la neuro-métaphysique
penser
les rapports entre le cerveau
la conscience et
l’être
la neuro-métaphysique peut désigner
une recherche à la frontière
des neurosciences et de
la métaphysique
elle interroge les conséquences philosophiques de ce que nous apprenons sur le cerveau tout en examinant les questions que la connaissance scientifique ne suffit pas à elle seule à résoudre
ce n’est pas une discipline scientifique unifiée
dotée d’une définition consensuelle
c’est plutôt un champ de réflexion possible où la question du fonctionnement cérébral rencontre celle de la nature de la réalité et de l’expérience vécue
le cerveau produit-il la conscience
les neurosciences montrent que nos perceptions, nos émotions,
notre mémoire et nos décisions sont étroitement liées
à l’activité cérébrale
une question demeure
expliquer les mécanismes cérébraux suffit-il à expliquer le fait
d’éprouver quelque chose
pourquoi l’activité neuronale
s’accompagne-t-elle d’une expérience subjective
pourquoi le rouge est-il vécu comme une couleur
la douleur comme une souffrance
le silence comme
une présence
c’est le problème difficile de la conscience
formulé notamment par le philosophe David Chalmers
il faut distinguer deux questions
comment le cerveau produit-il ou rend-il possibles
les fonctions cognitives
pourquoi ces fonctions s’accompagnent-elles
d’une expérience vécue
d’un
il y a quelque chose que cela fait
la première
fait l’objet de recherches empiriques
la seconde
demeure un problème philosophique disputé
le cerveau construit-il notre monde
nous ne percevons pas la réalité
comme une caméra enregistrerait passivement une scène.
le cerveau sélectionne
organise et interprète les informations sensorielles
la perception est donc
une activité non une simple réception
mais jusqu’où va cette construction
le cerveau fabrique-t-il le monde, ou construit-il une représentation
du monde qui existe indépendamment
de lui
cette question
ouvre plusieurs perspectives
le réalisme
le monde existe indépendamment de notre perception même si nous ne le connaissons qu’à travers nos capacités perceptives
la phénoménologie
il faut examiner comment le monde se manifeste dans l’expérience vécue avant de réduire celle-ci à un mécanisme
l’idéalisme
la réalité ou du moins son intelligibilité dépend
fondamentalement de l’esprit
l’approche énactive
la cognition émerge de l’interaction entre le cerveau
le corps et l’environnement
aucune de ces positions ne découle automatiquement
des neurosciences
elles constituent différentes interprétations philosophiques
de notre rapport au réel
le cerveau et la question du soi
nous avons tendance à nous représenter comme une identité stable
située au centre de nos pensées et de nos actions
pourtant les neurosciences montrent que la mémoire le sentiment d’identité la perception du corps et la prise de décision reposent sur des processus multiples susceptibles de se modifier
qui suis-je alors
une substance permanente
une histoire que je me raconte
une continuité produite par la mémoire
un processus vivant sans centre immuable
ici
la neuro-métaphysique
rencontre des traditions très différentes
Spinoza pense
l’être humain comme une expression de la Nature dont les pensées
et les affects obéissent à des causes
Heidegger déplace
la question du sujet vers l’existence
nous ne sommes pas simplement des objets enfermés dans un cerveau mais des êtres engagés dans un monde de significations
le bouddhisme
notamment dans ses analyses du non-soi interroge l’existence
d’une identité permanente et indépendante
ces rapprochements sont philosophiquement féconds mais ils ne signifient pas que les neurosciences démontrent Spinoza Heidegger ou le non-soi bouddhiste
le cerveau peut-il expliquer l’être
c’est ici que la question
devient véritablement métaphysique
supposons que nous parvenions à décrire avec une précision considérable les mécanismes neuronaux associés à chaque perception, pensée et émotion Aurions-nous pour autant expliqué pourquoi il existe quelque chose plutôt que rien
ou pourquoi la réalité possède les propriétés
qu’elle possède
la description des mécanismes d’un phénomène et la question
de son fondement ne sont pas identiques
la neurobiologie peut expliquer comment un organisme
perçoit une montagne
elle ne tranche pas à elle seule la question métaphysique de savoir ce qu’est l’existence de cette montagne indépendamment de toute perception
il faut donc éviter
deux réductions opposées
le réductionnisme absolu
prétendre que toute question sur la conscience le sens et l’être
sera nécessairement résolue par la description
du cerveau
le saut spiritualiste
conclure que les limites actuelles des neurosciences prouvent l’existence
d’une conscience indépendante du cerveau
l’inconnu n’est pas une preuve
une carte des grandes questions
neurobiologie
comment les neurones et les réseaux cérébraux rendent-ils possibles
la perception la mémoire et la pensée
phénoménologie
comment le monde apparaît-il à une conscience incarnée
que signifie éprouver une expérience
métaphysique
qu’est-ce que la conscience
qu’est-ce que l’être
la réalité dépend-elle de l’esprit
le point décisif
la conscience se connaît-elle elle-même
nous pouvons étudier le cerveau à l’aide d’instruments d’images et de mesures mais nous connaissons aussi le monde depuis une expérience vécue à la première personne
cette dualité soulève une difficulté
la conscience qui étudie le cerveau est elle-même engagée
dans le processus de connaissance
peut-elle se comprendre
entièrement en se prenant pour objet
ou demeure-t-il un écart entre l’expérience vécue
et sa description scientifique
cet écart ne prouve pas qu’une partie mystérieuse de nous
échappe définitivement à la science
il nous oblige plutôt à distinguer
les différents niveaux d’explication et à examiner
leurs rapports
la neuro-métaphysique
commence lorsque nous demandons non seulement comment le cerveau rend la pensée possible mais ce que cette connaissance nous autorise à dire de la conscience du soi et de l’être
elle se tient sur une ligne de crête assez proche des sciences pour respecter leurs résultats assez attentive à la philosophie pour ne pas confondre une explication du fonctionnement avec une réponse à toutes les questions de l’existence
neuro-métaphysique
le cerveau cherche une issue
hors de lui-même
les neurones s'allument
le monde advient
une pensée traverse la matière
la matière se pense
dans l'éclair
plus personne
pour séparer
l'esprit de son apparition

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