Pour saluer Clément Rosset
Je sentais le secret des choses
je sentais le secret de l’être dans
Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche
Je savais tout…
C’est la même impression que quand j’écoute certaines
musiques
je sens la vérité sur toute chose
Nietzsche a ce mot admirable et qui résume un peu
toute sa philosophie
c’est un peu comme des versets bibliques
ou claudéliens
Je sais maintenant
j’ai enfin compris que la joie est plus profonde
que la tristesse
C’est ma devise
Si je devais avoir un credo philosophique
ce serait celui-là
Clément Rosset 1939–2018 pense le réel comme une présence sans double sans arrière-monde et sans vérité cachée derrière les apparences
sa philosophie commence par un refus : celui de dédoubler le réel Nous cherchons souvent derrière les choses une autre réalité plus profonde plus rassurante plus intelligible Nous inventons des causes des essences des significations comme si le monde tel qu'il est ne pouvait suffire
pour lui le réel est idiot au sens étymologique du terme singulier unique irréductible à toute explication qui prétendrait le remplacer Une pierre est cette pierre Un événement est cet événement Le réel ne renvoie pas nécessairement à autre chose que lui-même.
Il développe ainsi une philosophie de l'acceptation joyeuse : non pas accepter par résignation mais consentir à l'existence sans lui demander de posséder un sens supplémentaire Le tragique et la joie peuvent alors cohabiter
Son humour et son goût du paradoxe deviennent des instruments philosophiques Il se méfie des grandes constructions qui transforment le hasard en nécessité la souffrance en destin l'existence en récit cohérent
Le réel n'a pas de double
Il n'y a pas derrière le monde un autre monde qui viendrait enfin expliquer celui-ci
Il y a cette lumière
cette pierre
ce visage
cet instant
Et peut-être la sagesse commence-t-elle lorsque nous cessons de demander au réel d'être autre chose que ce qu'il est