La Pensée du dehors de Michel Foucault
est l'un des textes les plus singuliers de Michel Foucault Plus qu'un essai de philosophie c'est une méditation sur le langage l'écriture et ce qu'il appelle le dehors
Foucault y dialogue implicitement avec des écrivains comme Maurice Blanchot dont l'œuvre constitue l'arrière-plan de cette réflexion
le dehors n'est pas un lieu géographique ni un monde caché il désigne un espace où la pensée cesse de se rapporter à un sujet souverain
dans cet espace le langage ne sert plus à exprimer une conscience individuelle il devient une puissance autonome qui ouvre sur l'impersonnel l'inconnu et l'infini
la pensée du dehors
selon Foucault la philosophie occidentale a longtemps été organisée
autour du sujet
le je pense
la conscience l'identité
avec certains écrivains modernes
cette centralité
vacille
l'écriture ne dit plus
je parle
mais plutôt
ça parle
la parole n'appartient plus à un auteur qui la maîtrise
elle devient un mouvement qui traverse celui qui écrit
le dehors est précisément cette région
où la pensée rencontre ce qui lui échappe
ce n'est pas le contraire de l'intériorité
mais l'expérience d'une altérité irréductible
Le rôle de la littérature
pour Foucault
certains écrivains ont ouvert cette expérience
Maurice Blanchot
Stéphane Mallarmé
Franz Kafka
Antonin Artaud
chez eux la littérature
n'est plus représentation du monde
elle devient un lieu
où le langage explore ses propres limites
l'écrivain disparaît
peu à peu derrière ce qui s'écrit
une pensée de la disparition
Foucault annonce ici
plusieurs thèmes qu'il développera plus tard
le sujet n'est plus l'origine du sens
la parole précède celui qui parle
l'identité devient un passage plutôt qu'une substance
cette intuition conduira à la célèbre formule de Les Mots et les choses
selon laquelle l'homme comme figure centrale
de la connaissance est une invention
historique destinée
à disparaître
pourquoi ce texte est important
La Pensée du dehors marque un déplacement majeur
de la philosophie contemporaine
il ne s'agit plus de demander
qui pense
mais
que se passe-t-il lorsque la pensée rencontre
ce qui lui est extérieur
le dehors devient alors le lieu de l'inconnu
de l'altérité, de la création
et de la liberté
pour Michel Foucault la pensée du dehors est l'expérience d'un langage qui cesse d'appartenir au sujet et ouvre un espace où la pensée se découvre traversée par une altérité plus vaste qu'elle-même
ce texte, d'une grande densité poétique constitue un point de rencontre
entre philosophie et littérature.
il montre que l'écriture n'est pas seulement un moyen d'exprimer une pensée mais le lieu où la pensée se transforme au contact de ce qui lui échappe
c'est cette proximité avec l'œuvre de Blanchot qui donne au livre son caractère à la fois conceptuel et profondément méditatif
la pensée du dehors commence lorsque le je
cesse
d'être
l'origine
le langage n'attend plus un maître
il passe
comme le vent
dans une porte
ouverte
écrire
ce n'est plus
se dire
c'est laisser le dehors penser à travers nous
***
voici une variation dans une tonalité proche d'André du Bouchet
et de la phénoménologie du dehors
la pensée du dehors ne pense pas contre le monde
elle pense
depuis l'ouvert
l'air
vient avant
l'idée
le vent
avant le concept
la pierre
corrige
la parole
chaque pas
déplace
la pensée
hors d'elle-même
le dehors
n'est pas
ce qui est loin
il est
ce qui défait
nos limites
penser
devient alors
une manière
de s'exposer
à plus vaste
que soi
jusqu'à ce que
le langage
cesse de parler
de ce qui est
pour parler
à partir
de lui