le vent traverse les ruelles de Tautavel
comme s’il cherchait encore la voix des premiers hommes
entre les pierres blanches et la lumière sèche
le temps paraît moins passé
qu’immobile
À Tautavel
les collines ressemblent à des pensées très anciennes
restées dehors
le silence du village n’est jamais vide
il contient des milliers
d’années
de souffle humain
et soudain
la préhistoire devient
les falaises
avant
le soleil sur les vignes a la lenteur des civilisations enfouies
dans le lit
presque sec du Verdouble
le ciel et les pierres parlent la même langue minérale
Tautavel
donne parfois l’impression que l’humanité entière
a commencé par un éclat de lumière
sur un rocher
le village au crépuscule
quelques voix
un chien lointain
et derrière cela
l’immense patience du temps
les murs chauffés par l’été gardent une mémoire plus ancienne
que nos histoires
devant la grotte d’Caune de l'Arago
on comprend soudain
que le passé n’est pas mort
il regarde encore
à Tautavel
la pierre n’est pas un décor c’est une archive
du vivant
et l’on croit
le froissement
des âges superposés
même