il écrit
comme on grave
un chiffre dans la nuit
chaque mot semble porter un secret
plus ancien que lui-même
rien
n'est offert d'emblée
il faut avancer avec lenteur
accepter que le sens demeure voilé
qu'il se retire au moment même où l'on croit le saisir
pour lui la poésie n'est pas une confidence
elle est une initiation
l'amour est son premier alphabet
mais ce n'est jamais l'amour d'un seul visage
une présence humaine devient le miroir d'une lumière plus haute
le désir n'est pas condamné
il est transfiguré
il apprend à brûler sans consumer à manquer sans désespérer
à transformer l'absence en une chambre d'écho
où l'âme découvre sa propre
profondeur
il avance dans un labyrinthe de signes
les nombres
les emblèmes
les astres
les fleurs
les miroirs
les flammes
les regards
tout communique selon une géométrie secrète
le monde visible n'est jamais fermé sur lui-même
chaque forme indique une autre forme
chaque image ouvre un passage vers une réalité plus subtile
il ne sépare jamais la beauté
de la connaissance
contempler devient une manière
de penser
penser devient une manière
d'aimer
la poésie unit ce que les discours
divisent
l'intelligence n'y progresse pas par démonstration
mais par illumination lente
comme un vitrail qui ne révèle ses couleurs qu'à mesure
que le soleil le traverse
le langage lui résiste
et c'est précisément cette résistance qui le fascine
il aime
les mots denses
les correspondances obscures
les alliances improbables
une phrase doit conserver
son ombre
une vérité qui se livre entièrement
cesse déjà d'être
une vérité
le temps lui apparaît comme une longue
maturation intérieure.
chaque attente affine
le regard
chaque éloignement approfondit
la présence
ce qui semble perdu continue d'agir dans les profondeurs
invisibles de l'être
rien n'est véritablement absent lorsque l'amour
apprend à devenir contemplation
son silence est peuplé
de musique
on y entend
la lente respiration des sphères
la patience des saisons
le travail invisible de la lumière dans la pierre
l'univers n'est pas un mécanisme
il est une harmonie
dont chaque créature chante une note singulière
sans jamais entendre le chant
tout entier
il ne cherche pas à posséder
il consent à désirer
il ne veut pas résoudre le mystère
il choisit d'y demeurer
peu à peu le poème devient
un temple sans murs
les images cessent d'être des ornements elles deviennent
des degrés
l'amour cesse d'être une passion il devient
une ascension
la beauté cesse d'être un objet elle devient
une présence
l'âme découvre que ce qu'elle poursuivait dans un regard dans une voix ou dans une fleur n'était jamais autre chose que l'inépuisable transparence de l'Invisible cherchant à se reconnaître dans la lumière fragile du monde