les notes alternent
observation lecture entretien théorie et art poétique
sans chercher à les relier artificiellement
chaque fragment doit pouvoir
tenir seul
7 octobre
écrire ce qui résiste encore à la phrase
une pensée juste n’a pas besoin d’être longue
le détail n’est jamais petit lorsqu’il est exactement regardé
je note avant de comprendre
ce qui revient n’est pas nécessairement ce qui compte
l’exactitude est une forme de patience
dans l’entretien
une phrase interrompue
disait davantage que la réponse
ne pas expliquer l’image lui laisser
son travail
j’écris pour déplacer légèrement
le connu
le fragment ne manque pas de totalité
il la refuse
une citation
entre dans le carnet et change de propriétaire
lire
reconnaître une voix
étrangère dans sa propre pensée
je me méfie
des phrases qui concluent trop bien
l’écriture commence là où
l’évidence cesse
raturer n’est pas corriger c’est mesurer
ce qui résiste
un mot juste
peut faire basculer tout le paragraphe
retour théorique
la forme n’illustre pas la pensée.
elle la produit
je préfère
la précision à la beauté
lorsqu’elles doivent se séparer
ne pas chercher le style chercher
la nécessité
le silence entre deux fragments appartient
encore au texte
écrire peu pour laisser
davantage de monde apparaître
art poétique
regarder longtemps
noter vite
supprimer
sans
regret
dernière note
ne pas confondre
le carnet avec la mémoire
le carnet est
ce qui a résisté à l’oubli
ajoute des observations concrètes
relie les fragments
en séquences
***
Je vais faire entrer davantage de matière vécue lumière objets gestes paysages rencontres bruits pour que la réflexion naisse de l’observation plutôt que de la précéder
à 7 h 12
la lumière entre par le bord du volet
elle ne remplit pas la pièce
elle en déplace les contours
sur la table
une tasse refroidit
je remarque la trace circulaire laissée par son fond
dans la rue
un homme attend devant une porte fermée
il regarde sa montre puis la porte
rien d’autre
le vent soulève une feuille contre le mur
elle retombe toujours au même endroit
dans le train les poteaux électriques apparaissent
disparaissent reviennent à intervalles
presque réguliers
une vitre porte une empreinte de doigt
je la vois seulement parce que le soleil arrive de biais
au café
une femme parle au téléphone sans hausser la voix
je n’entends pas ses mots seulement
les pauses
un chien traverse la place
son maître reste immobile quelques secondes
avant de le suivre
sur le rebord de la fenêtre
trois gouttes tiennent ensemble
la quatrième descend seule
une citation dans un livre
je la souligne puis je referme le livre
le lendemain je ne sais plus pourquoi elle m’avait arrêté
le matin
le brouillard efface les maisons du versant
les arbres restent visibles
un bruit de vaisselle monte de l’appartement voisin
il cesse brusquement
le silence paraît alors plus sonore
à midi
l’ombre du balcon coupe le mur en deux parties
exactement égales
je préfère cette ombre
à l’idée que je pourrais en donner
.
dans une conversation quelqu’un cherche un mot
Ii s’arrête
je garde son silence
plutôt que le mot retrouvé
le soir
une fenêtre s’allume dans la maison d’en face
puis une seconde
puis une troisième
je ne sais rien
de ceux qui vivent derrière ces lumières
écrire
rester assez près des choses
pour les voir
assez loin pour ne pas les posséder