Le plus grand des biens est de pouvoir se passer de tous les biens Je le vérifie tous les jours plus je suis pauvre plus je suis riche Ce qu’on appelle une perte pour moi est un gain Tandis que l’on cherche de tant de façons à acquérir de la culture et du savoir je suis ravi de penser que je m’en délivre Thoreau
cette pensée exprime une forme radicale de liberté ne plus mesurer sa richesse à ce que l'on possède mais à ce dont on n'a plus besoin
elle évoque immédiatement Diogène les cyniques grecs Épicure mais aussi Thoreau et sa recherche d'une vie volontairement dépouillée
Il ne s'agit pas simplement de faire l'éloge de la pauvreté matérielle Il s'agit de distinguer le nécessaire du superflu le désir profond de l'accumulation la liberté intérieure de la dépendance aux biens
trois renversements structurent ce passage
plus pauvre plus riche
la richesse devient une mesure intérieure Moins on dépend des choses moins elles ont de pouvoir sur nous
la perte comme gain
perdre peut signifier se délester Ce qui disparaît libère parfois un espace jusque-là occupé
se délivrer du savoir
non pas devenir ignorant mais renoncer à l'accumulation des connaissances comme signe de supériorité ou comme manière de maîtriser le monde
cette dernière proposition est particulièrement intéressante Elle ne condamne pas la culture elle met en question l'attachement à la culture Il existe un savoir qui encombre le regard, qui interpose des références entre le monde et nous Et peut-être une connaissance plus nue qui commence lorsque nous acceptons de ne pas tout savoir
on retrouve ici une intuition du Tao
mais il y a une nuance essentielle
être riche de ce dont on peut se passer
c'est peut-être une définition très juste de l'indépendance
ne rien devoir
à ce que l'on possède
ne rien attendre
de ce que l'on pourrait acquérir
retrouver
dans le peu la totalité du monde



