elle a le physique agressif
elle est belle
d'un lieu difficile à identifier
une zone incertaine avec l'Est pour seul indice
Ukraine
Tchéquie ou Moldavie
elle avance comme si la frontière
n’avait jamais cessé de bouger
portant dans son visage une géographie
sans nom
les rues montent et descendent sans raison
les façades renvoient trop de lumière
elle marche dans cette blancheur comme dans une pensée étrangère
chaque carrefour promet quelque chose puis l'efface
un bus passe avec des visages derrière les vitres
elle ne sait plus si elle doit suivre la mer ou les immeubles
elle choisit une rue au hasard
comme on accepte enfin une direction
au bout il y aura peut-être une porte
un nom sur une plaque
et la simple nécessité d'arriver
le soleil met le démon
la lumière de Marseille empêche d'avancer droit
vers un endroit
n'importe lequel
juste un endroit où se rendre
une mission à remplir...
le désir trace une ligne autour de ce qui n’est pas soi
il approche
en séparant
il voudrait atteindre l’autre
et découvre une frontière
Alors quelque chose s’ouvre
dans la distance même
un lieu sans possession
où l’autre demeure autre
le désir ne sait plus s’il rapproche ou s’il sépare
une impulsion en appelle une autre
une image devient sensation
la sensation devient mouvement
le mouvement se perd dans une autre image
le désir circule
il n’a peut-être pas de centre
seulement des passages
des bifurcations
des détours
dans cette géographie mouvante ce qui semblait séparé
commence à se toucher sans jamais
se rejoindre tout à fait