c'est le moment
de l'immortalité
le moment où notre âme sortant
de la prison
du cerveau pénètre
dans ses merveilleux jardins
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
c'est le moment
de l'immortalité
le moment où notre âme sortant
de la prison
du cerveau pénètre
dans ses merveilleux jardins
chercher
les causes et les origines
c'est comme
chercher ses parents
on en a d'abord que deux
c'est incontestable
mais au niveau des grands-parents c'est déjà
deux au carré
au niveau des arrières-grands-parents
deux au cube
et ainsi de suite selon
une progression indubitable
dont le résultat singulier est qu'à l'origine des temps
il aurait fallu
une infinité d'hommes
simplement pour en produire
un seul d'aujourd'hui
cette rationalité croissante
qui empoisonne
tout
?
dans tous les cerveaux s'est installé le désir d'être de plus en plus raisonnable de rationaliser et de spécialiser toujours davantage notre vie en même que l'impuissance à imaginer ce qu'il adviendra de nous
lorsque nous aurons
tout
expliqué
analysé standardisé normalisé
tout transformé
en machines
cela ne peut continuer
*
dans
l'idéologie de notre temps
la référence obsessionnelle au
concret
une machine de guerre
une exclusion de droit
ce qui vit ne pouvait signifier et réciproquement
dés que
je sais quelque chose
je suis
dans
un trou
*
qu'est-ce donc que
nos actes
sinon
une terreur nerveuse de n'être rien
à commencer par les divertissements qui n'en sont pas qui ne sont que du vacarme un caquetage encourageant pour tuer le temps parce qu'une obscure certitude nous dit qu'il finira par nous tuer pour aboutir aux inventions enchérissant l'une sur l'autre aux absurdes montagnes d'argent qui tuent l'esprit qu'on soit écrasé ou porté par elles aux modes anxieusement changeantes de l'esprit aux vêtements sans cesse modifiés au meurtre à l'assassinat à la guerre en quoi se décharge une profonde méfiance à l'égard de ce qui dure et du créé
qu'est-ce tout cela
sinon
l'agitation d'un homme empêtré jusqu'au genou dans une tombe dont il essaie de se dégager mais à laquelle il n'échappera jamais d'un être qui ne se dérobe jamais au néant qui se précipitant avec angoisse dans toutes sortes de figures n'en demeure pas moins en quelque point secret de lui-même à peine deviné caducité et néant
?
notre triste époque
ruisselle suffisamment d'énergie
on ne veut plus voir
que des actes et nulle pensée
cette terrible énergie
provient de ce que l'on n'a plus rien à faire
intérieurement je veux dire
mais en fin de compte
même extérieurement
l'homme ne fait que répéter toute sa vie
un seul et même acte
il entre dans
une profession
puis y progresse...
il est si simple d'avoir
la force d'agir
si malaisé de trouver
un sens à l'action
!
très peu de gens
aujourd'hui le comprennent
c'est pourquoi les hommes d'action ressemblent à des joueurs de quilles qui emprunteraient des poses à la Napoléon pour renverser neuf machins de bois
!
je ne serais
même pas surpris
qu'ils finissent par en venir
violemment aux mains simplement
pour voir passer par-dessus
leur tête
ce mystère incompréhensible
que toutes les actions du monde
ne suffisent
jamais
!
un homme nommé ulrich vit à vienne au début du vingtième siècle dans un monde qui se délite sous le poids de sa propre raison il observe tout avec lucidité sans y croire vraiment il cherche un sens une forme une qualité dans une société qui se prépare sans le savoir à la catastrophe il erre entre les femmes les idées les illusions il pense que la vie pourrait être autrement mais rien ne change il rêve d’une autre réalité plus exacte plus vivante il rencontre sa sœur agathe et dans cette relation naît une étrange lumière une tentative d’union mystique face à l’absurde ulrich reste suspendu entre l’action et la pensée entre le monde et lui-même comme un homme sans qualité cherchant encore le lieu où l’être pourrait enfin coïncider avec le possible
considéré
du point de vue technique
le monde devient franchement comique
mal pratique
en tout ce qui concerne les rapports
des hommes entre eux
au plus haut point inexact et contraire
à l’économie en ses méthodes
A celui qui a pris
l’habitude d’expédier ses affaires avec
la règle à calcul
il devient carrément impossible
de prendre au sérieux
la bonne moitié des affirmations humaines
*
les hommes étaient semblables à des épis dans un champs ils étaient plus violemment secoués qu’aujourd’hui par Dieu la grêle l’incendie la peste et la guerre mais c’était dans l’ensemble municipalement nationalement c’était en tant que champ et ce qui restait à l’épi isolé de mouvements personnels était quelque chose de clairement défini dont on pouvait aisément prendre la responsabilité
de nos jours au contraire le centre de gravité de la responsabilité n’est plus en l’homme mais dans les rapports des choses entre elles
1.
D'où,
chose remarquable,
rien ne s'ensuivit.