que devient l’écriture quand elle quitte le papier
elle perd peut être son repos
sur la page
les mots demeuraient
immobiles
retenus dans une géographie stable
le blanc encadrait
le silence protégeait
mais hors du papier
l’écriture entre dans le flux
elle devient lumière
signal
défilement
elle n’attend plus
elle circule
et avec ce mouvement
quelque chose change dans notre manière de lire
nous ne traversons plus le texte
nous sommes traversés par lui
l’écran ne donne pas seulement une autre surface
il modifie le temps de l’écriture
tout devient immédiat
réversible
mobile
le texte peut disparaître
se corriger
se multiplier sans fin
il cesse d’être trace durable
pour devenir événement continu
et pourtant
quelque chose demeure
la même tentative fragile
de fixer une intensité
dans la matière disponible
hier l’encre
aujourd’hui la lumière
mais peut être que l’essentiel de l’écriture
n’a jamais été le support
seulement ce moment étrange
où une pensée devient visible à elle même
quand l’écriture quitte le papier
elle perd une gravité
mais gagne une fluidité spectrale
elle devient presque voix
presque souffle
presque présence
moins objet
plus circulation
peut être approchons nous d’un point
où écrire ne sera plus déposer des signes
mais moduler directement des flux de conscience
comme si le livre lentement
se dissolvait
dans une immense mémoire mouvante
sans pages
sans bords
mais encore habitée
par le même désir ancien
laisser une trace
dans ce qui passe