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Je crois qu’il existe probablement une chose qui s’appelle
parler pour découvrir,
et je crois qu’elle existe dans toutes les sociétés, dans toutes les cultures, et je ne peux pas le prouver. Tout ce que je puis dire, c’est que l’invention du moi est une conséquence de ce parler pour découvrir…
Accorder de David Antin est un livre publié en 1984. Il est le deuxième, sur cinq à ce jour, entièrement composé de «poèmes parlés». Ce livre occupe, selon les mots de l’auteur, une place centrale dans son travail: le cœur théorique. David Antin explore le temps: les différentes perceptions qu’on en a, comment se forme un souvenir, qu’est-ce que raconter. Avec douceur, humour et drôlerie, Antin remonte le fil de l’existence, évoque la profonde singularité et le détail peu plausible de nos vies généralement banales.
H.L.
David Antin
David Antin (1932–2016) fut un poète critique d’art et performeur américain, figure singulière de la poésie expérimentale. Il est surtout connu pour ses talk poems, ses « poèmes parlés » dans lesquels la parole improvisée devient le lieu même de la pensée
Il ne compose pas toujours un poème avant de parler. Il parle pour découvrir ce qu’il pense.
La phrase avance, bifurque, revient sur elle-même. Une anecdote ouvre une question philosophique ; une hésitation déplace le sens ; une digression devient le véritable chemin du texte.
Chez Antin, penser n’est pas disposer d’une vérité, mais suivre ce qui arrive lorsqu’on parle.
La poésie cesse alors d’être un objet clos, soigneusement délimité sur la page. Elle devient événement, durée, respiration, rencontre avec un auditoire. Le langage ne transmet pas seulement une pensée déjà constituée : il la produit en chemin.
La pensée en train de se faire
Antin se méfie des formes trop assurées, des catégories qui prétendent organiser définitivement l’expérience. Ses improvisations mettent à l’épreuve les récits historiques, les conventions artistiques et les habitudes intellectuelles.
Il ne s’agit pas simplement d’écrire comme on parle. Il s’agit de découvrir dans la parole ordinaire des ressources inattendues : ses accidents, ses reprises, ses changements de direction.
Le détour devient une méthode de connaissance.
Là où le discours académique tend vers la conclusion, Antin explore les chemins latéraux. Il accepte que la pensée ne sache pas toujours où elle va, parce que son mouvement peut révéler ce qu’un raisonnement préétabli aurait laissé de côté.
Une poétique de l’instant
Une voix commence
elle ne sait pas encore
ce qu’elle va trouver
un mot en appelle un autre
la pensée change de direction
le détour devient passage
et dans l’espace fragile
entre parler et comprendre
quelque chose apparaît
David Antin nous rappelle que la pensée n’est pas toujours ce qui précède la parole : elle est parfois ce qui se découvre en elle.
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