mercredi, septembre 30, 2026

la singularité est-elle proche

ou bien

était-elle déjà là

dans l'écart

entre deux choses



dans le tremblement

d'une forme


dans cette pensée

qui change

brusquement

de direction

















peut-être la singularité ne vient pas vers nous


elle apparaît

lorsque le regard

cesse de demander

où elle commence











singularité

une idée très forte 

ce qui ne peut être remplacé par rien d’autre


une singularité n’est pas simplement quelque chose 
de rare ou d’original

c’est un point d’existence irréductible
une manière unique pour quelque 
chose d’être là





entendre 
plusieurs dimensions 


unicité 
 
ce qui n’est pas
un exemplaire interchangeable 
d’une série

irréductibilité 

ce qui ne peut être
entièrement expliqué par une catégorie 
générale


événement 

quelque chose qui introduit 
une différence dans le cours du réel


intensité  

un point où les forces
les possibilités ou les significations 
se concentrent


limite  

en mathématiques et en physique
un point où les lois habituelles peuvent cesser d’être 
applicables de la même manière



subjectivité 

chez Deleuze 
notamment la singularité n’est pas 
nécessairement 
un individu 

c’est un événement ou un point remarquable 
dans un champ de possibilités





métaphysiquement 
on pourrait alors 
dire 

la singularité 
est le point où l’être 
cesse d’être général pour 
devenir 
ceci


elle est 
le  ceci  avant 
le  quelque chose 

cette lumière cette montagne cette rencontre cette vie
ce moment qui ne peut être remplacé par 
une description générale




il y a 
un paradoxe 
magnifique 



plus une chose est singulière
moins elle peut être possédée par le concept

mais plus elle devient 
présente dans l’expérience




la singularité serait ainsi la résistance du réel 
à devenir une simple 
catégorie























écrire au clavier versus écrire avec un stylo permet notamment de faire enfler le texte par son milieu encore qu’avec de belles paperolles collées et cousues avec grâce et componction par Célestine on puisse très bien écrire un roman hypertexte sur le papier





certes cela 

nous aurait privé de belles paperolles 

mais Proust aurait tellement apprécié 

le copier-coller  



















j’ai la faiblesse 

de penser  qu’il aurait sans doute adoré aussi 

récolter des informations 

grâce à Google 



lui qui réveillait ses amies en pleine nuit pour connaître 
le nom exact d’une fleur vue 
dans leur parterre 


glaner 

des bribes 

de vécu en parcourant 

les blogs 



lui qui aimait aller interroger sur les travers de la nature 
humaine prostituées et garçons 
d’étage du Ritz 



