Le technofascisme
un terme contemporain qui cherche à décrire la rencontre entre technologies numériques concentration du pouvoir et tendances autoritaires
ce n’est pas une catégorie politique unanimement définie ni une simple répétition du fascisme historique c’est un concept critique encore discuté
un article de 2026 de Mark Coeckelbergh propose précisément de l’utiliser pour analyser l’interaction entre IA Big Tech et nouvelles formes d’autoritarisme
le principe
le fascisme historique reposait notamment sur la concentration
du pouvoir la mobilisation idéologique
la propagande, l'ennemi désigné et
la réduction de l'espace
démocratique
le technofascisme
déplacerait une partie de ces mécanismes
vers
les données
les algorithmes
la surveillance
l'IA
les plateformes
la prédiction comportementale
la manipulation personnalisée
la concentration des infrastructures numériques
la différence
essentielle serait donc
celle-ci
le fascisme classique veut que tu obéisses
le technofascisme peut chercher à faire en sorte que tu te comportes
comme prévu avant même de te demander d'obéir
la surveillance change de nature
dans un système de surveillance traditionnel
quelqu'un regarde
avec les technologies numériques
le système peut
enregistrer corréler profiler
et prédire
les traces laissées par nos recherches déplacements achats relations et comportements peuvent produire des profils permettant de personnaliser l'information ou d'orienter certains comportements C'est l'un des rapprochements faits par les analyses contemporaines entre IA surveillance capitalism et autoritarisme
le pouvoir devient
alors moins spectaculaire
il ne dit plus seulement
je te surveille
il connaît
suffisamment tes habitudes
pour modifier discrètement l'environnement
dans lequel tu choisis
le pouvoir de l'algorithme
une autre caractéristique est la décision automatisée
qui voit telle information
qui reçoit telle publicité
quel contenu devient visible
quel individu est considéré comme risqué
quelle demande est acceptée ou refusée
lorsque ces décisions sont confiées à des systèmes difficiles à comprendre et concentrés entre quelques acteurs la question devient politique qui possède l'infrastructure qui organise le champ des possibles
Coeckelbergh insiste précisément sur l'opacité la centralisation et le déficit de contrôle démocratique de certaines formes de gouvernance algorithmique
le vieux pouvoir et le nouveau pouvoir
c'est ici que le concept
devient intéressant philosophiquement
le pouvoir ancien disait
tu dois
le pouvoir disciplinaire disait
tu dois te conformer
le pouvoir numérique peut dire
voici ce que tu sembles vouloir
puis
voici ce que l'algorithme te propose
puis
voici ce que tout le monde regarde
la contrainte devient alors parfois
environnementale plutôt que frontale
elle ne ferme pas nécessairement la porte
elle organise le couloir dans lequel tu marches
mais attention au mot fascisme
c'est le point essentiel
toute surveillance numérique n'est pas du technofascisme
une plateforme puissante n'est pas automatiquement fasciste
une IA opaque n'est pas automatiquement fasciste
pour parler véritablement de technofascisme les auteurs qui emploient ce concept cherchent généralement une convergence entre technologie concentration du pouvoir et dynamique politique autoritaire ou antidémocratique Coeckelbergh souligne lui-même que les technologies ne sont pas intrinsèquement fascistes et que le terme désigne plutôt leur synthèse avec certaines tendances politiques
d'autres chercheurs contestent d'ailleurs l'idée que le phénomène soit entièrement nouveau : ils soulignent que les technologies administratives et de surveillance ont depuis longtemps servi des formes de domination étatique et coloniale
une formule pour résumer
le fascisme classique construit
un pouvoir qui surveille les hommes
le technofascisme pourrait construire
un environnement qui anticipe leurs comportements
dans la perspective de ma réflexion précédente
sur la sécession on pourrait dire
la dernière sécession serait peut-être celle
qui permet de sortir de l'algorithme qui nous précède
retrouver une zone non calculée
un dehors
un geste que personne n'avait prévu.