la généalogie commence
les noms se succèdent
les générations se relient
les filiations apparaissent
les dates s’inscrivent
les traces demeurent
la mémoire conserve
le temps rassemble les lignées
la généalogie se poursuit
l’origine demeure
la critique de la généalogie
peut s'entendre de deux manières comme une critique de la méthode généalogique elle-même ou comme une réflexion sur ses limites
La généalogie est devenue depuis Friedrich Nietzsche puis Michel Foucault une manière de penser qui cherche moins l'origine pure des choses que les conditions historiques de leur apparition
la généalogie selon Nietzsche
dans La Généalogie de la morale 1887 Nietzsche refuse l'idée que les valeurs morales aient une origine éternelle ou divine Il montre que les notions de bien de mal de faute ou de culpabilité sont nées de rapports de force de conflits de ressentiments et de transformations historiques
la généalogie répond à une question simple
non pas
est-ce vrai
mais
d'où cela vient-il
qui y gagne
quelles forces parlent à travers cette idée
ainsi la morale n'est plus une vérité intemporelle
elle devient un événement historique
la reprise par Foucault
Foucault étend cette méthode
à des domaines comme la folie la prison la sexualité
ou la médecine
il ne cherche pas une origine unique mais les multiples accidents ruptures et jeux de pouvoir qui ont produit ce que nous tenons aujourd'hui pour naturel
pour lui
la généalogie révèle que
les institutions sont contingentes
les savoirs sont liés à des rapports de pouvoir
notre identité est une construction historique
les critiques adressées à la généalogie
plusieurs philosophes
ont cependant souligné certaines limites
le risque du réductionnisme
expliquer une idée par son origine sociale ou psychologique ne suffit pas nécessairement à réfuter sa valeur actuelle Une croyance peut avoir une origine contestable tout en étant vraie
la disparition de la vérité
certains reprochent à la généalogie de remplacer la recherche du vrai par celle des rapports de force comme si toute vérité n'était qu'un effet du pouvoir
l'absence de fondement normatif
si toute morale est historiquement construite sur quelle base peut-on encore condamner l'injustice ou défendre la liberté
le soupçon généralisé
la méthode généalogique tend parfois à considérer toute institution, toute valeur ou toute croyance comme un masque dissimulant des intérêts cachés Ce soupçon permanent peut conduire à une forme de relativisme
une critique de la critique
on peut également retourner la méthode contre elle-même
la généalogie affirme que toute pensée est située historiquement Mais cette affirmation elle-même est-elle indépendante de son époque
si toute vérité est le produit d'un contexte historique la généalogie ne devrait-elle pas être analysée elle aussi comme un produit de son temps
c'est là une objection classique
la méthode semble s'appliquer à tout… sauf à elle-même
une portée philosophique durable
malgré ces critiques la généalogie demeure l'un des grands instruments de la philosophie contemporaine elle nous invite à ne jamais confondre l'ancien avec l'éternel ni l'habitude avec la nécessité elle nous apprend que les évidences ont une histoire que les valeurs ont une naissance et que ce qui a été institué peut être transformé
dans cet esprit la généalogie est moins une destruction qu'un exercice de liberté elle ouvre la possibilité de penser autrement en montrant que ce qui paraît immuable est souvent le résultat d'une longue succession de choix de conflits et de métamorphoses
la généalogie sera
une rivière qui remonte vers sa source
elle ne cherchera pas seulement les ancêtres
mais les commencements invisibles
et dans ses ramifications patientes elle dira
que nous sommes les héritiers
de ce qui continue de nous traverser