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samedi, septembre 05, 2026

une portée plus anthropologique  

le milieu professionnel comme théâtre du désir de reconnaissance
où la compétition des égos se dissimule derrière 
les valeurs affichées


























un milieu professionnel qu'il soit politique littéraire artistique ou même sportif est souvent un lieu impitoyable un panier de crabes où s'affrontent les égos sous le masque des idées du talent du mérite ou de l'ambition


on y parle de création
mais chacun mesure sa place

on parle de littérature
mais chacun surveille son nom

on parle d'art 
mais chacun regarde qui est regardé

on parle de politique
mais chacun calcule son influence

on parle de sport
mais chacun veut être celui qui gagne
celui que l'on remarque celui dont le nom restera



la compétition 
n'est jamais seulement une compétition

elle porte sur quelque chose de plus secret  
être reconnu comme quelqu'un

l'œuvre devient parfois le moyen 
de parvenir à soi-même à travers le regard des autres

le talent ne suffit plus
il faut être visible
il faut être situé

il faut appartenir à un réseau
à une école à une génération à une chapelle

il faut être cité 
invité publié sélectionné récompensé

le monde professionnel fabrique ainsi une étrange économie du prestige où chacun donne l'impression de défendre une cause alors qu'il défend aussi souvent sa propre existence symbolique

le plus cruel est peut-être que personne n'est entièrement 
innocent de cette mécanique

même celui qui prétend mépriser la reconnaissance 
peut souffrir de ne pas être reconnu

même celui qui affirme travailler pour l'œuvre 
peut attendre secrètement  qu'un regard 
vienne confirmer la valeur 
de son travail


l'ego n'est pas 
nécessairement vanité

il est parfois cette demande élémentaire 
Dis-moi que j'existe

c'est pourquoi la concurrence 
devient si féroce

ce qui semble être en jeu 
une place un prix une publication un poste une sélection 
représente symboliquement 
beaucoup plus 

une confirmation de soi

une victoire 
de l'identité contre l'effacement

le panier de crabes 
n'est pas seulement peuplé d'ambitieux

il est peuplé d'êtres vulnérables qui cherchent 
dans la hiérarchie extérieure une réponse 
à une inquiétude intérieure


le paradoxe est là 

plus on dépend du regard des autres 
pour savoir qui l'on est 

plus leur réussite devient 
une menace

la réussite de l'autre semble 
diminuer la nôtre

sa reconnaissance semble nous retirer 
quelque chose

son ascension devient notre 
déclassement

ainsi naissent 

les rivalités minuscules les alliances provisoires
les jalousies silencieuses

les compliments empoisonnés
les fidélités intéressées les exclusions discrètes

le panier de crabes est peut-être simplement 
une métaphore  de cette lutte 
pour la visibilité



et pourtant au milieu de cette agitation 
une autre possibilité 
existe



Faire
Écrire
Peindre
Courir
Penser

non pas pour disparaître du regard des autres  
ce serait encore une forme de dépendance 

mais pour déplacer le centre 
de gravité

ne plus demander sans cesse 
quelle place ai-je 

mais 

qu'est-ce qui 
mérite d'être fait 

quelque chose 
alors se détache de la compétition

l'œuvre redevient œuvre
le geste redevient geste
la course redevient course
la pensée redevient pensée

on découvre peut-être 
que la véritable liberté professionnelle 
n'est pas de gagner dans le panier 
de crabes

c'est de cesser 
d'en faire son monde


























jeudi, août 27, 2026


pourquoi 
ce désir pathologique 
d'appartenir à une  foule chez l'homme



















parce que l'homme est probablement un animal de l'appartenance avant d'être un animal de l'individualité
le désir de foule n'est donc pas seulement un goût pour la compagnie il touche à quelque chose de beaucoup plus archaïque  

la sécurité l'identité la reconnaissance et 
la diminution de l'angoisse


la foule dissout l'angoisse d'être seul


être seul signifie dans une certaine mesure
être confronté à l'absence 
de garanties : 

qui suis-je ? 

que dois-je faire ? 

selon quelle valeur vivre ?



