le chemin comme expérience de l'être
ce qui me paraît le plus remarquable dans L'Étroit Chemin du fond
c'est que Bashô réussit à réunir trois expériences
que l'on sépare souvent
marcher contempler et écrire
la marche ouvre le regard la contemplation ralentit la pensée
l'écriture recueille ce qui autrement disparaîtrait
le poète ne cherche pas à expliquer le monde
il cherche à en approcher la présence
les montagnes les ruines les arbres les oiseaux les rivières et les chemins ne sont pas des thèmes littéraires ils sont les manifestations d'une réalité mouvante à laquelle le voyageur appartient
le fond du chemin
n'est pas une destination géographique
il est cette profondeur qui apparaît
lorsque l'on cesse de traverser le monde
trop rapidement
le voyage ne conduit pas nécessairement
quelque part
il peut nous conduire
à une autre manière d'être présent
une lecture en forme de carnet
partir
quitter les habitudes
laisser derrière soi
le bruit des intentions
marcher
une montagne
un arbre
la lumière sur une pierre
un oiseau dans le silence
ne rien retenir
ne rien posséder
seulement recevoir
ce qui passe
le chemin se resserre
le regard s'approfondit
au bout du sentier
il n'y a peut-être rien à atteindre
sinon cette présence
qui était là depuis le commencement

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