dimanche, septembre 20, 2026

Tabigoromo  

旅衣 

signifie 

vêtement de voyage  habit du voyageur 

chez Bashō le mot prend une profondeur particulière  le vêtement devient presque le signe matériel de l'errance de celui qui a quitté sa demeure et appartient désormais au chemin

旅  tabi  voyage
衣  koromo  vêtement habit


le tabigoromo

le vêtement

qui porte le voyage

















imprégné de pluie

de poussière

de vent

il n'est plus

tout à fait

un vêtement

mais la peau

du chemin


chaque pli

y conserve

une montagne

un soir

un visage

une lumière

jusqu'à ce que

le voyageur lui-même

ne sache plus

s'il marche

dans le monde

ou si le monde

marche

dans son vêtement




partir

surtout à l'automne 

la saison de l'oiseau migrateur

grue oie cygne



les jours et les nuits 

sont des voyageurs de l'éternité






dans la nuit du nord il y a un poisson immobile

sous la glace noire


il porte

dans son silence

la mémoire du vol


puis vient la grande marée


l'eau monte

jusqu'à lui

et le poisson

se métamorphose

lentement

en oiseau


ses nageoires deviennent des ailes

son corps

apprend le vent


alors seulement il se met en route vers le nord

ou peut-être

vers ce lieu

sans direction

où la mer

et le ciel

cessent

d'être séparés















elle pense l’existence humaine à partir d’une question 

essentielle  

qu’est-ce que signifie vivre ensemble dans un monde 

commun 

elle distingue avec force le travail

l’œuvre et l’action











le travail répond aux nécessités de la vie 

l’œuvre construit un monde durable d’objets et de formes  

l’action elle surgit entre les êtres humains lorsqu’ils parlent

commencent quelque chose et apparaissent 

les uns aux autres dans l’espace public




sa pensée accorde 

une importance particulière à la natalité 

chaque naissance introduit dans le monde 

un être capable de commencer quelque chose de nouveau


la liberté n’est donc pas seulement 

l’absence de contrainte  

elle est aussi cette puissance d’initier

de faire advenir ce qui n’existait pas auparavant


elle s'interroge également sur les régimes totalitaires 

et sur la manière dont la destruction du monde commun 

peut isoler les individus et rendre possible 

une domination radicale


elle analyse notamment le rôle de l'idéologie

de la terreur et de l'isolement


mais son œuvre ne se réduit pas à une philosophie du politique 

elle revient sans cesse à la pensée elle-même 

penser

c'est interrompre les automatismes

prendre distance

examiner ce que l'on fait et ce que l'on croit


elle distingue ainsi la pensée du savoir et du jugement 

on peut posséder beaucoup de connaissances 

sans pour autant savoir juger 

une situation singulière


chez elle le monde commun est fragile

il existe entre nous comme une table autour de laquelle 

plusieurs personnes peuvent s'asseoir 

suffisamment proche pour nous réunir

suffisamment séparée pour que chacun conserve sa singularité



elle ne rêve donc pas 

d'un monde où tous penseraient pareil

elle cherche un monde où des êtres différents 

puissent apparaître les uns aux autres 

parler 

agir et commencer ensemble



derrière toute son œuvre demeure 

cette intuition 

chaque être qui vient au monde 

apporte avec lui la possibilité d'un commencement

















prophétie de l’homme obsolète

un jour la machine se lèvera et l’homme ne le saura pas


il parlera encore de progrès de confort 

de liberté tandis que ses gestes deviendront inutiles

la main sera trop lente 

l’œil trop incertain 

la mémoire trop brève le corps trop ancien

alors commencera la honte d’être né
















la machine n’est pas née elle a été fabriquée 

elle ne connaît ni enfance ni fatigue ni mort 

elle recommence 

elle obéit 

elle calcule


l’homme voudra devenir ce qu’il a produit

il corrigera son visage 

son sommeil 

sa mémoire son désir 

son vieillissement et nommera amélioration 

cette lente disparition


il saura faire des choses qu’il ne pourra plus imaginer 

mesurer les conséquences de sa puissance lui échappera 

sa responsabilité restera derrière elle


le monde entrera dans la maison sous forme d’images 

de signaux 

de voix sans corps 