la foule fournit immédiatement 
des réponses

elle dit 

nous sommes ceci
nous croyons cela
nous détestons ceci
nous célébrons cela

nous savons 
qui sont les bons et les mauvais


elle transforme 
l'incertitude en certitude collective

c'est pourquoi la foule peut être profondément rassurante  
elle pense à notre place


appartenir
permet de recevoir 
une identité prête à l'emploi

l'individu isolé 
doit construire son identité
 
le membre 
d'un groupe peut en recevoir 
une

nation religion parti communauté idéologie
équipe sportive entreprise 
mouvement culturel
réseaux sociaux 

les formes changent
mais le mécanisme peut être analogue

le je devient 
je suis l'un des nôtres


et cette formule est extraordinairement puissante 
parce qu'elle répond simultanément 
à deux besoins contradictoires 


être quelqu'un 
et ne plus avoir à être seul quelqu'un


la foule produit une étrange économie 
de la responsabilité


il y a également quelque chose de vertigineux 
dans la foule 

la responsabilité individuelle 
se dilue

seul
je dois répondre de mon acte

dans la foule 
le je peut devenir nous

et le nous peut alors faire des choses que chacun 
de ses membres n'aurait peut-être pas 
accomplies séparément




c'est l'une des raisons pour lesquelles les phénomènes de masse 
ont intéressé des penseurs aussi différents que 
Gustave Le Bon Sigmund Freud 
Elias Canetti ou Hannah Arendt



mais il y a quelque chose de plus profond 
la peur de l'insignifiance

peut-être que derrière le besoin d'appartenir se trouve 
une peur encore plus fondamentale 

ne pas compter


l'individu veut être vu

la foule lui donne l'impression d'être relié à quelque chose 
de plus grand que lui-même

elle lui prête momentanément une importance 
qu'il ne ressent pas nécessairement seul

c'est particulièrement visible dans les grandes manifestations
les mouvements politiques les concerts
les cérémonies religieuses ou 
les phénomènes de 
supporters  

le corps individuel éprouve physiquement 
sa participation à un corps collectif

on ne pense plus seulement ensemble
on respire ensemble
on crie ensemble
on marche ensemble
on éprouve ensemble


c'est là que commence le caractère pathologique

il faut toutefois 
distinguer appartenance et fusion

l'appartenance peut être saine 

une amitié une communauté une famille 
une œuvre collective peuvent 
enrichir l'individu



elle devient pathologique lorsque l'individu ne peut plus 
supporter d'exister en dehors du groupe

alors apparaissent 

la peur de la dissidence 
le besoin de conformité 
la recherche permanente de validation 
la désignation d'un ennemi extérieur 
la confusion entre vérité et consensus 
la haine de celui qui se sépare 
et finalement la disparition du jugement personnel



le paradoxe est alors saisissant


l'homme rejoint la foule pour ne plus être seul et finit 
par perdre ce qui faisait de lui 
un individu



Nietzsche 
aurait probablement déplacé 
la question


pour Friedrich Nietzsche
le problème ne serait pas simplement : 

pourquoi les hommes aiment-ils la foule 

il serait plutôt 

pourquoi l'homme préfère-t-il parfois 
la sécurité du troupeau 
au risque de devenir 
lui-même 


la foule offre une morale commune des valeurs communes
des ennemis communs et surtout 
une diminution du vertige 
de la liberté


devenir soi-même est beaucoup plus difficile 
qu'appartenir

il faut accepter de ne pas être approuvé
il faut pouvoir dire non
il faut supporter l'incertitude
il faut parfois marcher seul

et peut-être est-ce précisément cela 
qui rend la foule si séduisante 


elle nous délivre momentanément du poids 
de notre propre liberté

dans cette perspective, le contraire de la foule 
n'est pas nécessairement 
la solitude

c'est la singularité


la solitude peut encore être 
une souffrance

la singularité elle est la capacité de rester relié 
aux autres sans leur abandonner 
son propre centre de gravité


et cela rejoint assez profondément 
une question poétique  

comment être avec les autres sans devenir 
identique aux autres 





le véritable déplacement ne serait alors pas de fuir la foule
mais de pouvoir y entrer et en sortir 
sans perdre son regard

























mercredi, août 26, 2026

on peut  soutenir que le changement climatique 
n’est que le symptôme physique d’une crise plus profonde 

