pavot et mémoire
une alliance étrange entre la fleur du sommeil
et la persistance du souvenir
le pavot endort
ce que la mémoire réveille
dans sa corolle fragile le passé semble dormir
sans jamais tout à fait disparaître
le sable des urnes
une mémoire réduite à l’infime
la cendre devenue sable
le disparu devenu matière presque sans poids
l’urne ne contient plus seulement
des restes
elle contient
la trace d’une présence
le sable
en s’écoulant
fait du temps lui-même
une poussière
rends-moi amer
compte-moi parmi les amandes
parole
de dénuement
et de métamorphose
rends-moi amer
comme
si
l’expérience
devait perdre toute douceur
compte-moi
parmi les amandes
comme
si
l’être pouvait malgré tout être recueilli
compté conservé parmi
les formes
vivantes
l’amer et l’amande
le goût
de l’épreuve
et dans le même mot
presque
la promesse d’un
noyau
la lumière
vient de face
derrière ce qui regarde
transforme les formes en silhouettes
conte-jour
c’est voir par l’effacement
la lumière ne révèle plus les contours elle les retire
laissant apparaître une présence
sous forme d’absence
Halme der Nacht
les brins d’herbe de la nuit ou les chaumes
de la nuit
la nuit devient une matière végétale fine et dressée
que le regard traverse à tâtons
les épis de la nuit dressés
dans le noir
chaque épis
comme
une trace de lumière
absente
une parole qui ne cherche plus à mesurer le temps
mais à le laisser advenir
le temps enfin délivré de l’attente
le présent devenant
présence
il est temps qu'il soit le temps
il est temps