l’énaction
connaître
c’est agir dans le monde
l’énaction est une approche de la cognition selon laquelle nous ne percevons pas simplement un monde déjà constitué nous faisons émerger un monde de significations à travers nos interactions avec lui
le terme vient de l’anglais enaction associé notamment au biologiste et neuroscientifique Francisco Varela au philosophe Evan Thompson et au psychologue Eleanor Rosch dans leur ouvrage The Embodied Mind 1991
l’idée centrale est simple mais profonde la connaissance ne se réduit pas à la représentation mentale d’un monde extérieur elle se construit dans l’activité d’un être vivant incarné
percevoir c’est agir
imagine que tu marches en montagne
tu ne reçois pas passivement une image du paysage tu ajustes ton regard choisis tes appuis anticipes les obstacles éprouves la pente et modifies ton allure le sentier apparaît comme praticable dangereux accessible ou impraticable selon ton corps tes capacités et tes intentions
le paysage perçu
est inséparable de tes possibilités d’action
pour un marcheur
une pente est un passage possible.
pour un grimpeur
elle devient un itinéraire à déchiffrer
pour une personne qui ne peut pas marcher
elle peut constituer un obstacle
la montagne physique ne change pas nécessairement mais
le monde vécu et ses significations diffèrent
percevoir ce n’est pas seulement recevoir des informations
c’est découvrir des possibilités d’action
le corps n’est pas
un simple instrument du cerveau
l’approche énactive refuse de considérer la cognition comme une activité exclusivement cérébrale enfermée dans la tête
le cerveau joue un rôle essentiel mais la cognition implique aussi le corps les mouvements les sensations et l’environnement
le corps
Sens-le ajuster ses gestes son équilibre
sa respiration et son effort
la connaissance s'enracine dans ces capacités
sensori-motrices
l’environnement
explore les contraintes et les possibilités
du terrain.
le monde guide tes gestes autant que tes gestes
déterminent ce que tu peux y découvrir
l’interaction
observe comment tes actions modifient ta perception
puis comment cette perception oriente
tes actions suivantes
la cognition
se déploie dans cette boucle
l’énaction et la conscience
l’approche énactive cherche également à comprendre comment le monde acquiert une signification pour un être vivant
une pierre n’est pas seulement une forme géométrique selon la situation elle peut devenir un obstacle un appui un abri ou un objet d’observation
cette signification n’est ni une propriété isolée de la pierre ni une invention arbitraire de l’esprit elle émerge de la relation entre l’organisme et son milieu
Varela insiste notamment sur l’autonomie des êtres vivants un organisme maintient son organisation propre et distingue dans son environnement ce qui compte pour sa manière de vivre
l’énaction permet ainsi de penser la cognition comme une activité incarnée située et porteuse de sens
il faut toutefois distinguer cette proposition de l’affirmation selon laquelle la science aurait définitivement résolu le problème de la conscience la manière dont l’expérience subjective émerge demeure débattue
une conséquence philosophique majeure
l’énaction déplace la question
au lieu de demander seulement
comment le cerveau représente-t-il le monde
elle invite à demander
comment un être vivant fait-il
apparaître un monde significatif à travers son activité
cette perspective modifie notre compréhension de la connaissance connaître ne signifie pas nécessairement se tenir à distance d’un objet pour en produire une image fidèle cela peut signifier apprendre à agir à sentir à discerner et à répondre à une situation
elle ne dit pas que le monde extérieur n’existe pas indépendamment de nous elle souligne plutôt que le monde tel que nous le vivons se constitue dans une relation active entre notre organisme et ce qui l’entoure
n’attends pas d’abord de connaître le monde
pour agir en lui
agis
perçois
ajuste-toi et découvre comment
le monde prend sens dans cette rencontre
l’énaction pense ainsi la connaissance non comme
un miroir immobile du réel mais comme
une pratique incarnée
de l’existence