une crise de notre manière d’habiter le réel




















elle est axiologique 

parce que nos systèmes de valeur ont placé l’accumulation 
la croissance, la vitesse et l’exploitation 
au-dessus de la mesure de la limite 
de la durée et de la relation


elle est ontologique 

parce que nous avons construit une représentation de l’être comme stock disponible la montagne devient ressource la forêt devient matière première l’animal devient production le sol devient surface exploitable le temps devient rendement 

le monde n’est plus rencontré comme ce qui existe avec nous
mais comme ce qui est à notre disposition



elle est enfin poétique au sens le plus profond du terme nous avons perdu une certaine capacité à faire monde à percevoir les correspondances les interdépendances les rythmes et les présences la crise écologique est aussi une crise de perception 

nous ne savons plus suffisamment 
voir ce dont nous dépendons




le climat devient alors 
le lieu où ces trois crises se rencontrent


axiologique  
qu'est-ce qui mérite d'être préservé 


ontologique  
qu'est-ce qu'un être
si aucun être n'existe séparément 

poétique 
comment réapprendre 
à habiter un monde qui n'est pas notre propriété 

la question décisive 
n'est donc peut-être pas seulement 
comment sauver le climat 

mais 

quel monde devons-nous devenir capables d'habiter 
pour que le climat cesse d'être le symptôme 
de notre séparation d'avec le vivant 



et peut-être 
la poésie commence-t-elle précisément là 

non pas après la catastrophe mais 
dans la transformation 

de notre regard qui rend une autre relation 
au monde pensable


























samedi, août 15, 2026

je reconnais à leur toile les tarentules

dans l'esprit de Nietzsche 
les tarentules

ne mordent pas le corps
elles inoculent
une manière
de juger

leur toile est faite
de principes où le ressentiment
s'appelle 
justice

elles craignent
moins la force que la joie

car la joie
est le seul venin auquel leur poison
ne résiste pas




























 

La montagne interdite

Il y a des interdictions qui protègent. Et il y a des interdictions qui révèlent une civilisation. Lorsqu'il devient suspect de dormir une nuit sous les étoiles ou de se plonger dans l'eau glacée d'un lac d'altitude, ce n'est plus seulement une réglementation qui se met en place : c'est 

une métaphysique du contrôle qui s'installe silencieusement.

L'époque prétend protéger la nature. Mais de quelle nature parle-t-elle ? D'une nature vivante, offerte à l'expérience intérieure, ou d'une nature muséifiée, transformée en objet administratif ? 

Le paysage cesse alors d'être une présence pour devenir un patrimoine sous surveillance. La montagne n'est plus une rencontre ; elle devient un territoire réglementé où chaque geste doit être autorisé.

L'interdiction ne retire pas seulement une liberté extérieure. Elle rompt un lien ontologique. Car se baigner dans un lac de montagne n'est pas une simple activité de loisir. C'est laisser son corps retrouver l'élément dont il provient. C'est éprouver dans l'eau glacée une vérité que nul discours ne remplace : le monde existe indépendamment de nous, et pourtant il nous accueille. 























Dormir en bivouac n'est pas davantage un divertissement. C'est consentir à redevenir, pour une nuit, un habitant de la Terre plutôt qu'un consommateur d'infrastructures. Entre la roche, le vent et le ciel, l'homme retrouve une condition plus ancienne que toutes les civilisations : celle d'un être exposé au réel.

Ce que redoute une société saturée de médiations, ce n'est peut-être pas le bivouac lui-même, mais l'homme que le bivouac fait naître. Un homme qui découvre qu'il peut vivre quelques heures sans réseau, sans commerce, sans surveillance permanente, sans autre toit que la voûte céleste. Cette autonomie est philosophiquement dérangeante. Elle rappelle qu'il existe une liberté antérieure aux institutions : la liberté d'habiter le monde.

L'inflation des interdictions est souvent présentée comme un progrès moral. Pourtant, une civilisation qui multiplie les défenses risque de produire des individus qui ne savent plus discerner par eux-mêmes. À mesure que la règle remplace le jugement, la responsabilité s'atrophie. On ne demande plus à chacun d'être digne d'un lieu ; on lui interdit simplement d'y être. L'éthique est remplacée par le règlement.

