la stratégie de la tension
désigne un procédé politique par lequel des violences des attentats ou des actes de déstabilisation sont utilisés ou exploités pour entretenir un climat de peur accentuer les divisions de la société et favoriser une évolution politique déterminée
l'expression est particulièrement associée à l'Italie des années 1960-1980 durant les années de plomb elle désigne alors un contexte dans lequel des attentats et des violences politiques contribuent à faire croire que le pays est menacé par le chaos ce qui peut légitimer des mesures autoritaires ou affaiblir les institutions démocratiques
il faut toutefois distinguer trois choses
la stratégie intentionnelle qui suppose un projet démontrable l'effet politique qui peut se produire sans plan centralisé et l'exploitation d'une crise lorsqu'un acteur tire avantage d'un événement qu'il n'a pas nécessairement provoqué
le mécanisme politique général
la peur peut-elle modifier le régime
le concept peut être appliqué comme grille d'analyse à d'autres contextes à condition de ne pas assimiler trop vite des situations différentes
imaginons une société confrontée à plusieurs actes violents un responsable politique affirme que les institutions ordinaires sont incapables de protéger la population présente certains opposants comme complices de la menace et réclame des pouvoirs d'exception
trois scénarios sont possibles
il répond à une menace réelle par des mesures
qu'il juge nécessaires
il exploite politiquement une menace
qu'il n'a pas créée
il contribue délibérément à créer ou à amplifier cette menace
pour justifier une transformation autoritaire
les trois scénarios peuvent produire
des discours semblables.
ce sont les preuves de l'organisation de l'intention et des actes
qui permettent de les distinguer
la stratégie de la tension est donc une hypothèse historique
et politique à démontrer et non une explication
universelle de toutes les crises
la dimension philosophique gouverner par l'insécurité
le concept conduit à une question plus générale
que devient la liberté lorsque la peur
transforme la sécurité en valeur
politique absolue
la peur peut modifier les critères du jugement une population inquiète peut accepter des restrictions qu'elle aurait auparavant refusées la surveillance peut être présentée comme une protection la répression comme une nécessité la contestation comme une menace supplémentaire
le paradoxe est le suivant
la peur de perdre la liberté peut conduire à accepter
les conditions de sa réduction
cela ne signifie pas que toute politique de sécurité soit autoritaire la sécurité est une fonction légitime des institutions le problème apparaît lorsque l'urgence devient permanente que les mesures exceptionnelles échappent au contrôle et que la menace sert à délégitimer toute opposition
une dernière distinction
la stratégie de la tension n'est pas simplement le fait de créer des tensions dans la société elle désigne dans son sens historique le plus précis une politique de déstabilisation par la violence et la peur associée notamment à l'Italie des années de plomb
sa leçon générale tient dans cette question
qui bénéficie de la peur
c'est une question utile pour commencer une enquête.
ce n'est jamais à elle seule
une preuve de
culpabilité





