forêt
tout à côté de Bond Street
à 1 mille de la Cité
coulait alors près du verger de John
Parsons ...

Charles Olson les Poèmes de Maximus















Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle éclipse Eco Ecosse écoute écritures ED Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile éveil Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. G.Luca G.R.I Gary Snyder Gaza GB GDD GDLMC GDT GEGO Gelassenheit généalogie genese Genet Genji Géologie géométrie géophanie Géopoésie Gervais Geulincx GIA Gif Giffard Giovannoni Girard Giraud Giroux Gizzi Gleize Glossaire GMH Gnoséologie Gobenceaux Godard Gödel Godwin Goethe Gombrowicz Gongora Goodman Nelson GOPC GPDB GR54 GR70 GR91 Graal Grâces Gramm gris Grothendieck Guerre Guesdon Guy Debord Guyau Guyotat GVDT GWFH Gygès H H.Corbin H.D. H.P Habitus Hadot Haenel haïku Hamant Hamish Fulton Hamon Harms Harrari Hart Crane Hausmann Havet HDT HE Heaney Hécate Hegel Heidegger Hello Henri Michaux Henri Thomas Herbes Herta Müller Hésiode Hesse Heures hexagrammes HFSR HHPC Hikmet Hillesum Hiroshi Yoshida Histoire HM HN HO Hocquard Hofmannsthal Hohl Hölderlin Hominidés homonymies Horace Houellebecq HR. HRC HS HSCDLAE HTH Hubin Hugo Ball Huguenin Hume HV Hymnes orphiques Hypérion hypertexte Hypnos i I remember I.P-B. IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. L.R.des Forêts L.S L'EI La Croix La parole de l'autre La vie de la montagne labyrinthe lac Lacs LADR lafabrique Laforgue Lagopède LALELES Lamantin LAME Lapiaz Laporte Roger Larry Eigner latin Laugier Laurent Margantin LBA LCC LCD LCDE LCDI LCDJ LCDP LCI LCR LCS LD LDB LDF LDLH LDM LDMC LDMH LDR LDS LDV Le Clézio Le Livre Le poème LEC LECDF LECLA Lectures LEDA LEDUI LEE Lee Ufan LEF légende légumes Leibniz Leibovici Leili Anvar Lely lensball lepoète Les eaux Les empereurs Les fils Les oiseaux lesoi Lespiau Lessing Lettres Lev Rubinstein Lex1 lex2 lex3 lex5 lex7 lex8 Lexie Lexique LFDH LFDLP LFDP LFDRT LFMR LFQ LGD LGDE LGDFASP LGDLM LGDP LGPDB LGS LGTDLP LGVDLH LHDD LHS LIDT lieux Lieux-source lièvre Ligne7 lignes Lionel André éclats Lionel André éditions Lionel André encres Lionel André photographies Lionel André randonnées LIQV Lisa Cairns list listes littéralité livrelit LJDP LLDLI LLDME LLDO LLDP LLDQ LLL LMDDDLH LMDF LMDLE LMDM LMV LO LOAN LODL LOGOS lois London Lorand Gaspar Lorenzo Menoud Louise Bourgeois Louise Glück LPC LPDLE LPDP LPDS LPI LPM LQDLE LRDD LRDP LRDR LRDT LRED LSDA LSDS LSDV LSMT LSNDLR LTDS LTO LTR LUELADC Lune Lupasco Lus & Mus Lux LV; LVB.TDSDC LVDDP LVDT LVESO LVLTDLO LVMDE Lyn Hejinian Lynn Schwartz M M.Caron M.Craig-Martin M.S.M M.Trinité Ma Macedonio Fernandez Machado Maestri Maggiore Maïakovski Mains maintenant Mais Mallarmé Malrieux Mandalas Mandelstam MANEKINEKO Manganelli Manifeste Manon mantra Manuel Joseph manuscrit Manzoni Map Marchand Marcheurs Marelle Marie Martin Ziegler Marx Masao Yamamoto masque Massera Matinaux Matsui Matta-Clarck Matton Mauguin Mavis Karn maximes MBK MBO MC McCord MCH McLuhan MDA MDC MDLADLE MDLF MDOU MEC Mécanisme Méditations Meillassoux Mélusine mémoire Memories Menus Meraviglia Merci Mercredi Mercure Merton Thomas messages Mesure Métamorphoses Métaphysique Métis Metro MFRC MG Michon micro microcosme mieux Millet Milton Mina Loy Misrahi Miura ori MJNYCR MK monade Mondo Monostiques Monosyllabes Montagnes et Glaciers Montagnes poèmes Montaigne Montale Monteiro Moore Morris mot mots Moving mp3 MPUSPM MSerres MTAS murmure Murphy Murs et Fenêtres Muscle Musil musiq Musique MWLG Mystères MZD N N.M Nabokov Nadja Nagarjuna Nagori Nancy Napoli Narnia Nassim Haramein Nathaniel Tarn Nature Nauman NDBDP NDDP NDLT Néant Négation Neiges Neil Mills Némésis Nerval neuf Nice Niedecker Nietzsche Nihilisme Nirupana NLJNLH NOBUO noeuds Noguez Noir nOmbres Nonnos Norge NOTEPAD Notes-Book Notes-Rapides Notifications NOUS noûs Nouveautés Novae Novalis Novarina NP NPhS NRSNPEM Nuages Nuits O.Pé Oberland objets Objets d'Amérique Oblomov Ockham Octaèdre ODIN ODSI œil OELDT Ogadine Olivier Cadiot OLR OM ON ondes Onfray onthologie Opalka Oph. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thamazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. 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