pouvoir continuer à vivre 

la nuit dans 

les réseaux 


lui qui ne se couchait de bonne heure qu’assez tard 
le lendemain matin





*




notre tête est ronde

pour permettre

à la pensée

de changer de direction


elle tourne

comme une pierre

dans le courant


elle quitte

une idée

en rencontre une autre


revient

s'égare

dévie

et parfois

dans ce détour

aperçoit

ce qu'elle cherchait

sans le savoir



penser


n'est peut-être pas

aller droit

mais conserver

assez d'espace

pour bifurquer

























la lecture est une amitié


















une présence sans présence


quelqu'un parle

dans le silence

et l'on demeure

auprès de lui

sans avoir

à répondre



les années

n'y font rien


la voix

reste ouverte

sur la page

comme un feu

que l'on retrouve

dans la nuit



lire


ne pas être seul sans avoir besoin

de rencontrer

personne

















celui qui croit voir devant soi la fin

projette peut-être

sa propre fatigue

sur le mouvement du monde




la route

ne finit pas

parce que nous sommes

fatigués de la regarder




















la rivière

continue

hors de notre lassitude



le vent

ne connaît pas

notre désir

d'en finir

et la montagne

derrière la dernière crête

ne disparaît pas


elle demeure

dans cette part

que le regard

n'a pas encore

atteinte






tout est devenu souplesse apparente

des vides dans le plein

des nébuleuses dans les formes

des tremblés dans les traits



rien ne tient

tout demeure

en suspens


la ligne hésite


la pierre se défait

dans sa propre lumière


les contours

ne ferment plus

ils laissent passer

le dehors

et ce qui semblait

être une forme

devient soudain

une vibration

à peine retenue

par le regard









tout a pris la clarté du microscope

les choses

se sont rapprochées

jusqu'à perdre

leur distance


la poussière

est devenue

un paysage


la peau

une géographie


la pierre

un mouvement

invisible






chaque détail

s'est mis

à contenir

un autre détail

et sous le regard

le monde

ne s'agrandissait plus

il devenait

plus profond














déjouer toute appropriation

ne pas devenir propriété


d’une langue
d’une culture
d’un territoire
d’une identité

passer plutôt que s’installer

traverser les langues
comme on traverse un paysage
sans en épuiser le secret

provoquer les passages
les écarts
les traductions



















traduire
n’est pas ramener l’autre au même

c’est maintenir
entre les langues
un espace de différence
où quelque chose peut encore
se transformer


ne rien posséder faire circuler

















si par  mystères du langage  on entend ce qui dans le langage excède la simple communication  son pouvoir de produire du sens de faire apparaître de transformer notre rapport au monde  alors la poésie n’est qu’une des voies d’accès



on pourrait 
en distinguer plusieurs






la philosophie

elle cherche à atteindre le langage en le mettant en question  
que signifie être dire nommer penser 

chez Wittgenstein Heidegger ou Derrida le langage 
devient lui-même l’objet de la pensée

la philosophie demande  que peut le langage 
lorsqu’il tente de dire ce qui 
le dépasse 































la mystique

elle rencontre le langage à sa limite  Apophase silence
parole sacrée  

il s’agit moins de produire davantage de discours que de conduire 
la parole jusqu'au point où elle doit se taire

Maître Eckhart Jean de la Croix Angelus Silesius ou les traditions 
zen explorent ainsi une parole qui désigne 
l'indicible




la musique

elle libère le langage de sa fonction référentielle le son le rythme
la répétition la respiration subsistent lorsque 
le sens lexical disparaît

la musique montre que 
le langage commence peut-être avant le mot




l'étymologie

revenir à l'histoire d'un mot c'est découvrir sous son usage actuel 
des couches anciennes de pensée 

le mot devient une sorte 
de fossile vivant

L'étymologie permet de faire apparaître ce que 
l'habitude avait recouvert



le silence

c'est peut-être la voie 
la plus radicale

le silence ne serait pas l'absence du langage 
mais son envers : 

ce qui permet à la parole 
de surgir

entre deux mots existe parfois davantage de sens 
que dans les mots eux-mêmes




le rêve

le rêve révèle un langage qui n'obéit pas entièrement 
à la logique propositionnelle 

condensation déplacement images homophonies 
métamorphoses

Freud et Jung ont chacun exploré 
cette dimension



le jeu avec la langue

calembour anagramme lapsus homophonie bégaiement
néologisme déformation 

ici, on cesse de considérer le langage comme 
un instrument parfaitement 
maîtrisé

le mot se met à parler contre 
celui qui le parle




la traduction

elle est une expérience particulièrement profonde 
du mystère du langage. 

traduire révèle que le sens n'est ni complètement 
dans le mot ni complètement 
indépendant de lui. 

il circule entre les langues avec des pertes
des gains des déplacements



l'enfant et l'apprentissage de la langue

l'enfant découvre quelque chose que l'adulte oublie 
qu'un mot n'est pas naturellement attaché 
à une chose. 

il faut apprendre que  arbre  signifie 
arbre

l'étrangeté originaire du signe 
réapparaît



la linguistique elle-même

Saussure Jakobson Benveniste Chomsky et d'autres ont montré 
différentes dimensions de la structure du langage

la linguistique permet notamment de découvrir que ce que 
nous croyons être une parole spontanée repose 
sur une architecture extrêmement 
complexe



la folie le lapsus le bégaiement

non pas parce qu'ils seraient des accès privilégiés 
à une vérité cachée

mais parce qu'ils peuvent rendre visibles les mécanismes 
ordinaires du langage en les faisant dérailler

le fonctionnement normal apparaît parfois 
mieux lorsqu'il se fissure



la marche

mon intérêt pour la marche rejoint 
directement cette question 

marcher longtemps produit une étrange modification 
du langage intérieur : 

les phrases se défont les associations deviennent plus libres
les mots se détachent de leur 
fonction utilitaire


le paysage devient 
une syntaxe sans grammaire







poésie 
intensification du langage

philosophie 
interrogation du langage

mystique 
dépassement du langage

musique 
langage sans signification conceptuelle

silence  
suspension du langage

étymologie  
archéologie du langage

rêve 
langage de l'image

jeu 
déstabilisation du langage

traduction 
passage entre les langues

marche 
désautomatisation du langage







le point 
commun de toutes ces voies 
est celui-ci 



il ne 
s'agit plus 
de se servir du langage 
mais de laisser le langage 
nous montrer 
ce qu'il est





c'est alors que le  mystère du langage  
devient proche  du mystère 
de l'être  

nous croyons parler une langue mais à un certain 
degré de profondeur c'est la langue 
qui nous parle





























