voyez partout l’inclinaison
la pente dans la pierre
la lumière sur le mur
l’herbe sous le vent
rien ne demeure droit
même l’eau penche vers quelque part
le monde ne tombe pas
il s’incline
dans cette légère déviation commence le mouvement
le grésillement large
du bruit de mer se fragmente en fluctuations
la rumeur se défait
sans disparaître
chaque vague porte son éclat de bruit
puis le retire
l’ensemble devient presque silence
mais le silence tremble encore
comme si la mer
continuait de se fragmenter
dans l’air
écoute ce qui naît au milieu de l'haleine
au milieu de l'haleine installée dans le blanc
concevez sans concept
comment peut commencer le temps
avant le premier instant
rien ne précède
pas même l’attente
puis quelque chose advient
qui n’était pas encore
une différence minuscule entre ce qui n’est plus
et ce qui n’est pas encore
le temps commence peut-être là
non dans un premier moment
mais dans l’écart
qui rend possible
un avant et un après
la fluctuation passe par la maille des bifurcations
elle hésite entre plusieurs issues
frôle une direction,
en abandonne une autre
rien ne se décide
le chemin se divise à mesure qu’il avance
une branche devient deux
puis deux deviennent presque rien
la fluctuation continue pourtant
invisible dans le réseau
comme une eau très fine qui trouverait passage
entre toutes les formes sans
appartenir à
aucune