cette phrase renverse l’idée habituelle du dieu
les dieux seraient alors ceux qui veillent sur l’apparition
ils ne créent pas le chemin
ils regardent l’éclaircie
dans ce qui vient ils reconnaissent
ce qui était déjà là
sans encore apparaître
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
le vent traverse les ruelles de Tautavel
comme s’il cherchait encore la voix des premiers hommes
entre les pierres blanches et la lumière sèche
le temps paraît moins passé
qu’immobile
À Tautavel
les collines ressemblent à des pensées très anciennes
restées dehors
le silence du village n’est jamais vide
il contient des milliers
d’années
de souffle humain
le soleil sur les vignes a la lenteur des civilisations enfouies
dans le lit
presque sec du Verdouble
le ciel et les pierres parlent la même langue minérale
Tautavel
donne parfois l’impression que l’humanité entière
a commencé par un éclat de lumière
sur un rocher
le village au crépuscule
quelques voix
un chien lointain
et derrière cela
l’immense patience du temps
les murs chauffés par l’été gardent une mémoire plus ancienne
que nos histoires
devant la grotte d’Caune de l'Arago
on comprend soudain
que le passé n’est pas mort
il regarde encore
à Tautavel
la pierre n’est pas un décor c’est une archive
du vivant
le tintement d’une cuillère contre une assiette
fit revenir tout un été
et soudain
le passé n’était plus derrière moi
mais autour
une odeur de linge ancien
ouvrit une chambre disparue
le temps attendait là
sans impatience
je compris que les jours perdus
ne sont jamais perdus
ils dorment
dans les choses ordinaires
le pavé inégal sous mon pas
rendit à mon corps
une ancienne manière d’être heureux
ce n’est pas la mémoire
qui retrouve le temps
mais un éclair
entre le monde et nous
dans une seconde très pure
les années cessèrent de s’additionner
elles coexistèrent
comme les pièces d’une même maison
le passé ne revient pas
il insiste
à travers une saveur
une lumière
un rythme
je crus reconnaître un visage
c’était seulement
une expression du soir
autrefois vécue
le vrai calendrier
est caché dans les sensations
une serviette pliée
contenait davantage de temps
qu’une bibliothèque d’histoire
l’épiphanie ne révèle pas un souvenir
elle révèle
que nous avons été multiples
tout ce qui semblait détruit
attendait silencieusement
dans la profondeur
d’un instant
la mémoire involontaire
n’explique rien
elle restitue
le temps retrouvé
n’est pas un retour en arrière
mais la découverte
que rien n’a entièrement disparu
entre deux battements du monde
je sentis que la vie entière
cherchait depuis toujours
à devenir phrase
une épiphanie
n’est pas une lumière qui surgit
mais une lumière qui
se reconnaît
elle ne vient pas elle se révèle
comme si elle avait toujours été là
en attente d’un regard capable de la laisser apparaître
c’est un instant
qui s’ouvre sur lui même et dans cette ouverture
tout devient soudain exact
sans raison
sans preuve
sans effort
le monde
ne change pas et pourtant il bascule
comme si chaque chose acceptait enfin d’être
ce qu’elle est sans détour
une épiphanie est un pli du réel qui se défait
une transparence brève où le mystère
cesse de se cacher sans cesser
d’être mystère
elle ne dure pas parce qu’elle n’a pas besoin de durer
elle laisse
une trace sans forme
une clarté qui continue de rayonner
dans l’ombre
celui qui la traverse ne comprend pas davantage
mais il voit autrement comme si
voir devenait
une manière d’être touché
c’est
une évidence sans contenu
une réponse sans question
une présence qui n’ajoute rien mais qui révèle tout
dans ce tout il n’y a rien à saisir
seulement à laisser être comme une respiration
qui n’appartient à personne et qui pourtant nous traverse
infiniment
le tapis d’épines de pin souple
sous les pieds
le sel blanc
sur la peau ambrée
la terre rouge vulnérable à l’érosion
sur laquelle les figuiers
de barbarie parviennent à se maintenir en équilibre
une brèche dans le paysage
le frelon noir
je vois une chose
elle m'émeut
je la transcris comme je la vois
je m'abstiens de tout commentaire dans ma façon d'en parler
si j'ai bien écrit la chose
il y aura bien quelqu'un pour en être ému à son tour
mais aussi quelqu'un pour dire
mais qu'est-ce que c'est que ça
peut-être les deux auront-ils raison
je ne sais pas moi-même ce que
j'ai vu
ce jour là
plus
je cherche
à comprendre
à trouver les mots
plus
cela m'échappe
*
ces lettres fermées...
elles sont fortes et actives...
cellules vivantes créatrices de la langue...
visuels en sonorités...
la statique devenant dynamique...
parties d'un point...
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volume...
vibrations infinies...
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des lettres apparaissent...
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