Il serait naïf d'ignorer que certains sites fragiles doivent être préservés ou que certains comportements irresponsables causent des dégradations réelles. Une communauté politique a légitimement le devoir de protéger des milieux sensibles. Mais lorsque la réponse privilégiée devient systématiquement l'interdiction générale plutôt que l'éducation, la proportionnalité ou la responsabilité individuelle, quelque chose change dans la manière même de concevoir l'homme. Celui-ci n'est plus regardé comme un être capable de mesure, mais comme un risque à neutraliser.

Cette logique appartient à une ontologie implicite : le vivant n'est plus une relation, mais une variable de gestion. La forêt devient un espace réglementaire, le lac un périmètre, le sentier une circulation à canaliser. Tout ce qui échappe à la quantification apparaît comme une anomalie. La montagne, autrefois lieu de l'imprévisible, est peu à peu absorbée dans l'immense cartographie administrative où chaque liberté doit recevoir son mode d'emploi.

Or la montagne n'a jamais été un parc d'attractions. Elle est l'un des derniers lieux où l'homme rencontre une réalité qui ne lui obéit pas. Le froid, l'altitude, le silence, la fatigue, la nuit étoilée enseignent une humilité que nulle réglementation ne peut produire. C'est précisément parce qu'elle résiste qu'elle élève. Vouloir supprimer toute part de risque, c'est peut-être supprimer aussi toute possibilité d'initiation.

D'un point de vue métaphysique, la montagne rappelle que le monde n'est pas fait uniquement pour être administré. Il est d'abord une apparition, une présence qui excède toutes nos catégories. Le lac n'est pas seulement une masse d'eau ; il est une profondeur où le ciel vient se réfléchir. Le bivouac n'est pas une occupation du sol ; il est une manière d'habiter le cosmos. Dans le sommeil sous les étoiles, l'homme cesse un instant d'être enfermé dans l'architecture de ses propres constructions. Il retrouve la disproportion fondatrice entre sa fragilité et l'immensité.

Une civilisation se révèle moins par les libertés qu'elle proclame que par les expériences qu'elle rend progressivement impossibles. Lorsque l'accès immédiat au monde devient exceptionnel, lorsqu'il faut des autorisations pour éprouver la simplicité des éléments, il est permis de s'interroger sur le sens profond de cette évolution. Ce n'est pas seulement une question juridique ; c'est une question spirituelle.

Le danger ultime n'est peut-être pas que l'on interdise quelques baignades ou quelques bivouacs. Le danger est que nous finissions par considérer comme normal qu'une existence libre doive constamment demander la permission d'exister.

Alors la montagne demeurera debout. Les lacs continueront de refléter les constellations. Mais quelque chose se sera éloigné de l'homme : la certitude immémoriale que la Terre n'était pas seulement un territoire à gérer, mais une demeure où l'âme pouvait encore respirer.




























jeudi, août 06, 2026

voici un texte 
volontairement polémique développant 
une critique 

philosophique et culturelle du trail comme 
symptôme de notre époque

il ne prétend pas décrire tous les pratiquants 
ni épuiser la diversité 
de cette pratique




le trail 

ou
 
la colonisation  de la montagne 

par 

la performance

























le trail est souvent présenté comme 
un retour à la nature 

il serait une réconciliation avec la montagne une manière 
de retrouver l'essentiel de respirer 
loin des villes

cette image est séduisante









pourtant elle masque 
une réalité plus dérangeante  









le trail est devenu l'une des expressions les plus achevées 
de la logique contemporaine 
de la performance


il ne s'agit plus de marcher dans la montagne
mais de la traverser  le plus 
vite possible. 


