renverse l’image ordinaire
la formule fait du ciel une maison nomade
elle n’est plus seulement le ciel qui enveloppe le monde
le ciel
la nuit dans le corps
Nout partout
comme si le monde portait
sa propre voûte céleste
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
proème
terme forgé à partir de prose et poème
qui suggère une forme située
entre les deux
le proème
ni prose
ni poème
mais le mouvement
de l’un vers l’autre
Charles Olson les Poèmes de Maximus
elle n'a pas de moteur
elle ne pousse pas le monde devant elle
elle attend le vent
écrire est-il d'abord cela
savoir attendre ce qui ne dépend pas de nous
le char est posé sur le sable
immobile
puis une rafale arrive
la voile se tend
quelque chose prend
le mouvement commence
le poème aussi
un mot rencontre un autre mot
une image dévie
une phrase s'allonge
le sens quitte sa trajectoire
il faut alors laisser faire le vent
ne pas vouloir tout diriger
ne pas tirer trop fort sur la barre
le poème avance dans une tension entre maîtrise et abandon.
le pilote conduit
mais ce n'est pas lui qui produit le vent
il ne commande pas la force qui le porte
il apprend à composer avec elle
la poésie ressemble à cette intelligence-là
elle ne fabrique pas toujours son énergie
elle la capte
une voix entendue dans la rue
une phrase ancienne
une lumière
une fatigue
une colère
une montagne
un souvenir
un silence
tout peut devenir vent
le poète n'est pas celui qui possède le vent
il est celui qui sait reconnaître sa direction
et parfois le vent tombe
la voile se détend
le char s'immobilise
il n'y a plus rien à faire
il faut attendre
c'est aussi cela l'écriture
savoir que le silence fait partie du mouvement
puis une rafale revient
la voile se gonfle
le sable recommence à défiler
le poème repart
pas nécessairement vers une destination.
le char à voile ne traverse pas le paysage pour parvenir à un lieu
il éprouve une direction
il avance dans l'espace ouvert
la poésie aussi avance sans carte définitive
elle suit des lignes invisibles
elle ricoche
elle bifurque
elle accélère
elle ralentit
elle s'arrête
elle repart.
le paradoxe est là
plus le poète cherche à contrôler le vent
moins il avance plus il sait l'écouter plus il peut aller loin
la poésie n'est donc pas une force qui s'impose au monde
elle est une force qui sait recevoir
elle transforme une poussée invisible en mouvement
elle transforme l'air en trajectoire
le silence en vitesse
le hasard en direction
l'expérience en langage
comme
un char à voile
après le passage du vent
le sable porte encore la trace du mouvement
la voile retombe
quelque chose continue d'avancer
sans phosphore
il n'y a pas
de pensée
la lumière
a besoin
de matière
le cerveau pense dans le secret des échanges
une étincelle
passe
d'une cellule
à l'autre
comme le vent
entre les herbes
penser n'est peut-être qu'une forme
plus lente
du feu
le phosphore demeure dans la chair
comme une braise
ancienne
chaque idée
qui s'allume
porte encore
la mémoire
d'un élément
qui brûle
sans flamme
sans phosphore il n'y a pas de pensée
ou peut-être
est-ce la pensée
qui l'invente
pour expliquer
sa propre lumière
un peu de matière
un peu de nuit
et quelque chose
qui insiste
entre les deux
le phosphore demeure au bord du mot
ni substance
ni symbole
mais cette lueur
que la main
ne peut saisir
penser
serait-ce
une manière
de brûler
sans feu
ou de laisser
le feu
nous penser
dans l'obscurité
sans phosphore peut-être rien ne pense
mais qui sait
ce qui
dans la pensée
brille encore
une pensée
qui ne cherche pas l’unité pure
un simple passager de l’éternel
retour
du salut
mais oui
du salut comme santé
du retour comme guérison
de la vie qui revient
et qui dit
encore
oui
l'amande ou l'épreuve
de la prophétie au bord de l'eau