 


Image



Nanao 

un poète japonais marcheur vagabond et écologiste avant la lettre Proche de la Beat Generation notamment d’Allen Ginsberg et de Gary Snyder il refusa la vie sédentaire et les formes convenues de l’existence littéraire

















il marcha

à travers le Japon
les montagnes les déserts les forêts

il voyagea 
jusqu’en Inde
en Australie aux États-Unis

il habita les lieux 
plus qu’il ne les posséda

sa poésie est faite de peu de choses 

un caillou
un arbre
un nuage
une rivière
un oiseau
le vent
la marche


chez lui

la poésie ne cherche pas à produire 

un objet littéraire

elle est une manière d’habiter le monde


il y a quelque chose de zen dans son écriture  l’attention au minuscule l’humour le refus des grandes constructions mais aussi une conscience aiguë de la catastrophe écologique et de la séparation croissante entre l'homme et le vivant

Nanao Sakaki semble dire 

marche assez longtemps
et le chemin cessera d’être devant toi
il deviendra ton mode d’existence


il ne sépare pas la poésie de la vie

écrire marcher respirer regarder
dormir sous les étoiles 

tout appartient au même geste

sa poésie est ainsi une philosophie nomade  elle ne cherche pas une vérité située quelque part mais une vérité qui apparaît dans le mouvement même



pas de sommet à conquérir
pas de doctrine à posséder


seulement le monde immense
et le corps qui avance en lui






















 

l’être et la lettre


l’être est ce qui est avant même d’être nommé

il demeure dans le silence de ce qui existe 
présence sans inscription

réalité 
qui n’a pas besoin de se dire 
pour être



la lettre
au contraire 
inscrit

elle fixe 
un son une pensée 
une trace

elle donne au fugitif 
une forme transmissible


























 

par elle
ce qui était présence devient 
signe

l’être est
la lettre dit


mais dès que l’être entre 
dans la lettre quelque chose se produit 


l’invisible devient lisible mais au prix 
d’une réduction. 

la lettre révèle et voile 
simultanément

elle donne une présence à ce qui n’est plus là 
tout en éloignant la chose de son immédiateté



la lettre 

est 

mémoire et distance




l’être cherche 
à demeurer dans le silence

la lettre cherche 
à sauver quelque chose du silence



l’écriture naît de cette contradiction 

faire entrer l’être dans la lettre
sans jamais croire que la lettre est l’être


l’être 
est la source

la lettre 
la trace



entre les deux s’ouvre 
la poésie 

le lieu où la lettre cesse de seulement désigner
et recommence à faire être






























mardi, septembre 29, 2026

 


Cole 

poète essayiste et traductrice elle a publié de nombreux livres de poésie en anglais et traduit notamment des écrivains français son œuvre circule ainsi entre les deux langues entre littérature et arts visuels entre perception et pensée


sa poésie refuse souvent le poème 
comme récit continu

elle préfère la coupe l’intervalle la juxtaposition 
les changements brusques 
de perspective 






























une phrase peut commencer dans le paysage et 
se poursuivre dans l’histoire de l’art
 
une couleur devenir 
une idée  

une architecture  devenir 
une manière de 
penser



elle écrit 
comme on regarde 

non pas pour reconnaître
mais pour déplacer le regard


chez elle le monde n’est jamais 
complètement donné

il est constitué par les relations entre les choses
par les fragments de perception
par  ce qui apparaît entre 
deux mots


la poésie devient alors une pratique 
de l’attention

le poème ne décrit pas nécessairement 
le réel 

il modifie les conditions dans lesquelles 
le réel devient visible


son écriture rejoint ainsi certaines recherches de la poésie 
expérimentale américaine et de la poésie 
française contemporaine 


elle desserre la syntaxe déplace les catégories
fait de la forme une manière 
de penser



on pourrait 
résumer son geste 
ainsi 

regarder assez longtemps une chose pour qu’elle cesse 
d’être une chose et devienne 
une relation



chez 
Cole Swensen
le poème n’est donc pas 
une fenêtre ouverte sur le monde

c’est le mouvement même de la fenêtre









































 




