toute écriture est aphoristique
mais parce qu’elle tranche
elle isole un fragment du flux
et le rend visible
écrire c’est couper
prélever dans le continu
une forme qui tient
même le discours le plus long
n’est qu’une suite de seuils
des points d’arrêt
où la pensée se fixe un instant
avant de repartir
l’aphorisme n’est pas une forme parmi d’autres
il est la condition secrète de toute phrase
car dès qu’un mot se pose
il affirme
il ferme quelque chose
pour en ouvrir autre chose
ainsi toute écriture
est une décision
un geste qui choisit
ce qui sera dit
et ce qui restera en retrait
l’aphorisme est simplement
ce moment rendu visible
la phrase consciente d’elle même
comme éclat
comme limite
comme tension
écrire alors
ce n’est pas accumuler
mais disposer des éclats
dans un champ de silence
où chaque fragment
porte assez de force
pour exister seul
et pourtant appelle
les autres
comme si toute écriture
était une constellation
faite de phrases isolées
qui ne cessent
de se répondre
sans jamais
se fondre
tout à fait
l’aphorisme sera une pensée ramassée
il dira en peu ce que le long détour effleure à peine
et dans sa brièveté tranchante il dira
que la vérité aime parfois la forme la plus courte