une vie pauvre
mais pleine de petites choses
Chen Fou ne raconte pas les grands événements
il recueille les instants
une chambre
un jardin
une tasse de thé
un arrangement de fleurs
une promenade
une conversation
un voyage
au centre il y a Yun
sa femme
compagne
de pauvreté
de goût
de poésie
une alliance faite de presque rien
suffisante pour donner forme au monde
vivre
c’est aménager le peu
transformer l’exigu en espace
la pauvreté en simplicité
le quotidien en beauté
puis viennent les chagrins
la maladie
les difficultés
la mort de Yun
ce qui semblait durer devient souvenir
alors voyager
regarder
se souvenir
écrire
deviennent
une même manière de retenir sans retenir
la vie est flottante
comme une barque sur l’eau elle ne possède aucun rivage
elle passe
dans cette fuite
chaque détail peut devenir demeure
une fleur
une pierre
un repas partagé
une lumière sur une fenêtre
un paysage aperçu en chemin
le lettré pauvre ne possède presque rien
mais il possède l'attention
peut-être est-ce là toute
sa richesse
faire de la vie
non pas une conquête
mais une suite de petites présences
savoir que tout passe
et regarder
comme si regarder
était déjà demeurer
ce qui est particulièrement beau chez Chen Fou c’est que la pauvreté n’est jamais seulement économique elle devient une esthétique de la mesure Le livre transforme l’existence ordinaire en art de vivre avec Yun comme figure centrale de cette complicité fondée sur la simplicité la poésie et l’attention aux choses Les quatre parties conservées sont consacrées au bonheur conjugal aux petits plaisirs de l’existence aux chagrins et aux joies du voyage
on pourrait presque le rapprocher
de ce que je cherche chez
Jullien et la fadeur
ne pas intensifier la vie pour la rendre précieuse
mais apprendre à percevoir l'intensité
déjà contenue dans
le presque rien