écrire des poèmes ne suffit pas
la conservation par le verbe
le sel de l'écriture
c’est
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
Avant le lever du soleil
Instant est ce nom
que l'éternité donne à sa fuite
Le paradoxe de la fuite
Zarathoustra raconte une vision symbolique
il se tient devant un portail nommé
Instant
Augenblick
deux chemins s’y croisent
l’un mène vers le passé
l’autre vers l’avenir
ces deux chemins sont
infinis
Le temps n’est plus
linéaire
le présent
est le point où passé et avenir
se rencontrent
de la vision et de l’énigme
naît le vertige d'un œil
qui se regarde
voir
le sens n’est pas donné
il doit être incarné
La vie l’amour
la mort le vide et le vent
sont les cinq doigts d’une main qui se ferme
lire le monde entier dans le souffle d’un seul instant sentir chaque lieu chaque visage chaque geste et chaque mémoire se réunir dans la lumière d’un point unique et se fondre dans une seule respiration une seule perception et je deviens tout ce qui est tout ce qui fut et tout ce qui sera en un seul regard
toucher le monde du bout des doigts entendre le frôlement de chaque feuille le clapotis de chaque rivière le battement de chaque cœur sentir le vent parcourir le temps et l’espace et dans ce point unique sentir vibrer chaque couleur chaque son chaque odeur chaque texture et tout le monde se tient dans le tremblement d’une seule action
un seul point une seule parole un souffle qui contient tous les mondes tous les temps toutes les étoiles toutes les vies et dans ce souffle l’infini se replie sur lui-même et chaque souffle devient cosmos et chaque cosmos devient souffle et je suis le souffle et le cosmos et l’éternité à la fois
dans le cœur d’un instant tout le monde entier se fait sentir le murmure des hommes le rire des enfants le frisson des pierres et le chant des arbres tout converge dans la douceur d’une seule respiration et chaque mot que je prononce devient tout ce qui peut être dit et tout ce qui restera indicible
ici les phrases s’arrêtent
poétique de l’absence
j’écris mais l’écriture me regarde à distance
le mot se pose sur la feuille et aussitôt s’évanouit le blanc le reçoit je regarde la lumière tomber sur le verre et le silence parle à ma place ici chaque lettre est un souffle suspendu un secret invisible le temps fuit entre mes doigts je ne peux retenir que l’ombre des phrases je dis un nom et il se retire à mi-chemin entre le souffle et l’air les lignes se plient et se déplient sans fin et moi je marche entre elles la page est pleine et pourtant vide tout est là et rien n’est dit un mot tombe sur un autre et ils hésitent avant de s’unir ou de se perdre la lumière des mots éclaire ce qui n’existe pas encore je tends l’oreille au silence et il me répond par des lettres invisibles le souffle des phrases devient paysage et je m’y promène sans toucher le sol chaque virgule tremble avant de disparaître dans l’oubli du texte les lettres s’écartent comme des vagues et le sens s’y noie je trace un mot mais il se détache de ma main et flotte dans l’air la page est une mer et les phrases des poissons translucides je prononce le nom et il revient transformé comme un écho muet tout est à la fois là et déjà parti le blanc retient ce que la langue abandonne je touche les mots mais ils glissent à travers moi comme l’eau le texte respire seul et je marche dans ses intervalles l’absence parle plus fort que la lettre et le souffle devient écriture