dolomie
la cryoclastie
l’eau entre dans la pierre
la nuit vient
le gel pousse
sans bruit
une fissure s’élargit
un fragment tombe
rien n’a bougé
pourtant la montagne
a changé de place
le froid travaille
dans ce qui paraît immobile
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
dolomie
la cryoclastie
l’eau entre dans la pierre
la nuit vient
le gel pousse
sans bruit
une fissure s’élargit
un fragment tombe
rien n’a bougé
pourtant la montagne
a changé de place
le froid travaille
dans ce qui paraît immobile
neuf choses à ne pas oublier
pour garder vivante en soi la poésie
ne pas oublier que la lumière
change plus souvent que nos pensées
ne pas oublier de marcher sans but
jusqu'à ce que le paysage commence à penser à notre place
ne pas oublier que les pierres
possèdent une patience dont les livres parlent rarement
ne pas oublier que le vent
est une écriture qui ne demande aucun papier
ne pas oublier que chaque arbre
porte un nom plus ancien que celui que les hommes lui ont donné
ne pas oublier que le silence
est parfois la plus exacte des métaphores
ne pas oublier qu'un départ
même minuscule agrandit toujours un peu le monde
ne pas oublier que l'émerveillement
est une discipline quotidienne et non un hasard
ne pas oublier que la poésie
n'habite pas les mots elle attend simplement
que notre regard redevienne assez libre pour la reconnaître partout
***
ne pas oublier
que le monde précède toujours les livres
ne pas oublier
que le ciel est le plus ancien des manuscrits
ne pas oublier
qu'un chemin de gravier
peut contenir davantage d'infini qu'une bibliothèque
ne pas oublier
de faire confiance aux lieux solitaires
ils savent des choses que les villes ont oubliées
ne pas oublier
que le vent ne répète j
amais exactement la même phrase
ne pas oublier
qu'une rivière pense sans concepts
et qu'elle enseigne pourtant la continuité
ne pas oublier
que la beauté apparaît souvent
lorsque personne ne cherche à la posséder
ne pas oublier
de quitter parfois son nom son histoire ses certitudes
pour devenir simplement une présence parmi
les herbes
les oiseaux
les pierres et les nuages
ne pas oublier
que la poésie n'est pas un genre littéraire
c'est une qualité d'être
une façon de respirer dans l'immensité du réel
cette version s'inscrit dans une tradition de géopoétique où le paysage devient un maître silencieux Elle fait de la poésie non une fabrication de l'esprit mais une disponibilité au monde une manière d'accorder son souffle au rythme de la terre de l'eau de la lumière et du vent
l’Archéen
ou
le premier souffle de la Terre
l’ammoniaque
le CO₂
une atmosphère étouffante
une étreinte brûlante
l'ontologie du Velours
le mariage du temps
géologique et de la patience biologique
là où le rocher incarne l'être brut immuable et fermé
sur sa propre substance
la mousse survient comme une caresse qui déconstruit
cette austérité
le silence du devenir
contrairement à la fleur qui s'exhibe ou à l'arbre qui s'élance
la mousse progresse par une expansion horizontale
presque invisible
elle enseigne que la puissance ne réside pas dans la force
mais dans la persévérance de la douceur
elle ne brise pas la pierre
elle l'apprivoise transformant la dureté minérale en
un berceau de vie
l'éternité et l'éphémère
elle est le pont jeté entre deux échelles de temps
le rocher compte en millénaires
la rosée en secondes
la mousse elle habite cet entre-deux
elle boit le ciel pour protéger la terre prouvant
que la vulnérabilité
cette capacité à absorber l'humidité et l'ombre
est une forme supérieure de résilience
une esthétique de la discrétion
elle nous rappelle que le sacré
ne se trouve pas toujours dans les sommets vertigineux
mais dans ce tapis de velours qui rend le monde habitable
elle est la preuve que la vie n'a pas besoin
de racines profondes pour exister tant qu'elle sait rester
à l'écoute de l'invisible
en contemplant la mousse
on comprend que le repos n'est pas l'inertie
sous son calme vert
une activité silencieuse transforme la solitude du monde
en un jardin
ils se présentent souvent comme
des plateaux usés et isolés
des vallées suspendues ou incohérentes
des crêtes ou buttes qui ne correspondent plus
aux réseaux hydrographiques actuels
des formes fossilisées dans le paysage moderne
ce sont les archives visibles d’un monde géologique passé
structure vibratoire par laquelle
une conscience traverse plusieurs époques en un seul souffle
chaque degré est un miroir
lithologie
science des pierres et mémoire des profondeurs
minéral une phrase très lente du temps
Benoît d'Arbois solidité et ancrage
de rocher noir en rocher noir
la marche se fait lente et grave
Eiger Trail
Grimdelwald
août 2025
sa structure géologique est constituée principalement de roches sédimentaires et métamorphiques
la face nord particulièrement abrupte est formée de gneiss et de calcaire dolomitique témoignant de processus de plissement et de métamorphisme liés à la formation alpine
des fractures et failles sont présentes créées par les mouvements tectoniques et l’érosion glaciaire
les glaciers et névés situés sur ses pentes ont contribué à sculpter les parois provoquant l’érosion mécanique et la formation de moraines en contrebas