Nadejda 


















elle 
fut écrivaine 
et mémorialiste russe

son œuvre dépasse largement le rôle de témoin  
elle fut l’une des grandes gardiennes 
de la poésie 

lorsque les textes ne pouvaient plus être conservés 
sur le papier sans danger

elle les apprit par cœur 

des poèmes menacés de disparition furent ainsi 
déposés dans la mémoire 
d’un être humain



sa vie devient alors 
une étrange bibliothèque clandestine

elle fuit 
déménage enseigne
survit

elle conserve des noms
des voix 
des vers

elle refuse que la terreur ait 
le dernier mot



dans Les Cahiers de Voronej et surtout dans ses mémoires elle montre que la mémoire n’est pas seulement une faculté intérieure  elle peut devenir une forme de résistance au pouvoir qui cherche à effacer le passé



son geste 
est d’une simplicité presque 
absolue 

se souvenir

quand le livre peut être confisqué
la mémoire devient livre

quand le poète est réduit au silence
le poème passe dans le corps

quand l’Histoire falsifie les noms
quelqu’un doit encore 
les prononcer






Nadejda Mandelstam 

incarne ainsi une philosophie très particulière 
de la transmission 

la poésie survit moins grâce aux monuments 
qu’à ceux qui acceptent 
de la porter

elle n’a pas seulement vécu auprès 
d’un grand poète



elle a contribué 
à empêcher que sa voix disparaisse


























l'immense

l'inestimable confort des grands vents


écouter

et être enveloppé

dans cette richesse











ce murmure énorme

qui n'est la voix

de personne

mais le discours brouillé

de tout ce que le vent

a traversé



les forêts

les crêtes

les mers

les pierres

les villages

les herbes


chaque lieu déposé dans l'air

sans récit

sans ordre

et nous

au milieu

de cette rumeur


comme si écouter le vent

c'était entendre

le monde

avant qu'il

ne devienne

une histoire

















chaque levée de brume fait dévier la pensée


elle croyait suivre

une ligne

mais la montagne

déplace ses contours


un peu de blanc

se retire

et déjà

le chemin

n'est plus le même

















ainsi la pensée

avance

non vers la clarté

mais dans ses écarts

comme la lumière

qui découvre

sans les expliquer

les choses

qu'elle touche





l’ambiguïté s’incruste

dans le bois

dans la pierre

dans le mot


elle ne demande pas

à être résolue


elle demeure

comme une écharde

entre deux sens

et plus on regarde

plus quelque chose

se déplace

derrière ce que l’on voit

jusqu’à ce que

l’incertain

devienne

la seule forme

encore habitable




le poème ne cesse jamais


ce qui est là

sur la page

bondit

hors de ce qui semblait

être le dernier mot



il quitte

la ligne

le blanc

la marge

et vient se loger

dans le cerveau

où il fait son nid


sans bruit il travaille à l'intérieur


il déplace

une image

une mémoire

un fragment de lumière

puis il irradie

bien après

que le livre

soit refermé

comme si

le dernier mot

n'était jamais

qu'une porte

et que le poème

commençait

au moment précis

où nous cessons

de le lire



il s'agit de dissoudre le monde

non pour le faire disparaître

mais pour défaire

les contours

qui le tiennent

dans leur évidence


disséminer le sens

le laisser passer

d'un mot à l'autre

sans demeure

sans maître


changer enfin

les conditions

du rapport

à la langue

à la pensée

au monde


ne plus parler

comme on obéit


ne plus penser

comme on possède


laisser les mots

retrouver leur errance

et le monde

son étrangeté


alors la langue cesse d'être un instrument

elle devient

un espace ouvert

où quelque chose

peut encore

se lever

sans avoir

à demander

la permission
















la fabrique du rhizome est la conjonction

Et… et… et…


jamais le centre
jamais l’origine unique



une racine en rencontre une autre
une ligne bifurque
une pousse traverse la pierre

