l’immédiateté abolit la distance
entre soi et le monde jusqu’à rendre toute séparation
douloureuse
contempler ne suffit plus il faut absorber éprouver
devenir la blessure de l’univers
mais cette fusion loin d’être une délivrance menace
de dévorer celui qui la traverse
la poésie intervient alors comme
un mouvement double
elle ouvre les frontières du moi puis invente la distance nécessaire
pour accueillir ce qui l’excède
renaître ce n’est pas se confondre avec le monde mais apprendre
à demeurer ouvert à son immensité
sans être englouti par elle
le regard décrit un cercle et revient à son origine
entre les montagnes et les îles
rien ne semble avoir changé
sinon l’expérience de celui qui regarde
l’horizon relie ce qui paraît séparé
la ligne du visible reconduit au point de départ
mais revenir n’est jamais retrouver exactement
le même lieu
le regard a traversé l’espace
éprouvé sa limite
découvert que le monde
se déploie sans cesser d’être un
voir c’est partir
contempler c’est revenir
et revenir
c’est habiter autrement
ce qui était déjà là
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