seul l'étonnement sait dire l'ineffable
le mot
s’évapore
devant
l’évidence
une saveur que nulle langue ne décrit
tout
ce qui compte
est
sans nom
la parole est le deuil du mystère
laisser
les mots
mourir
au bord de l'eau
la vérité est une présence sans titre
l'ineffable est le point de rupture du langage
là où le mot s'incline devant la présence
c'est la lumière que l'on ne peut pas peindre
le son que l'oreille n'entend qu'en se taisant
le silence
est
le langage de
Dieu
dire
c’est cela
l’étouffe déjà
l'étonnement
est la première lumière
qui ne vient pas du soleil
l'étonnement
retarde le savoir
afin que le monde
ait le temps
d'apparaître
devant une pierre
un arbre
un visage
l'étonnement
nous rend
à notre première naissance
l'étonnement
n'ajoute rien aux choses
il retire seulement
l'habitude
qui les recouvrait
l'étonnement
est une brèche
dans la continuité du quotidien
par elle
entre l'inépuisable
le philosophe
interroge
le poète
s'étonne
l'enfant
lui
habite encore
cet étonnement
il arrive
sans prévenir
le réel
pendant un instant
cesse d'être connu
et recommence
à exister
l'étonnement
est une forme
de gratitude
qui ne sait pas encore
qu'elle est gratitude
le monde
ne manque jamais
de mystère
c'est notre regard
qui manque parfois
d'étonnement
toute grande pensée
commence peut-être
par un silence
puis par un étonnement
et seulement ensuite
par une phrase