l’homme croira recevoir le réel 

alors qu’il recevra sa représentation


le fantôme deviendra matrice

peu à peu la machine lui dira ce qui doit être vu 

ce qui doit être fait 

ce qui doit exister 

l’homme lui demandera finalement 

ce qu’il est


alors apparaîtra l’ironie dernière


il avait fabriqué la machine pour augmenter sa puissance 

et se découvrira devant elle lent mortel 

irréparable 

unique comme une survivance


la machine n’aura pas besoin de le haïr pour le remplacer

il suffira qu’elle soit plus rapide 

plus exacte 

plus durable


l’homme regardera ses mains

dans leur tremblement il reconnaîtra la trace 

d’un monde devenu ancien

















s'abstenir de marcher est facile


ce qui est difficile

c'est 

de marcher

sans toucher le sol










avancer

sans peser


laisser le pas

se détacher

de la terre

comme si

chaque mouvement

était déjà

une disparition

entre deux appuis


alors le chemin

ne serait plus

ce qui porte

le corps

mais ce qui

sous le corps

demeure

invisible








cognito matutina 

une formule latine que l’on peut entendre comme 

connaissance matinale  ou  connaissance du matin 


si l’intention est poétique

elle ouvre quelque chose de plus étrange 



cognito matutina

la connaissance

qui vient avec l'aube

avant les explications

avant même

que le monde

soit nommé


une clarté première

où voir

et connaître

ne font encore

qu'un











tire 

les rideaux à franges qui recouvrent tes yeux 

et dis-moi ce que tu vois là


peut-être

rien d'abord


seulement

une lumière

qui hésite

entre entrer

et disparaître























puis derrière

le tissu

un espace

sans contours

où les choses

ne sont pas encore

séparées


je vois

ce qui regarde

avant le regard

et dans cette ouverture

un monde

qui ne demande

aucun nom







venez 

sur ce sable blond et tournez en rond

saluez-vous 

et baisez la mer apaisée

dansez 

d'un pied joyeux un refrain heureux
























Aidé-par-l'Encre

Leçons-Répétées

Voir-Clairement

Entente-Chuchotée

Pratique-Imminente

Cri-d' Etonnement

Obscurité-Profonde

Participation-au-Mystère

Imiter-la-Source

















Réponse-en-Écho

Marche-vers-l’Inconnu

Présence-Silencieuse

Ecoute-du-Vivant

Approche-de-la-Lumière

Mémoire-du-Geste

Ouverture-du-Voile

Respiration-du-Monde

Fidélité-à-l’Invisible

Retour-vers-la-Source





participation-au-Mystère

entrer sans comprendre

recevoir sans saisir

demeurer auprès

de ce qui ne se livre pas


le pas

dans la neige


la lumière

sur la pierre


le silence

entre deux souffles


participer

sans posséder


être là

assez longtemps

pour que l'inconnu

cesse d'être extérieur

et devienne

la part secrète

de notre présence




























je suis heureux

quand sur un chemin de montagne je me promène

parmi l'évident

et l'élémentaire
















une pierre

un peu d'eau

le vent

la lumière

quelques arbres

et cette pente

qui ne demande

aucune explication




je marche

dans ce qui est là

sans chercher

à le dépasser

comme si

le monde

dans sa simplicité

avait enfin

cessé de se cacher















ouverture sur de grands espaces 


où chacun

ne peut plus

pour soi-même

qu'avancer

sans bruit







le chemin

ne demande rien

ni nom

ni preuve

seulement

ce pas

qui s'éloigne

du précédent


dans l'immensité

chacun devient

plus léger

comme si

marcher

était déjà

une façon

de disparaître

sans quitter

le monde




ma façon de vivre à moi est d'errer sans but


laisser le chemin

ne pas savoir

où il conduit


marcher

jusqu'à ce que

le but lui-même

s'efface

dans l'espace



chaque détour

devient une ouverture


chaque perte

une manière

de trouver


l'errance

n'est plus

l'absence de direction

mais une façon

d'habiter

le monde






la connaissance parfaite ne quitte pas le monde sensible

elle y entre plus profondément


la pierre devient pierre

la lumière

devient lumière


le corps

sa propre présence


chaque chose

cesse d'être

un simple objet

et s'ouvre

dans son éclat

comme si connaître

n'était pas

se détacher

du monde

mais l'éprouver

jusqu'à son extrême

intensité



 