L’ensemble du massif est caractérisé par des arêtes affûtées et des couloirs rocheux résultat de l’action combinée de la gravité des températures extrêmes et des cycles de gel et dégel
L’Eiger constitue ainsi un exemple typique de relief alpin jeune en termes géologiques présentant des indices clairs de plissement de fracturation et d’érosion glaciaire continue
I
géologie du souffle
le sol travaille encore sous la peau du vent
il garde mémoire des anciennes pressions minérales
aucune faille ne s’ouvre
sans dire
quelque chose
dans la poussière lente s’organise
un code
donné non au regard mais à l’écoute
des roches
leurs vibrations calculent le passage du feu
chaque grain devient témoin d’une syntaxe enfouie
la pensée se sédimente
parfois
un mot fissure la surface
comme
une veine de quartz traverse le corps d’argile
ce n’est pas révélation
seulement affleurement
aucun centre ne tient
tout respire par diffusion
les frontières sont des illusions d’équilibre
la lumière s’infiltre dans les fractures
le souffle recommence sa lente géologie
II
sol qui murmure sous l’angle
du vent
pression ancienne
code
de poussière
rien ne s’ouvre sans
fracture
les roches pensent bas dans leur
densité muette
granule après granule
syntaxe d’argile
le feu se souvient
calcule
l’oubli
langue couchée dans
la durée
non dire seulement
dépôt
un mot fissure
la couche
lumière veineuse dans
aucun centre
diffusion
pure
frontière dissoute
souffle réparti
écoute le battement du
minéral
c’est la parole avant
le mot
le réel qui respire en dessous
III
roche qui se souvient
langue minérale du temps
le feu dort dans la poussière
un mot se forme sous la pression
le monde respire lentement
par les failles de sa propre chair
mais le mot stable tremble déjà
sous la croûte
liquide
braise
mémoire lente
nous marchons sur un repos
en mouvement
chaque pas
réveille un battement d’origine
chaque pierre
est une phrase condensée du feu
l’énergie ne dort pas
elle respire dans la durée
la montagne
n’est pas fixe
elle médite à l’échelle des ères
nous sommes les secousses de sa pensée
géopoésie
une rencontre intime
entre la terre et la parole
entre le monde physique et le monde intérieur
elle l’écoute
elle le traverse
elle le traduit en langage sensible
géopoésie
la montagne devient une métaphore du souffle
le vent écrit dans les herbes
le poète ne parle plus sur la terre mais avec elle
une manière d’habiter poétiquement le monde
de sentir que chaque lieu a une âme
et que marcher
c’est déjà écrire
le néologisme biocosmopoétique désigne
une philosophie de l’unité vivante et cosmique exprimée par la poésie
c’est une invitation à concevoir la parole la pensée et la création non pas comme une activité humaine isolée mais comme une résonance entre la vie l’univers et le langage
une telle approche s’inscrit dans une perspective à la fois existentielle écologique et spirituelle
être c’est participer au poème cosmique
la biocosmopoétique pourrait enfin être conçue comme une ontologie poétique
une manière d’être qui reconnaît que l’existence n’est pas seulement une donnée brute mais une mise en forme constante une co-création entre l’homme le vivant et le cosmos.
dans ce sens écrire ou créer c’est participer au poème cosmique en cours
on peut aussi voir dans ce terme une critique implicite de la modernité, qui a séparé le vivant de l’univers la science de la poésie l’homme du monde naturel
la biocosmopoétique réunit ce qui a été dissocié
elle est bio parce qu’elle reconnaît la valeur et la vulnérabilité du vivant
elle est cosmo parce qu’elle inscrit ce vivant dans l’immensité cosmique dans une appartenance plus large que la Terre seule
elle est poétique parce que ce lien ne peut être seulement pensé en termes de rationalité ou de chiffres il demande une parole sensible imaginale créatrice
c’est une écophilosophie qui se refuse à parler du monde comme d’un objet, mais qui le célèbre comme un poème
d’un point de vue philosophique ce néologisme affirme que l’homme n’est pas séparé du cosmos
il est un vivant parmi les vivants un fragment de l’univers qui parle
or la parole, loin d’être un simple outil technique est une manière de résonner avec l’ordre du monde
la biocosmopoétique serait donc une tentative d’habiter poétiquement la Terre et le Ciel de redonner à la parole une fonction cosmique
non pas dominer, mais chanter l’unité du vivant et du tout
Fernand Schwartz
la géographie sacrée
tout est lié à tout tout a un sens et une orientation non seulement dans l'espace mais également dans le domaine pratique psychique et spirituel
le jeu de résonances qui crée la Géographie sacrée n'est ni une Géographie terrestre ni une Géographie céleste ainsi la Jérusalem terrestre n'est qu'un reflet de la Jérusalem céleste
décor et structure sont éternels transcendants il s'agit d'en retrouver les éléments les analogies la résonance dans le plan terrestre
la Géographie sacrée est le fil invisible qui relie la géographie céleste à la géographie terrestre le plan idéal au plan réel elle leur donne une orientation
géographie sacrée et.... géopoésie