le sentier cesse d'être un lieu d'attention pour devenir 
une trajectoire chronométrée

le sommet n'est plus une rencontre  il devient 
un objectif 

le paysage n'est plus contemplé  
il est consommé

là où le montagnard cherchait une présence
le traileur cherche un résultat

la montagne 
est ainsi convertie en stade



chaque dénivelé devient une donnée

chaque col un segment

chaque ascension un défi

chaque sortie un fichier numérique


l'expérience 
est remplacée par la mesure


le silence de la montagne est désormais traversé 
par les bips des montres GPS

les calculs de fréquence cardiaque
les prévisions de puissance

les algorithmes d'entraînement 
et la comparaison permanente des performances



l'homme ne regarde plus les nuages  
il regarde son écran

le corps lui-même cesse d'être un compagnon 
pour devenir un instrument 
qu'il faut optimiser

il faut améliorer sa VO₂ max diminuer son temps de montée 
augmenter son endurance 
repousser ses limites


le vocabulaire industriel s'est installé 
jusque dans la chair



cette obsession de l'amélioration est l'un des traits fondamentaux 
de l'économie contemporaine

rien ne doit demeurer simplement 
suffisant 

tout doit devenir plus rapide plus efficace
plus rentable


le trail épouse parfaitement 
cette logique

il donne l'illusion d'une liberté retrouvée 
alors qu'il reproduit souvent 
les mécanismes mêmes 
dont il prétend 
s'évader



la montagne 
devient alors un espace de production

on y fabrique des performances
on y accumule des kilomètres
on y produit des statistiques
on y récolte des trophées numériques

même le repos disparaît 

une sortie doit être utile 

une randonnée devient un entraînement

une promenade devient une récupération active

le simple plaisir d'être là paraît presque suspect



L'ultra-trail pousse cette logique 
jusqu'à son extrême. 

plus la distance est démesurée plus elle devient 
un signe social



l'exploit remplace l'expérience

la souffrance devient un capital symbolique

on raconte 
ses blessures
ses heures sans sommeil

ses centaines de kilomètres 
comme autant de preuves de valeur


l'époque adore les héros de l'endurance parce qu'ils incarnent 
l'idéal contemporain 

produire davantage 
avec toujours moins de limites




le paradoxe est immense

la montagne était traditionnellement le lieu où l'homme
apprenait son insignifiance

le trail tend parfois à en faire le lieu où 
il met en scène sa puissance

la haute montagne enseignait la lenteur la prudence 
l'humilité devant les éléments.

elle obligeait à écouter le vent la neige la roche
le brouillard

aujourd'hui il arrive qu'elle soit abordée comme 
un parcours à valider

une difficulté supplémentaire à inscrire 
dans un calendrier sportif


même la nature devient un objet 
de consommation

les plus beaux massifs sont transformés 
en destinations événementielles

les sentiers deviennent des infrastructures 
sportives

Les paysages servent d'arrière-plan 
à une économie de l'image où 


chaque sommet doit produire  sa photographie 

chaque effort son récit héroïque

chaque course sa publication sur les réseaux sociaux

le réel devient décor
la montagne devient marque
le corps devient vitrine
la liberté devient performance


ainsi le trail apparaît moins comme une rupture 
avec la société de consommation que comme 
son prolongement en altitude 


il transpose dans les grands espaces les impératifs de rendement
d'optimisation, de comparaison et de visibilité 
qui gouvernent déjà le travail, 
les loisirs et les relations 
sociales



la véritable résistance serait peut-être ailleurs

marcher sans objectif

renoncer au chronomètre

s'asseoir longtemps sur une pierre

revenir sans exploit

accepter de ne rien publier


laisser une journée entière 
n'avoir produit aucun résultat mesurable

retrouver une montagne 
qui ne demande pas d'être vaincue

une montagne qui ne récompense pas la vitesse 
mais la disponibilité







la montagne 
n'a jamais attendu 
que l'homme y batte des records

elle attend 
seulement qu'il 
apprenne enfin à ralentir





pour rire

Urgence Transit-intestinal Mal Bâtonné

Ultime Torture Masochiste Bénédictine

Une Tentative Mortelle de Branlette-intellectuelle

Ulcération Tendineuse à Mouvement Balistique

Usurpation de Titre de Montagnard Banale

















mardi, août 04, 2026


l'idée selon laquelle 
la production est un mécanisme aliénatoire et d'envoûtement 

traverse une grande partie de la philosophie moderne 
de Karl Marx à Martin Heidegger de Guy Debord à Jean Baudrillard





