sur la route du Cormet d'Arêches
novembre
2025
Wasserfall
une image emblématique dans les illuminations
Aube
je ris au
wasserfall blond
qui s’échevela à travers les sapins
à la cime argentée je reconnus la déesse
Wasserfall cascade en allemand
l’expression
wasserfall blond évoque
une cascade dorée ruisselante de lumière
le verbe s’échevela se décoiffer
personnifie la cascade elle devient chevelure mouvement vie
l’ensemble crée
une image mystique et sensuelle
où la nature semble animée féminisée divine
la cascade
=
manifestation
de l’Aube
de la lumière vivante
elle est à la fois élément naturel et signe du sacré
elle conduit le poète vers la déesse figure de la révélation
elle incarne
le mouvement la clarté l’énergie vitale
thèmes centraux des
Illuminations
la fusion eau-lumière
chez Rimbaud l’eau n’est jamais seulement liquide
elle devient lumière chevelure
feu miroir
la cascade
est donc un archétype
du mouvement lumineux
un pont entre le terrestre et le spirituel
*
un flux continu rimbaldien
un cantos verbal sans ponctuation
où la cascade devient mouvement souffle illumination
je ris au wasserfall
blond
qui s’échevela dans
les sapins
&
la forêt se mit à respirer
de lumière
les flots tombaient comme
des chevelures
ardentes
& la montagne frémissait sous le rire de l’aube
& la terre vibrait dans la clarté neuve
& l’eau roulait en éclats dorés vers la plaine infinie
& tout chantait tout brûlait tout s’ouvrait à la vision
je reconnus
la
déesse
dans le frisson liquide
du jour
dans la fuite
du vent
dans l’éclat
des pierres le ciel tournait
dans l’eau
dans la lumière
dans mes yeux ouverts comme
des soleils
***
Illuminations et non dualité
Rimbaud cherche à dépasser la perception ordinaire du monde pour atteindre une vision totale et unifiée ce qu’il appelle l’expérience du
voyant
cette quête poétique peut être rapprochée de la philosophie advaita non-dualisme qui enseigne que l’Atman le soi et le Brahman le Tout sont une seule réalité et que la séparation entre sujet et objet est illusoire
dans Aube le poète écrit
Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins
à la cime argentée je reconnus la déesse
ici la cascade devient chevelure lumière et divinité : le poète n’est plus distinct de la nature mais fusionne avec elle découvrant le divin dans le monde sensible
de même l’advaita décrit l’expérience d’illumination comme la disparition du moi limité laissant percevoir l’unité de toute chose
le flux poétique continu sans ponctuation comme dans les vents les flots les feuilles les voix les éclairs comme des bêtes comme des flammes comme des torrents illustre cette immersion totale dans le réel où le temps l’espace et le sujet s’effacent
les visions éphémères de Rimbaud
semblables à la lumière qui s’évanouit dans Aube
au réveil il était midi et la lumière s’était retirée
rappellent la fugacité de l’expérience mystique advaita révélant pourtant la vérité de l’unité sous-jacente
ainsi par le dérèglement des sens et la prose poétique hallucinée Rimbaud atteint en poésie un non-dualisme sensible montrant que la fusion du sujet et du monde la reconnaissance du divin dans la nature et le flux universel de la réalité peuvent être vécus aussi bien par le poète que par le mystique advaita