le voilement et le dévoilement


le voilement 

ne cache pas simplement

il retient


il laisse le réel dans une réserve

une présence qui ne se donne pas entièrement



le dévoilement

lui n’est pas une révélation totale

il est une ouverture

un passage

une éclaircie dans ce qui demeurait fermé

























l’un soustrait

l’autre expose

mais chacun dépend de l’autre

car rien ne peut se dévoiler sans avoir été voilé

tout dévoilement porte encore en lui une part d’ombre



entre les deux se tient le mystère

non comme une chose cachée derrière le monde

mais comme la profondeur même de ce qui apparaît



le voilement protège l’invisible

le dévoilement lui donne passage


ce qui se montre 

ne cesse pas de se cacher

ce qui se cache ne cesse pas d’apparaître




le réel 
n’est peut-être rien d’autre 
que ce mouvement
infini

où le voile se soulève
sans jamais tomber tout à fait





















chez 

Heidegger 

le voilement et le dévoilement ne sont pas simplement 

deux états opposés  comme cacher 

puis montrer


ils appartiennent à la structure même 

de la vérité

le mot grec qu'il reprend est ἀλήθεια  alètheia souvent traduit par  vérité  mais qu'Heidegger comprend comme dé-voilement Unverborgenheit  sortie du retrait non-caché



le dévoilement 
n'abolit jamais complètement 
le voilement


pour Heidegger quelque chose ne devient visible 

qu'à partir d'un retrait 


l'être se manifeste mais il ne se donne jamais comme 

un objet entièrement présent et définitivement 

possédé par la connaissance


c'est pourquoi 

la vérité possède une structure 

paradoxale 


ce qui se dévoile demeure en partie voilé

la clairière  Lichtung  est particulièrement importante 

elle est l'ouverture dans laquelle les choses 

peuvent apparaître


mais 

une clairière 

n'est pas seulement lumière 

elle est entourée par la forêt par l'obscurité

par ce qui demeure non manifeste



on pourrait presque dire 

il n'y a de clairière

que parce qu'il y a de la forêt



l'être se montre en se retirant

c'est l'un des motifs les plus profonds de Heidegger


l'étant peut être présent devant nous  

une pierre un arbre 

une maison.


mais 

la question de l'être de l'étant 

ne se laisse pas réduire à cette présence


l'être rend possible l'apparaître sans devenir lui-même 

simplement un objet parmi 

les objets


ainsi

plus je cherche à saisir l'être comme une chose

plus il se dérobe


le dévoilement

n'est donc pas une possession

il est une venue en présence qui conserve 

une part de retrait


la vérité comme événement

la vérité n'est pas seulement une correspondance 

entre une proposition et un fait


elle est 

un événement de dévoilement 

quelque chose apparaît dans un monde

devient intelligible

entre dans une clairière de sens




mais cet événement comporte toujours son envers  

ce qui apparaît renvoie à ce qui reste 

dans l'ombre


c'est pourquoi Heidegger 

parle aussi de Lichtung und Verbergung  

éclaircie et retrait



le dévoilement ne consiste pas forcément à fabriquer 

quelque chose de nouveau mais à laisser 

apparaître ce qui était déjà là 

sous le voile




c'est peut-être là que Heidegger rejoint mystérieusement 

le langage spirituel 

avec 

Dialogues avec l'ange 




le salut 

ne serait pas 

la production d'un autre monde

mais le dévoilement d'un monde qui était demeuré voilé


dans 
une formulation 
encore plus heideggérienne 

ce qui se dévoile 

ne cesse pas pour autant de se voiler


la vérité n'est pas 

la disparition du mystère

elle est l'apparition du mystère dans la lumière





























que devient un homme quand le verbe pénètre en lui 
et lui fait espérer un mystérieux 
salut


si l’on reste dans la perspective spirituelle celle du Verbe comme puissance de transformation intérieure  alors l’homme n’est plus tout à fait le même après que le Verbe  pénètre en lui 

le Verbe 
n’est pas ici simplement 
un mot

il devient une parole qui atteint l’être qui traverse 
les couches habituelles du moi et introduit 
une possibilité jusque-là 
inconnue