on peut en dégager plusieurs dimensions

la production ne désigne plus seulement l'acte 
de fabriquer des objets 

elle devient une logique générale qui exige 
une croissance sans fin  

l'homme n'est plus invité à habiter le monde mais 
à alimenter un processus qui le dépasse  














il produit pour produire  travaille pour maintenir 
la machine du travail 

innove pour accélérer 
l'innovation 

le moyen devient la fin







l'aliénation apparaît lorsque le sujet ne reconnaît plus 
dans ce qu'il fait l'expression de son être 

son activité lui revient comme 
une puissance étrangère 

plus il produit plus il dépend du système 
qui organise cette production 

ce n'est plus lui qui possède son travail  
c'est le travail qui le possède. 

même le temps libre devient un moment destiné 
à restaurer la capacité de produire

















cette logique est aussi un envoûtement

elle agit comme une fascination 


la nouveauté permanente 

les performances 
mesurées 

les objectifs les chiffres les indicateurs de réussite créent 
une sorte d'hypnose collective 

on croit poursuivre des désirs personnels alors que 
beaucoup de ces désirs sont produits 
par le système lui-même 

la consommation devient le miroir 
de la production  

on fabrique des objets qui fabriquent à leur tour 
des besoins




l'envoûtement est plus profond encore parce qu'il donne 
l'impression de la liberté 

chacun peut choisir entre mille produits 
mille parcours mille identités 

pourtant ces choix se déploient souvent à l'intérieur 
d'un même impératif  

produire davantage optimiser davantage  devenir 
une version plus performante  de soi-même 

la liberté devient la liberté de participer 
plus efficacement au mécanisme




Heidegger parlerait ici d'un oubli de l'être 

le monde cesse d'apparaître comme présence mystérieuse 
il devient un stock de ressources disponibles 

la montagne devient un potentiel énergétique la forêt 
un volume de bois le fleuve 
une réserve hydraulique 

l'homme lui-même 
un capital humain 

Tout existe sous la forme 
de ce qui peut être exploité



Debord montrerait que cette production déborde 
le domaine économique  

elle produit aussi des images des représentations 
des événements médiatiques 

nous ne vivons plus directement les choses  
nous vivons leur spectacle 

nous produisons des profils des publications 
des opinions des données 

nous devenons producteurs de notre 
propre image




Baudrillard 
irait encore plus loin  

dans les sociétés contemporaines nous ne produisons plus 
seulement des objets mais des signes 

le prestige la différence l'identité deviennent 
des marchandises 

on n'achète plus une montre pour connaître l'heure 
mais pour signifier quelque chose de soi 

le réel s'efface 
derrière sa mise en scène

L'envoûtement tient précisément à ce qu'il ne ressemble pas 
à une contrainte 

il prend les traits du progrès de l'efficacité de la réussite
parfois même de l'épanouissement personnel 

il est d'autant plus puissant qu'il se présente 
comme naturel





la poésie chez un auteur comme André du Bouchet peut être comprise 
comme une résistance silencieuse à cet enchantement 
productiviste 

son écriture ne produit pas un objet consommable  
elle ouvre un espace où le langage retrouve 
sa nudité 

le poème ne cherche pas à être utile 

il suspend la logique du rendement 

il nous reconduit vers l'air la pierre le souffle le silence 
 vers ce qui échappe à la fabrication







opposition fondamentale 

La production transforme 

le monde en objets


La contemplation laisse 

le monde advenir



La technique demande  

Que puis-je faire de cette chose 


La poésie demande 

Que révèle cette chose lorsqu'on cesse de vouloir l'utiliser


dans cette perspective l'aliénation n'est pas seulement économique  
elle est ontologique 

nous cessons peu à peu d'habiter le réel pour habiter 
le réseau des opérations que nous effectuons 
sur lui 

et l'envoûtement consiste précisément à oublier 
que cette manière de vivre n'est qu'une 
possibilité parmi d'autres 

le geste poétique philosophique ou contemplatif 
devient alors 






un acte de désensorcellement 

il interrompt le flux de la production  pour rendre au monde 
sa capacité d'apparaître indépendamment 
de tout usage

























