le paradoxe et l’oxymore
le paradoxe
contrarie la pensée habituelle
il affirme quelque chose qui semble impossible
contradictoire ou absurde
mais qui oblige à reconsidérer ce que
nous croyions évident
il déplace la pensée en la conduisant vers une vérité
qui ne se laisse pas saisir immédiatement
l’oxymore
rapproche dans une même expression deux termes
apparemment incompatibles
il fait tenir ensemble ce que
le langage sépare
une obscure clarté un silence éloquent
une présence absente
le paradoxe déroute la pensée
l’oxymore contracte la contradiction dans la langue
l’un développe une tension logique
qui ouvre une question
l’autre concentre cette tension dans une forme brève
presque instantanée
le paradoxe
dit
il faut penser autrement
l’oxymore
dit
regarde
les contraires habitent déjà la même chose
le paradoxe peut devenir un cheminement intellectuel
tandis que l’oxymore agit comme
une étincelle poétique
ils se rejoignent lorsqu’une contradiction apparente
révèle une complexité jusque-là invisible
le paradoxe ouvre l’abîme
entre deux vérités.
l’oxymore fait tenir cet abîme
dans deux mots
la poésie accomplit leur rencontre
elle ne résout pas la contradiction elle lui donne
une forme habitable
une lumière obscure
un silence qui parle
une immobilité en marche
le monde cesse alors d’être une alternative
entre les contraires
il devient leur coexistence
énigmatique
un diptyque philosophique
à gauche l’escalier impossible figure la pensée
mise en mouvement par la contradiction
à droite la pierre obscure et le croissant lumineux
incarnent la coexistence des contraires
au centre
le pont suggère leur rencontre
le paradoxe
ouvre une question
l’oxymore concentre le mystère

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