rien ne s’oppose en principe à ce qu’un cours
soit un peu comme
un concert rock
il faut que Vincennes et ça a continué quand nous avons été violemment transférés à Saint-Denis réunissait des conditions exceptionnelles
en philosophie nous refusions le principe de progressivité des connaissances
un même cours s’adressait à des étudiants de première et de énième année des étudiants et des non-étudiants des philosophes et des non-philosophes des jeunes et des vieux et beaucoup de nationalités
il y avait toujours de jeunes peintres ou musiciens cinéastes architectes qui montraient une grande exigence de pensée
c’était de longues séances personne n’écoutait tout mais chacun prenait ce dont il avait besoin ou envie ce dont il avait quelque chose à faire même loin de sa discipline
il y a eu une période d’interventions directes souvent schizophréniques puis est venu l’âge des cassettes avec des gardiens de cassettes mais même là des interventions se faisaient d’une semaine à l’autre sous forme de petites notes parfois anonymes
les cours ont été toute une partie de ma vie je les ai faits avec passion
ce n’est pas du tout comme des conférences parce qu’ils impliquent une longue durée et un public relativement constant quelquefois sur plusieurs années
c’est comme un laboratoire de recherches
on fait cours sur ce qu’on cherche et pas sur ce qu’on sait
il faut préparer longtemps pour quelques minutes d’inspiration
Gilles Deleuze Pourparlers Minuit 1990