la dette du crédit
devient
le credit de la dette
cette formule célèbre formulée sous forme de chiasme
saisit le cœur de la mécanique financière moderne
et du fonctionnement des marchés
de la dette
décodage
la dette du crédit
le fonctionnement classique
le crédit de la dette
la financiarisation moderne
les implications
économiques et philosophiques
à l'origine
la relation est simple et linéaire
un créancier accorde
un prêt du crédit à un emprunteur
l'emprunteur contracte
une obligation d'exfoliation financière
la dette
le crédit
précède et engendre
la dette
la valeur repose sur la confiance credere croire dans la capacité
de l'emprunteur à rembourser sa créance
au fil du temps
dans l'économie contemporaine la logique s'inverse par
la titrisation et la circulation des créances
la dette devient un actif
la dette accumulée par un État un ménage ou une entreprise n'est plus un simple passif en attente de remboursement mais un titre financier achetable et vendable sur les marchés obligations Bons du Trésor CDO
créer du crédit à partir de la dette
ces titres de dette sont utilisés comme collatéral garanties par les banques pour obtenir de nouveaux liquidités et réémettre de nouveaux crédits
la dette fonde la confiance le crédit au sens de réputation ou de solvabilité d'un acteur financier ou d'un État ne repose plus sur ses réserves réelles mais sur sa capacité à émettre de la dette que le marché accepte d'acheter sans discontinuer
le système de la dette infinie
Si le crédit nourrit la dette et que la dette sert de gage pour créer du crédit le système repose sur un mouvement perpétuel Pour ne pas s'effondrer la dette ne doit jamais s'éteindre elle doit être continuellement
re-financée
roulée
une inversion ontologique
la créance qui était le symptôme d'un manque ou d'un devoir
à rembourser devient la ressource première
du système monétaire.
la monnaie moderne est majoritairement une monnaie
de dette créant de la valeur par
son propre mouvement
***
Friedrich Nietzsche
La généalogie de la morale et le crédit
dans le deuxième essai de la Généalogie de la morale 1887
Nietzsche pose les bases de cette critique
dette et culpabilité
Schuld
il soulève l'équivalence linguistique et conceptuelle en allemand
entre la faute morale et la dette financière
le corps comme gage
le droit le plus ancien repose sur la promesse de remboursement scellée par la mémoire de la souffrance physique le gage corporel du débiteur en cas de défaut
la conscience morale et la justice naissent directement
de la relation contractuelle entre
créancier et débiteur
Karl Marx
la dette publique
comme levier d'accumulation primitive
dans Le Capital Livre I section VIII Marx consacre une analyse
au rôle historique du crédit financier
l'aliénation de l'État
la dette publique transforme l'État en débiteur
des financiers privés
l'impôt comme transfert
pour payer les intérêts de la dette l'État lève
des impôts sur le travail
opérant un transfert net de richesse de la population
vers la classe des capitalistes financiers
Gilles Deleuze et Félix Guattari
Le découpage des flux
dans L'Anti-Œdipe 1972 Deleuze et Guattari reprennent l'analyse nietzschéenne pour montrer comment les sociétés primitives contrent la formation de dettes infinies alors que le capitalisme axiomatise la dette pour en faire une machine d'assujettissement permanente et illimitée
dans
La Fabrique de l'homme endetté 2011 le sociologue et philosophe Maurizio Lazzarato s'appuie sur Nietzsche Marx et Foucault pour analyser le capitalisme néolibéral
le rapport créancier/débiteur
ce rapport est devenu le rapport social subjectif moteur de la société contemporaine supplantant le rapport capital/travail
le contrôle des conduites
la dette fonctionne comme une technique d'évaluation de culpabilisation et de neutralisation politique l'individu endetté étudiant ménage État est contraint de façonner son comportement futur pour honorer ses créances, réduisant sa liberté d'action