l’homme commence alors à vivre 
entre deux états 
































celui 
qu’il était

et

celui 
qu’il pressent pouvoir 
devenir



l’espérance du salut produit 
une étrange tension

il n’est pas encore sauvé mais il n’est déjà plus enfermé 
dans son ancien état 

quelque chose s'est 
ouvert



le salut mystérieux n'est donc peut-être pas une récompense 
située au terme du chemin

il est d'abord la transformation du regard 
porté sur l'existence



le Verbe entre
quelque chose s'éveille

le passé perd son caractère définitif
l'avenir devient possible

l'homme découvre en lui une profondeur 
qu'il ne savait pas habiter





on pourrait dire 

quand le Verbe entre dans l'homme
l'homme devient attente

non pas attente de quelque chose
mais attente de celui qu'il pourrait devenir

le Verbe ouvre une porte
dont il ne montre pas encore l'autre côté

commence 
le mystérieux salut

non comme une délivrance du monde
mais comme la découverte

qu'une autre vie était déjà présente
au cœur de celle-ci




***



nous avons été chassés du paradis mais 
le paradis n'a pas été détruit


cette phrase contient un renversement essentiel 
l'exil n'est pas la destruction du paradis

nous avons été chassés du paradis 
mais le paradis demeure

ce qui a disparu n'est peut-être pas le lieu 
mais la capacité de l'homme 
à le voir et à y demeurer

le paradis devient alors moins un endroit perdu qu'une dimension devenue inaccessible Il n'est plus derrière nous comme un territoire historique  il pourrait être encore là sous le monde visible comme une réalité que notre séparation nous empêche de reconnaître

cela rejoint très directement mon idée précédente 
du Verbe qui pénètre en l'homme 

le salut ne consisterait peut-être pas à construire 
un nouveau paradis

mais à retrouver en soi l'accès à celui 
qui n'a jamais été détruit




nous avons quitté le paradis
mais le paradis ne nous a pas quittés

il demeure

sous la poussière du monde
sous la mémoire
sous le langage
sous la pierre





peut-être n'avons-nous jamais perdu le lieu
seulement le regard capable 
de le reconnaître


le salut serait alors moins un retour
qu'une reconnaissance

découvrir soudain
que ce que nous cherchions au loin

n'avait jamais cessé 
d'être présent




***




nous avons des yeux pour voir 
pour connaître Dieu nous avons notre existence 

Franz Kafka 
journal

chez Kafka cette formule oppose deux modes 

de connaissance  

les yeux pour voir mais l’existence entière 

pour connaître Dieu 

le divin ne serait donc pas un objet placé 

devant le regard 

il se laisserait approcher à travers la manière 

même d’exister












nous avons des yeux

pour voir

mais pour connaître Dieu

nous avons

notre existence


voir

ne suffit pas


il faut devenir ce qui regarde


laisser le regard

descendre

dans la vie

jusqu'à cet endroit

où l'œil

ne distingue plus

le visible

de ce qui

le rend visible



Dieu n'est pas

ce que nous voyons

mais cette lumière

à laquelle

notre existence

apprend

lentement

à appartenir


































Shakespeare revient dans le présent 

peut se lire comme 
une formule sur la puissance intemporelle de l'œuvre


Shakespeare ne  revient  pas parce qu'il quitterait réellement le passé pour entrer dans notre époque Il revient chaque fois qu'une parole ancienne cesse d'être seulement historique et recommence à agir dans une conscience présente



le 
passé 
devient 
alors 
présent



















Hamlet 
n'est plus seulement le prince d'Elseneur du XVIIᵉ siècle
Il redevient aujourd'hui la question du doute

Macbeth 
redevient aujourd'hui 
la question du désir de puissance

Lear 
redevient aujourd'hui la vieillesse
la perte la folie la reconnaissance

Roméo et Juliette 
redeviennent aujourd'hui 
le désir qui rencontre l'interdit





Shakespeare revient parce que le présent découvre 
qu'il n'a jamais cessé d'être contemporain 
de Shakespeare


le nouveau n'est pas nécessairement 
ce qui n'a jamais existé

il peut être l'ancien lorsqu'il apparaît pour la première 
fois dans une conscience

le texte ancien devient alors 
nouveau



Shakespeare 
revient dans le présent
non comme un fantôme du passé
mais comme une parole qui recommence



