Pour comprendre l’importance de ce livre, il faut le replacer dans le parcours de Kenneth Goldsmith, associé à l’écriture conceptuelle et à des pratiques qui remettent en question la figure traditionnelle de l’auteur.
Dans cette perspective, écrire n’est pas nécessairement exprimer une intériorité ou produire un texte entièrement original. Cela peut consister à collecter des discours, à reproduire des documents, à détourner des formes existantes et à concevoir une règle qui organise le matériau.
Internet amplifie cette possibilité parce qu’il transforme le texte en objet circulant, copiable, modifiable et recomposable.
L’écrivain peut dès lors travailler comme un archiviste, un monteur ou un curateur. Il ne se contente plus de produire des phrases : il organise des flux de langage.
Cette approche ne signifie pas que toute collecte constitue automatiquement une œuvre. Le choix du matériau, le contexte, le dispositif et le sens produit par le rapprochement restent essentiels.
Le livre propose ainsi une réflexion sur une question plus vaste que la seule navigation : qu’est-ce qu’écrire lorsque le monde entier semble déjà écrit, photographié, enregistré et disponible ?
La force de Goldsmith est de nous obliger à regarder autrement des comportements que nous jugeons trop rapidement insignifiants. Il rappelle que la pensée ne progresse pas uniquement par concentration continue, et que la distraction peut ouvrir des chemins inattendus.
Mais son plaidoyer doit être nuancé.
Toutes les distractions ne sont pas créatrices.
Certaines sont simplement répétitives et peuvent nous empêcher de mener une réflexion à terme.
Les plateformes ne sont pas des espaces neutres.
Leurs systèmes de recommandation cherchent notamment à retenir notre attention. Notre errance peut être orientée par des intérêts commerciaux.
L’accumulation n’est pas toujours une connaissance.
Conserver mille images ne signifie pas les comprendre ; lire de nombreux fragments ne garantit pas qu’ils se transforment en pensée.
La disponibilité permanente a un coût.
La navigation peut enrichir l’expérience, mais aussi fragmenter la mémoire et rendre plus difficile le maintien d’une attention prolongée.
Goldsmith offre donc moins une justification générale du temps passé en ligne qu’une invitation à examiner ses usages et ses possibilités créatives


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