d’un geai bleu-vert
une façon de traverser l’espace sans le peser
d’apporter avec elle
faite d’élan soudain de silence
dans ses gestes rapides persistait cette grâce inquiète
des êtres qui semblent toujours
sur le point de s’envoler
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
l’errance a lieu
le trajet n’est pas fixé
le pas continue
la direction varie
le lieu change
le corps avance sans terme précis
le regard cherche
le temps s’étire
le mouvement persiste
l'errance demeure
l’errance commence avant le départ
elle commence dans le pied avant le pied
dans l’idée du chemin avant le chemin
on croit marcher dans le monde
mais c’est le monde qui marche dans la tête
qui déplace les arbres
qui déplace les maisons
qui déplace les distances à l’intérieur des distances
l’errance n’a pas de centre
si elle avait un centre
elle tournerait autour
elle ferait cercle
elle ferait retour
mais elle fuit le retour
elle avance de côté
elle avance en se perdant
je marche
je dis je marche
sinon le corps tombe dans l’arrêt
le chemin devient relatif au pas
le pas devient relatif à la fatigue
la fatigue devient relative au ciel
au vent
à la pente
à la mémoire du lit quitté le matin
alors l’errance grossit
elle prend les routes
elle prend les parkings
les fossés
les cafés
les stations-service
les sentiers de montagne
les voix entendues sans visage
tout entre dans l’errance
même l’immobile entre dans l’errance
même la pierre immobile erre dans le temps
elle se déplace lentement dans la lenteur
elle voyage dans l’usure de sa forme
l’errance mélange tout
elle fait une pâte de directions
nord dans sud
sud dans est
est dans la nuit
nuit dans la tête
je ne cherche plus l’arrivée
l’arrivée arrêterait l’errance
or l’errance veut continuer sa propre continuation
elle veut durer dans le déplacement
elle veut étendre le dehors jusque dans les pensées
alors je marche encore
je marche dans la marche
je traverse des kilomètres de répétition
le ciel change peu
la lumière change peu
mais quelque chose glisse quand même
quelque chose dérive à l’intérieur du même
peu à peu
le monde entier devient
un grand détour sans origine
rien qui ne puisse voler en éclats
l’ombre
j’observe l’histoire
des trésors que vous trouvâtes
non les objets
mais leur lumière
ce qui traversa vos regards
au moment de la découverte
chaque trésor
dit moins la richesse
que le désir
moins la possession
que l’instant
où quelque chose
s’est mis à rayonner
j’observe
les cartes
les détours
les attentes
les mains couvertes de terre
les coffres ouverts dans la pénombre
les fragments sauvés de l’oubli
mais plus encore
j’observe ce qui vous poussait
cette faim étrange
de trouver
comme si chaque trésor
promettait davantage
que lui même
une confirmation secrète
que le monde cache encore
des profondeurs
et qu’il suffit parfois
d’un éclat sous la poussière
pour que l’existence entière
redevienne
mystérieuse
et qu’on ne dise pas
que je n’ai rien dit de nouveau
les mots existaient déjà
les formes aussi
la poussière
la lumière
le silence
rien n’a été inventé
et pourtant
quelque chose change
dans la disposition
la nouveauté n’est peut être pas dans les matières
mais dans leur voisinage
dans la manière
dont une phrase incline l’autre
dont une image déplace une pensée
les mêmes pierres selon leur agencement
deviennent chemin
mur ou temple
ainsi les mots
déjà prononcés mille fois
peuvent encore produire
une secousse inconnue
si leur ordre
ouvre un espace nouveau
écrire alors
ce n’est pas créer à partir du néant
c’est recomposer
faire apparaître dans ce qui était dispersé
une cohérence
inattendue
comme si le sens attendait depuis toujours
non d’être inventé
mais d’être
disposé autrement