le rhizome ne procède pas par identité
mais par voisinage

et la pensée elle-même
devient souterraine 

elle ne conclut pas
elle relie















et ceci
et cela
et encore autre chose

jusqu’à ce que le et cesse d’être un mot et devienne
une manière d’exister



et la pierre
et l’eau
et le vent
et la lumière

chaque et ouvre une bifurcation

rien ne se ferme
rien ne conclut

le monde avance
par connexions successives







la poésie comme 

désobéissance à la grammaire ordinaire


la langue commune impose des rapports logiques 

entre les propositions

la subordination est précisément l'un des principaux 

instruments de cette organisation 


je viens parce que tu m'appelles

je partirai quand la nuit tombera

je sais que tu viendras


chaque proposition dépend d'une autre 

la syntaxe établit donc une hiérarchie 


une proposition principale commande une autre dépend d'elle

supprimer les conjonctions de subordination

c'est casser cette hiérarchie


on obtient 

je viens
tu m'appelles
la nuit tombe
je pars
tu viens

 

les phrases ne sont plus reliées par une causalité 

explicitement donnée


elles sont juxtaposées

et c'est là que commence le poétique



la juxtaposition contre la subordination

la subordination dit au lecteur 

voici le rapport entre les choses


la juxtaposition lui dit 

voici les choses  à toi de découvrir leur rapport


c'est une différence fondamentale

dans 

la nuit tombe parce que le soleil disparaît

la relation causale est imposée


dans 

le soleil disparaît
la nuit tombe

la relation demeure ouverte


le lecteur peut y voir 

une causalité 

une simultanéité

une métaphore

une succession

ou simplement deux événements placés côte à côte



le texte devient ouvert

open text




la poésie comme sabotage

le mot  sabotage  est particulièrement intéressant

la poésie ne détruit pas nécessairement la langue

elle sabote ses automatismes

elle retire les articulations habituelles

elle enlève les connecteurs

elle fracture la syntaxe

elle laisse les mots entrer en contact directement


le poème devient alors moins une construction logique 

qu'un champ de voisinages



c'est très proche 

de l'idéogramme de Pound 

deux éléments placés ensemble peuvent produire un troisième 

sens qui n'est contenu littéralement 

dans aucun des deux


montagne
neige
corbeau

 

il n'est pas 
nécessaire d'écrire 

le corbeau vole au-dessus de la montagne enneigée

 

la relation est laissée au lecteur




l'ignorance  comme méthode

ignorance  

est encore plus radical


il ne signifie pas nécessairement ne rien savoir

il peut signifier 


ne plus savoir d'avance comment les choses 

doivent être reliées



le poète devient momentanément ignorant 

des habitudes syntaxiques

il ne dit plus 


ceci dépend de cela

mais 

ceci — ceci — ceci


c'est une sorte de retour à une langue antérieure 

à la hiérarchie logique


l'enfant pourrait dire 

pluie
chien
fenêtre
maman
neige

avant que la grammaire 

ne transforme cette succession en récit organisé



le vers comme unité autonome

la conséquence est décisive 

chacun formant par exemple un vers

 

le vers devient alors une unité de présence

chaque énoncé existe seul

il ne doit plus nécessairement expliquer sa relation 

avec le suivant


le poème avance par blocs de perception

c'est très proche de certaines écritures de Mallarmé de Pound de Tzara mais aussi d'une autre manière d'André du Bouchet  le blanc entre deux fragments devient une véritable articulation

ce qui relie les éléments n'est plus forcément 

la syntaxe.

c'est l'espace



une autre conception de la pensée

cette pratique 

possède finalement  une portée philosophique


la grammaire ordinaire 

nous apprend à penser en termes de 

cause → conséquence
condition → résultat
subordonnant → subordonné
avant → après
sujet → objet



le sabotage poétique 

suspend momentanément ces relations

il ne dit plus 


A explique B

 

il montre 

A

B

et entre A et B apparaît un espace

dans cet espace

le lecteur pense


c'est peut-être la formule 

la plus condensée de cette conception 


la grammaire  
relie les choses pour nous

 

la poésie les rapproche 
et nous laisse découvrir leur relation

 

supprimer la subordination 

c'est rendre au langage sa liberté de bifurcation

 



le poème n'est plus une phrase qui conduit quelque part

il devient un archipel


chaque vers est une île

le sens naît de la distance entre les îles.













il y a une pratique...

