Ah ! que dans la maison des éclipses
celle qui domine en se retirant
fasse l'obscurité
la maison des éclipses représente le poème lui-même
ou le laboratoire de l'esprit
un espace clos où s'affrontent
le jour et la nuit
bientôt l'éclipse
la lumière ne disparaît pas
elle se retire
un instant
pour rendre
l'ombre
visible
le ciel
ferme
à demi
les yeux
et le jour
découvre
sa part
de nuit
ce qui s'efface n'est pas perdu
il passe
derrière
le visible
afin que le regard
apprenne
une autre
clarté
l'effacement prépare le renouveau
l'éclipse n'est jamais définitive
elle est la condition sine qua non pour que l'éclat du monde
une fois restitué
soit reçu avec une intensité neuve
le soleil peut être obscur
la lucidité absolue
flirte constamment avec la blessure et la nuit
la vérité poétique ne s'expose pas en pleine lumière
elle surgit d'un retrait
faire
l'obscurité
c'est permettre à l'éclair créateur d'advenir