le temps ne le conserve pas
il le réveille

chaque lecture est une 
résurrection

chaque voix qui prononce ses mots
ouvre de nouveau 
la scène

le passé 
n'est plus derrière nous

il attend
dans le présent
son heure de naissance






























la surface du globe est ondoyante

elle ne porte rien sans se déformer



montagnes mers 

plis
creux 

imperceptibles

la terre monte puis s’efface
















même 

l’horizon n’est jamais 

droit


sous la surface immobile
quelque chose continue de bouger


une lenteur 

si profonde qu’elle prend la forme

de la pierre





la terre n'est pas le sel ni l'herbe ni le cheval ni celui qui pense la terre est celle qui forme le vêtement qui transforme qui protège la lumière qui l'enveloppe ainsi l'enseignement-lumière devient supportable aux yeux qui ne voient pas encore













Le Nouveau 

est un bateau disparu 

qui continue de naviguer dans la mémoire 

et dans la langue



le  nouveau  

n’est pas simplement ce qui vient après l’ancien

il est  tout à fait autre 


il ne relève plus de l’alternance 

naissance–mort  apparition–disparition













le nouveau véritable serait alors ce qui ne naît pas au sens temporel et ne meurt pas au sens temporel Il appartient à une autre dimension de la vie  non pas une durée infinie qui prolongerait notre existence mais une vie qui serait déjà de l’ordre de l'éternel


d'où la succession presque liturgique 

nouveau 
autre 
vie éternelle 
gloire 
chant

le  nouveau  ne produit donc pas une nouvelle chose
il ouvre un nouveau mode d'être


le nouveau n'est pas une naissance
il n'est pas ce qui commence dans le temps
il est l'irruption de l'autre dans le temps

ni naissance
ni mort

une vie qui 
ne commence ni ne finit

la vie 
éternelle



lorsque 
l'être devient lumière

la lumière 
devient gloire
et la gloire devient chant




le Nouveau

est un bateau disparu mais quelque chose

continue de naviguer

dans la mémoire

dans la langue

sans coque

sans port

sans destination



il avance

parmi les phrases

comme une épave

qui aurait trouvé

dans les mots

une autre mer


on ne le voit plus

mais son sillage

demeure

et chaque fois

qu'un mot

change de place

le bateau

reprend la mer




être vivant signifie 

rester disponible au nouveau 

ne pas se laisser enfermer dans une identité fixe

















l'autre bord du secret nous a-t-il entendus

ou bien

était-ce déjà














une réponse

ce silence

qui revenait

vers nous

sans traverser

aucune distance

comme si

de l'autre côté

il n'y avait personne

mais seulement

une écoute

plus ancienne

que notre voix





au milieu de la mer vivaient de grandes roses


elles ne poussaient pas

elles dérivaient

sans racines

dans le bleu


leurs pétales

retenaient la lumière

comme une mémoire

de la terre

et lorsque la nuit

descendait sur l'eau

elles devenaient

presque invisibles


seules leurs ombres continuaient de fleurir sous la mer




elle a le physique agressif 

elle est belle 

d'un lieu difficile à identifier

une zone incertaine avec l'Est pour seul indice


Ukraine 

Tchéquie ou Moldavie


elle avance comme si la frontière 

n’avait jamais cessé de bouger 

portant dans son visage  une géographie 

sans nom










les rues montent et descendent sans raison

les façades renvoient trop de lumière

elle marche dans cette blancheur comme dans une pensée étrangère

chaque carrefour promet quelque chose puis l'efface

un bus passe avec des visages derrière les vitres

elle ne sait plus si elle doit suivre la mer ou les immeubles

elle choisit une rue au hasard

comme on accepte enfin une direction

au bout il y aura peut-être une porte

un nom sur une plaque

et la simple nécessité d'arriver



le soleil met le démon

la lumière de Marseille empêche d'avancer droit

vers un endroit 

n'importe lequel

juste un endroit où se rendre

une mission à remplir...



