il se forme se déplace se défait il n'a pas de contour définitif il est visible mais insaisissable il offre au regard une présence qui contient déjà sa propre disparition
le nuage enseigne une certaine manière de regarder ne pas s'emparer de ce qui apparaît ne pas chercher à le fixer dans une définition mais demeurer attentif à son passage
le nuage est une figure privilégiée de la condition humaine
nous sommes nous aussi des formes passagères nous apparaissons dans le monde nous y demeurons un temps puis nous disparaissons
cette fragilité n'est pas nécessairement une raison de désespérer elle peut au contraire intensifier notre attention
la beauté ne réside pas dans la permanence des choses mais parfois dans leur instabilité même
Jaccottet semble chercher une vérité qui ne soit pas une possession une vérité entrevue fragile toujours menacée de s'évanouir
la présence d'Alexandre Hollan est particulièrement intéressante ses dessins ne cherchent pas à illustrer simplement les nuages ils prolongent une interrogation sur la manière dont une forme existe et se transforme
Chez Hollan comme chez Jaccottet, regarder demande du temps il faut laisser la chose apparaître accepter qu'elle ne se livre jamais complètement
le dessin et le poème deviennent ainsi deux exercices de disponibilité
on pourrait rapprocher cette œuvre de trois pensées
Héraclite
le taoïsme
le bouddhisme
il ne s'agit pas d'affirmer que Jaccottet adopte ces doctrines ces rapprochements permettent plutôt d'éclairer une même intuition la sagesse commence peut-être lorsque nous cessons de vouloir retenir ce qui passe
dans Nuages le ciel devient une sorte de page mouvante
rien n'y est écrit une fois pour toutes
les formes apparaissent
s'effacent
se recomposent
le poète ne veut pas expliquer le ciel
il cherche à être suffisamment présent
pour que quelque chose du ciel le traverse
c'est une poésie de l'effacement
mais non du vide désespéré
un vide disponible
ouvert
traversé de lumière










