près de ce qui t’éclaire
demeure
sans vouloir saisir
l’ombre
n’est plus un obstacle
tu apprends à disparaître
dans la lumière
le regard cesse enfin de posséder
il n’y a plus que l’espace
entre la lumière
et toi
la parole
devient de trop
le monde
n’ajoute rien
tu n’es plus devant la lumière
tu es
dans son passage
une écriture de la présence
le mot
ayant oublié
de représenter
non dire le monde
mais lui laisser
la place
où chaque mot
arrive
comme une pierre dans la lumière
le langage
cessant de parler
à la place des choses
le peu de mots
nécessaire
pour que le monde
respire
la phrase ouverte comme une main
dans le vent
ni commentaire
ni image
seulement
l'air
entre les choses
une écriture de la présence
ce qui demeure quand le langage renonce à faire écran
la parole la plus juste n'est pas celle qui ajoute du sens au monde
mais celle qui cesse de s'interposer entre le monde
et notre présence à lui
la relation compacte appelée monde
le monde n'est pas fait de choses
il est fait de rapports
la pierre n'est pierre que par la gravité qui la tient
la lumière qui la révèle
la pluie qui la polit
la mousse qui l'habite
le regard qui la rencontre
l'arbre n'existe pas seul
il est déjà vent
terre
eau
lumière
oiseau
temps
chaque être
est un nœud de relations
le monde n'est donc pas une juxtaposition
il est une continuité
une respiration où tout répond à tout
compacte
ne signifie pas fermée
cela signifie qu'il n'y a pas de lacune dans l'appartenance
rien n'est isolé
même le silence
est en relation avec la parole qu'il rend possible
même le vide
est en relation avec la forme qu'il accueille
ainsi
le monde n'est pas une somme
il est une cohérence
une texture
un tissu d'interdépendances où chaque présence
modifie toutes les autres
le monde n'est pas un lieu il est
une liaison
chaque être est le centre provisoire
de toutes ses relations
l'espace sépare les choses
le monde les relie
une montagne n'est jamais seule
elle converse avec le ciel
la rivière
est la relation visible
entre
la neige et la mer
l'oiseau
n'habite pas seulement la forêt
il habite
la distance entre les arbres
la lumière
ne touche rien
elle révèle les appartenances
le monde est compact
parce que rien n'y est entièrement étranger à rien
le monde
n'est pas l'ensemble des êtres
il est la relation compacte
par laquelle chaque être existe déjà dans la présence
de tous les autres