une méditation sur le vide de Boötes
imagine une région de l’espace si vaste
que notre imagination peine
à en saisir les dimensions
des centaines de millions d’années-lumière
quelques galaxies éparses
autour les filaments cosmiques dessinent une architecture presque vivante comme les nervures d’une feuille immense dont les intervalles seraient aussi importants que les nervures elles-mêmes
non pas rien
mais une présence raréfiée
le vide ne parle pas
il ne cache aucune révélation connue
il nous oblige simplement à renoncer à l’idée que l’Univers
est partout rempli de la même manière
peut-être en va-t-il
aussi de notre vie intérieure
nous cherchons à remplir chaque instant à accumuler
des connaissances des images des expériences
des certitudes
nous redoutons
les espaces sans réponse
pourtant il arrive que la pensée devienne plus précise
lorsqu’elle cesse de se remplir
elle-même
que l’attention s’approfondisse
lorsqu’elle ne cherche
plus à saisir.
que le regard découvre lorsqu’il renonce
à posséder ce qu’il voit
le vide de Boötes
devient alors une image possible de notre
propre dénuement
non pas l’anéantissement
mais la suspension de ce qui encombre


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