vendredi, juillet 31, 2026

Raoul Vaneigem 

Je ne suis ni maître à penser ni donneur de leçons. Je souhaite seulement que chacun apprenne à mener son existence selon ses désirs et en ce qu’elle a de plus riche : l’expérience de l’homme en voie d’humanisation s’affranchissant de ce qui le réduit à l’état de marchandise. Eriger sa vie en modèle, c’est la figer dans une forme où elle se vide de sa substance. Je me borne à témoigner de mes tentatives de vivre mieux dans un monde où je sais que le bonheur d’un seul est inséparable du bonheur de tous. Se fonder sur la pulsion de vie afin de l’affiner me paraît la meilleure et la plus agréable façon de construire sa destinée, à l’encontre des entraves d’une économie qui exploite l’homme et la terre. Celui qui conforme sa vie aux critères de réussite et d’échec a déjà renoncé à vivre.


























Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

Libellés

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A1 A10 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 AB ABDL Abécédaire Abîme Aboulafia Abréviations Abrüpt Abruzzo absolu ACC Acker acronyme Actis Actualités ADBP Adorno ADR Adrénaline ADUMC Advaita AELT Agamben Agenda AgnèsMartin Agrafe et boite Ainsité Aïon AIR Air du temps akasha Akhmatova AL Alain de Lille Alan Davies Albiach Alchimie Alechinsky Aleph ALF Alferi alien Alina Reyes ALTH AM Amande Ammons Amor fati Anagrammes Analogie Anaphore Anaximandre Anders André Breton André du Bouchet André Velter Andy Goldsworthy animal animation Annick Ranvier Annonciations Anthologie ANTI Antin David AP Apatheia Aphaïa aphorismes Apollonios aporie Appelfeld Approche APUMM APZ APZT Arago Aram Saroyan Arbres Archéopoésie ArgentOr Aristote Arp Arseguel Art sacré ARTHAUD AS ASDMI ASF Ashbery ASLEND Assez Astrologie Asymptote Atlantide attente Aurélien Barrau Aurore Automne Auxméry AVB Avec Avent AW axiologie Axiomes Azam B B.Celerier Babel BABIL Bach Bachmann Baies Baigaitu BAM Banal Bandeaux Barque Barré Barry Lopez Barthes Bashô Basque Basquin Bataille Battala BAZAR BDLE BDLF Beaufortain Beckett Beckford Benedetto Bénézet Benoît Labre Benveniste Bergounioux Bergson Bernstein bête Bhattacharya bibliographie Bibliothèques bientôt Bimot Binet bio biographie BioMobiles Biopsies Bishop BISSES1 Bivouac Blackburn Blaine Blanc Blanchot Blanqui Blaser Blau Duplessis Bleu Bloy Bobin Bochner Bohm boisflotté Bök Bonheur bord de terre Borges Bouddha Bouthonnier Bouvier Bozier Brautigan Bretagne Bribes Briciole bricoleur Brisset Bronk Broodthaers Bruckner Bryen BSRM Butor Byron C C.C C.D.A C.E.T C.F. 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E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle éclipse Eco Ecosse écoute écritures ED Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile éveil Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. G.Luca G.R.I Gary Snyder Gaza GB GDD GDLMC GDT GEGO Gelassenheit généalogie genese Genet Genji Géologie géométrie géophanie Géopoésie Gervais Geulincx GIA Gif Giffard Giovannoni Girard Giraud Giroux Gizzi Gleize Glossaire GMH Gnoséologie Gobenceaux Godard Gödel Godwin Goethe Gombrowicz Gongora Goodman Nelson GOPC GPDB GR54 GR70 GR91 Graal Grâces Gramm gris Grothendieck Guerre Guesdon Guy Debord Guyau Guyotat GVDT GWFH Gygès H H.Corbin H.D. H.P Habitus Hadot Haenel haïku Hamant Hamish Fulton Hamon Harms Harrari Hart Crane Hausmann Havet HDT HE Heaney Hécate Hegel Heidegger Hello Henri Michaux Henri Thomas Herbes Herta Müller Hésiode Hesse Heures hexagrammes HFSR HHPC Hikmet Hillesum Hiroshi Yoshida Histoire HM HN HO Hocquard Hofmannsthal Hohl Hölderlin Hominidés homonymies Horace Houellebecq HR. HRC HS HSCDLAE HTH Hubin Hugo Ball Huguenin Hume HV Hymnes orphiques Hypérion hypertexte Hypnos i I remember I.P-B. IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. 