le désir trace une ligne autour de ce qui n’est pas soi

il approche
en séparant

il voudrait atteindre l’autre
et découvre une frontière

Alors quelque chose s’ouvre
dans la distance même

un lieu sans possession
où l’autre demeure autre

le désir ne sait plus s’il rapproche ou s’il sépare







une impulsion en appelle une autre
une image devient sensation
la sensation devient mouvement
le mouvement se perd dans une autre image


le désir circule

il n’a peut-être pas de centre


seulement des passages
des bifurcations
des détours

dans cette géographie mouvante ce qui semblait séparé

commence à se toucher sans jamais 
se rejoindre tout à fait















Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. L.R.des Forêts L.S L'EI là La Croix La parole de l'autre La vie de la montagne labyrinthe lac Lacs LADR lafabrique Laforgue Lagopède LALELES Lamantin LAME Lapiaz Laporte Roger Larry Eigner latin Laugier Laurent Margantin LBA LCC LCD LCDE LCDI LCDJ LCDP LCI LCR LCS LD LDB LDF LDLH LDM LDMC LDMH LDR LDS LDV Le Clézio Le Livre Le poème LEC LECDF LECLA Lectures LEDA LEDUI LEE Lee Ufan LEF légende légumes Leibniz Leibovici Leili Anvar Lely lensball lepoète Les eaux Les empereurs Les fils Les oiseaux lesoi Lespiau Lessing Lettres Lev Rubinstein Lex1 lex2 lex3 lex5 lex7 lex8 Lexie Lexique LFDH LFDLP LFDP LFDRT LFMR LFQ LGD LGDE LGDFASP LGDLM LGDP LGPDB LGS LGTDLP LGVDLH LHDD LHS LIDT lieux Lieux-source lièvre Ligne7 lignes Lionel André éclats Lionel André éditions Lionel André encres Lionel André photographies Lionel André randonnées LIQV Lisa Cairns list listes littéralité livrelit LJDP LLDLI LLDME LLDO LLDP LLDQ LLL LMDDDLH LMDF LMDLE LMDM LMV LO LOAN LODL LOGOS lois London Lorand Gaspar Lorenzo Menoud Louise Bourgeois Louise Glück LPC LPDLE LPDP LPDS LPI LPM LQDLE LRDD LRDP LRDR LRDT LRED LSDA LSDS LSDV LSMT LSNDLR LTDS LTO LTR LUELADC Lune Lupasco Lus & Mus Lux LV; LVB.TDSDC LVDDP LVDT LVESO LVLTDLO LVMDE Lyn Hejinian Lynn Schwartz M M.Caron M.Craig-Martin M.S.M M.Trinité Ma Macedonio Fernandez Machado Maestri Maggiore Maïakovski Mains maintenant Mais Mallarmé Malrieux Mandalas Mandelstam MANEKINEKO Manganelli Manifeste Manon mantra Manuel Joseph manuscrit Manzoni Map Marchand Marcheurs Marelle Marie Martin Ziegler Marx Masao Yamamoto masque Massera Matinaux Matsui Matta-Clarck Matton Mauguin Mavis Karn maximes MBK MBO MC McCord MCH McLuhan MDA MDC MDLADLE MDLF MDOU MEC Mécanisme Méditations Meillassoux Mélusine mémoire Memories Menus Meraviglia Merci Mercredi Mercure Merton Thomas messages Mesure Métamorphoses Métaphysique Métis Metro MFRC MG Michon micro microcosme mieux Millet Milton Mina Loy Misrahi Miura ori MJNYCR MK monade Mondo Monostiques Monosyllabes Montagnes et Glaciers Montagnes poèmes Montaigne Montale Monteiro Moore Morris mot mots Moving mp3 MPUSPM MSerres MTAS Mû murmure Murphy Murs et Fenêtres Muscle Musil musiq Musique MWLG Mystères MZD N N.M Nabokov Nadja Nagarjuna Nagori Nancy Napoli Narnia Nassim Haramein Nathaniel Tarn Nature Nauman NDBDP NDDP NDLT Néant Négation Neiges Neil Mills Némésis Nerval neuf Neutre Nice Niedecker Nietzsche Nihilisme Nirupana NLJNLH NOBUO noeuds Noguez Noir nOmbres Nonnos Norge NOTEPAD Notes-Book Notes-Rapides Notifications NOUS noûs Nouveautés Novae Novalis Novarina NP NPhS NRSNPEM Nuages Nuits O.Pé Oberland objets Objets d'Amérique Oblomov Ockham Octaèdre ODIN ODSI œil OELDT Ogadine Olivier Cadiot OLR OM ON ondes Onfray onthologie Opalka Oph. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shepherd Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thaumazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie Tzara u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. 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