une pratique 
qui consiste à voir 
très rapidement quelle est 
la nature intime de ce que j’ai 

sous les yeux










une forme d’intuition immédiate 

non pas analyser longuement ce qui est devant soi 
mais percevoir rapidement sa structure 
profonde son caractère propre 
ce qui le fait être 
ce qu’il est




le mot  pratique  est important  il s’agit moins d’un savoir 
théorique que d’un exercice du regard  

apprendre à distinguer l’apparence l’accident 
le bruit de la nature intime 
de la chose



voir 
avant d’expliquer
reconnaître avant de nommer

atteindre 
dans l’apparence
ce qui la fait être ce qu’elle est








on pourrait appeler cela une phénoménologie 
sauvage du regard 

exercer l’œil jusqu’à ce qu’il devienne capable de saisir 
presque instantanément la signature 
intérieure des choses



























pourquoi l’homme occuperait-il 
une place centrale dans 
le paysage 

rien ne l’y oblige



cette question ouvre même une critique de 
l’anthropocentrisme 

nous avons tendance à organiser le paysage autour 
de notre regard comme si la montagne 
la forêt ou la rivière étaient là 
pour être vues par 
l’homme


le paysage 
existe 
aussi 
sans spectateur































la montagne n’est pas 
un décor 

elle a sa durée géologique ses forces ses transformations
indépendamment de notre présence 



l’homme n’est alors qu’un élément parmi d’autres 
une présence momentanée dans 
une histoire immensément 
plus longue






pourquoi l’homme serait-il au centre du paysage
quand le paysage était là avant son regard
et demeurera là après lui


plus radicalement 


l’homme n’est pas au centre du paysage
il est un événement 
du paysage























non pas

un plaisir passager 
mais un accord intérieur

les différentes 
dimensions de soi 
désir pensée corps mémoire action  
cessent momentanément de se contredire



























invincible et irréfutable 

il ne dépend plus entièrement 
de la validation 
extérieure

il possède sa propre 
évidence

comme une expérience que l'on n'a pas besoin 
de démontrer




ce n'est pas nécessairement une perfection morale 
c'est ce qui en soi consent à la vie
demeure ouvert vivant 
capable de joie



je resserre

 

le bonheur 
est l’accord silencieux
entre ce que je suis et ce qu’il y a 
de plus lumineux 
en moi

plus radicalement 


être heureux
c’est ne plus avoir à se convaincre
d’être vivant

















 

Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle éclipse Eco Ecosse écoute écritures ED Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile éveil Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. G.Luca G.R.I Gary Snyder Gaza GB GDD GDLMC GDT GEGO Gelassenheit généalogie genese Genet Genji Géologie géométrie géophanie Géopoésie Germaneta Gervais Geulincx GIA Gif Giffard Giovannoni Girard Giraud Giroux Gizzi Gleize Glossaire GMH Gnoséologie Gobenceaux Godard Gödel Godwin Goethe Gombrowicz Gongora Goodman Nelson GOPC GPDB GR54 GR70 GR91 Graal Grâces Graeber Gramm gris Grothendieck Guerre Guesdon Guy Debord Guyau Guyotat GVDT GWFH Gygès H H.Corbin H.D. H.P Habitus Hadot Haenel haïku Hamant Hamish Fulton Hamon Harms Harrari Hart Crane Hausmann Havet HDT HE Heaney Hécate Hegel Heidegger Hello Henri Michaux Henri Thomas Herbes Herta Müller Hésiode Hesse Heures hexagrammes HFSR HHPC Hikmet Hillesum Hiroshi Yoshida Histoire HM HN HO Hocquard Hofmannsthal Hohl Hölderlin Hominidés homonymies Horace Houellebecq HR. HRC HS HSCDLAE HTH Hubin Hugo Ball Huguenin Hume HV Hymnes orphiques Hypérion hypertexte Hypnos i I remember I.P-B. IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. L.R.des Forêts L.S L'EI là La Croix La parole de l'autre La vie de la montagne labyrinthe lac Lacs LADR lafabrique Laforgue Lagopède LALELES Lamantin LAME Lapiaz Laporte Roger Larry Eigner latin Laugier Laurent Margantin LBA LCC LCD LCDE LCDI LCDJ LCDP LCI LCR LCS LD LDB LDF LDLH LDM LDMC LDMH LDR LDS LDV Le Clézio Le Livre Le poème LEC LECDF LECLA Lectures LEDA LEDUI LEE Lee Ufan LEF légende légumes Leibniz Leibovici Leili Anvar Lely lensball lepoète Les eaux Les empereurs Les fils Les oiseaux lesoi Lespiau Lessing Lettres Lev Rubinstein Lex1 lex2 lex3 lex5 lex7 lex8 Lexie Lexique LFDH LFDLP LFDP LFDRT LFMR LFQ LGD LGDE LGDFASP LGDLM LGDP LGPDB LGS LGTDLP LGVDLH LHDD LHS LIDT lieux Lieux-source lièvre Ligne7 lignes Lionel André éclats Lionel André éditions Lionel André encres Lionel André photographies Lionel André randonnées LIQV Lisa Cairns list listes littéralité livrelit LJDP LLDLI LLDME LLDO LLDP LLDQ LLL LMDDDLH LMDF LMDLE LMDM LMV LO LOAN LODL LOGOS lois London Lorand Gaspar Lorenzo Menoud Louise Bourgeois Louise Glück LPC LPDLE LPDP LPDS LPI LPM LQDLE LRDD LRDP LRDR LRDT LRED LSDA LSDS LSDV LSMT LSNDLR LTDS LTO LTR LUELADC Lune Lupasco Lus & Mus Lux LV; LVB.TDSDC LVDDP LVDT LVESO LVLTDLO LVMDE Lyn Hejinian Lynn Schwartz M M.Caron M.Craig-Martin M.S.M M.Trinité Ma Macedonio Fernandez Machado Maestri Maggiore Maïakovski Mains maintenant Mais Mallarmé Malrieux Mandalas Mandelstam MANEKINEKO Manganelli Manifeste Manon mantra Manuel Joseph manuscrit Manzoni Map Marchand Marcheurs Marelle Marie Martin Ziegler Marx Masao Yamamoto masque Massera Matinaux Matsui Matta-Clarck Matton Mauguin Mavis Karn maximes MBK MBO MC McCord MCH McLuhan MDA MDC MDLADLE MDLF MDOU MEC Mécanisme Méditations Meillassoux Mélusine mémoire Memories Menus Meraviglia Merci Mercredi Mercure Merton Thomas messages Mesure Métamorphoses Métaphysique Métis Metro MFRC MG Michon micro microcosme mieux Millet Milton Mina Loy Misrahi Miura ori MJNYCR MK monade Mondo Monostiques Monosyllabes Montagnes et Glaciers Montagnes poèmes Montaigne Montale Monteiro Moore Morris mot mots Moving mp3 MPUSPM MSerres MTAS Mû murmure Murphy Murs et Fenêtres Muscle Musil musiq Musique MWLG Mystères MZD N N.M Nabokov Nadja Nagarjuna Nagori Nancy Napoli Narnia Nassim Haramein Nathaniel Tarn Nature Nauman NDBDP NDDP NDLT Néant Négation Neiges Neil Mills Némésis Nerval neuf Neutre Nice Niedecker Nietzsche Nihilisme Nirupana NLJNLH NOBUO noeuds Noguez Noir nOmbres Nonnos Norge NOTEPAD Notes-Book Notes-Rapides Notifications NOUS noûs Nouveautés Novae Novalis Novarina NP NPhS NRSNPEM Nuages Nuits O.Pé Oberland objets Objets d'Amérique Oblomov Ockham Octaèdre ODIN ODSI œil OELDT Ogadine Olivier Cadiot OLR OM ON ondes Onfray onthologie Opalka Oph. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shepherd Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thamazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie Tzara u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. V.Kh V.P. VALC Valet Vaneigem vazquez VD VDSJ VE Véda Vegan vélo VEMDIL Venet Venise Vents VERBES Vercors vérité Verlaine Verne verre Vert vertical Vésuve Vézelay VGE Vico Victoria Hanna vide Vidéo Vilgrain Vioulac Virgile Virgule visage VitaNova Viton vitraux VJ VO voici Voies voilà voix volcan Voluspa Volut Von Aesch Vous Voyelles Vulcano W W.Benjamin W.I.P. W.S Wable Wagô Wajcman Waldman Waldrop Wallace Stevens Walser WB WBY wcw webasso Webcams Wermer Lambersy Werth WGJ Whitehead WilliamBlake Windows Wittig Wolfgang Laib Wolfson wolman Woolf wuwei ww. WWFDH www Xardel Xénophon Xu Xiake xxx Y.B Yanka YDM YISANG YOGA Zagdanski ZANZOTTO Zeit Zéno Bianu Zéro Zététique Zinoviega zodiaque Zoom Zukofsky Zürn

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