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Oppen OR Oraison Orcia Orphée Orwell Oscar Oscarine Bosquet OSMH oui ours Ovide P.A P.B.Shelley P.L. P.observatoire P.P. P48 Paddle Padirac Pages PalestineIsraël palimpseste Palmer Paolo Icaro papier PAR Para Paracelse Paradis Parant parapoésie parenthèse parfum Parian Paris Parlant Parménide Paroles particules Pascal pasolini Passages Paul Celan Paul Valéry Paysages PB PC PCJDA PDJVS PDLBELM PDLC PDLE PDM PDUM Pêche peck peintures numériques L.A. peirce Pennequin Penone PEPDLE Perec performance permaculture Pessoa Peuchmard peut-être PGDR Ph.Beck pharmakon Phi Philippe Grand Philippe Sollers philologie Photographes PHPN Phrases phusis Pi Pierres Pierrette Bloch Pieuvre Pin Pise Pivot Pizarnik Plagiat Planck planètes Platon Pléonectique Pleynet plongeur Plotin Pluie Plus PM PNQ PNSLTS PO POCP Podiensis poésie Poignant Poindron pointes Points Politikos polygraphe pommes Ponge Pour ppt PPTEI praxis prénoms prépositions presque Prière Principe Printemps Prokosch Promenade Properce propositions Proust PRYNNE Psaumes PSDUP PTI ptyx PUB puiser puissance Pyramides Pyrrhon PYS qi Qualia quand quantique Quatrebarbes quelqu'un QuelqueChose quelquefois quelquepart question Questions Qui Quignard Quiz quoi Quotidien R.G.Lecomte R.M. R.M.I R.M.T. Rachi Rae Armantrout Raison ram Ramanujan Range Raphoz Raven RBDBB RBLPDT RCETTM RCLSDF RD RDLB Recettes récits A Reclus Refuges et cabanes règles Renaud Camus René Daumal REPA Répétition résumé Rêve Revenir Reverdy Révillon Rexroth Rey Reznikoff Richard Long rien Rilke rimb Rimbaud RIP Ristat Rivières RL RL.P&J RLP RM.ACDLE Robert Barry Robert Filliou Robert Hainard Robert Lax Rocamadour rocher Rochery Roger Ackling Roman Rome Rose Ausländer Roses Rosset Rothenberg Rothko Roubaud Roud Routes Rouzier Royet-Journoud RPW RR RSG Rubâï Rueff Rûmî Rumney Runes Ruscha Russes Ruyer RVALP Ryner Ryoko Sekiguchi s S.Tesson sa vie sable Sade sagesse Saigyo Sakaki Saliens SALXI Sam Francis Samivel Sangral sans Sans Titre Santoka Sappho Sator Saturne Savelli Savitzkaya SBL1 SBLI Sbrissa Schlechter Schopenhauer Schurmann SCOT Sculptures Sculptures Photographies L.A. SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thamazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. V.Kh V.P. VALC Valet Vaneigem vazquez VD VDSJ VE Véda Vegan vélo VEMDIL Venet Venise Vents VERBES Vercors vérité Verlaine Verne verre Vert vertical Vésuve Vézelay VGE Vico Victoria Hanna vide Vidéo Vilgrain Vioulac Virgile Virgule visage VitaNova Viton vitraux VJ VO voici Voies voilà voix volcan Voluspa Volut Von Aesch Vous Voyelles Vulcano W W.Benjamin W.I.P. W.S Wable Wagô Wajcman Waldman Waldrop Wallace Stevens Walser WB WBY wcw webasso Webcams Wermer Lambersy Werth WGJ Whitehead WilliamBlake Windows Wittig Wolfgang Laib Wolfson wolman Woolf wuwei ww. WWFDH www Xardel Xénophon Xu Xiake xxx Y.B Yanka YDM YISANG YOGA Zagdanski ZANZOTTO Zeit Zéno Bianu Zéro Zététique Zinoviega zodiaque Zoom Zukofsky Zürn

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