la phrase peut être entendue
la forêt ne purifie pas au sens où elle enlèverait
en entrant dans la forêt l'homme cesse
l'arbre est plus ancien
la roche est plus lente
le ruisseau ignore nos préoccupations
le vent ne connaît pas nos projets
La marche remet ainsi
le premier geste quitter
toute purification commence par une séparation
quitter la maison
quitter les écrans
quitter les conversations
quitter les habitudes du moi
le premier pas dans la forêt est déjà
le deuxième geste ralentir
on ne marche plus selon l'horloge
le corps retrouve une temporalité élémentaire
le pas devient mesure
peu à peu
le troisième geste regarder
la purification consiste
une feuille
une écorce
une lumière
une ombre
un oiseau invisible
le monde recommence à apparaître parce que le regard
le quatrième geste respirer
pas après pas
souffle après souffle
le corps retrouve
on pourrait dire
la forêt ne parle pas au marcheur
elle lui apprend à respirer avec ce qui ne parle pas
la purification n'est pas
on ressort de la forêt
mais quelque chose a changé dans la manière
le bruit est redevenu bruit
la vitesse est redevenue vitesse
les objets sont redevenus objets
mais le regard
c'est pourquoi cérémonie
une cérémonie est une action répétée selon un rythme
la marche devient alors
entrée → ralentissement → attention →
une liturgie sans autel dont les éléments
la purification
marcher dans la forêt
jusqu'à ce que le bruit que l'on porte en soi
devienne moins fort que le silence qui nous entoure
la forêt ne purifie pas le marcheur du monde
en marche l'enfant dans la forêt
un pas
sur la mousse
un rayon
entre les branches
il ne sait pas
encore
où mène
le chemin
et c'est pourquoi
il avance
le monde
n'est pas encore
séparé
les arbres
le ciel
la terre
le souffle
tout vient
à lui
sans explication
l'enfant marche et la forêt marche en lui
quelque chose
commence
à chaque pas














