Vallon de Tamié octobre 2026
métaphysique de l'automne
l'automne n'est pas seulement une saison du déclin il est une manière pour le monde de se retirer sans disparaître de perdre ses formes pour révéler quelque chose de plus essentiel la lumière devient oblique les couleurs se chargent de profondeur les arbres abandonnent leurs feuilles comme si la nature consentait à se défaire de ce qui l'encombre
il y a
dans l'automne
une philosophie du détachement
la feuille tombe mais l'arbre demeure la lumière décline mais sa disparition rend le ciel plus vaste la terre se dépouille et dans ce dépouillement retrouve une sorte de vérité première
l'automne nous apprend que toute forme est provisoire que toute présence contient déjà sa disparition il nous rapproche de cette intuition ancienne être c'est aussi devenir, se transformer consentir à ne plus être ce que l'on était
le temps et l'éternité
l'automne possède une étrange relation au temps il donne à voir le passage des choses tout en suggérant ce qui ne passe pas
dans le cycle des saisons la disparition n'est jamais absolue la feuille retourne à la terre la terre prépare le printemps et le printemps porte déjà en lui la mémoire de l'automne à venir
le temps n'est donc pas seulement une ligne qui conduit de la naissance à la mort il est aussi un mouvement de métamorphoses une circulation entre apparition et retrait
on pourrait y reconnaître une intuition héraclitéenne
tout s'écoule mais le devenir lui-même possède sa permanence
la couleur comme expérience métaphysique
les jaunes de Naples les ocres les rouges profonds les terres brûlées les bruns et les noirs ne sont pas simplement les couleurs d'un paysage
ils semblent rendre visible une intériorité de la matière
le feuillage roux devient presque une lumière intérieure
les troncs sombres absorbent le jour
les brumes effacent les distances
le paysage perd sa netteté descriptive
et gagne une présence silencieuse
l'automne ne colore pas seulement les choses
il transforme notre manière de les voir
la marche dans l'automne
Marcher en automne,
c'est traverser un monde qui se dépouille
le chemin est couvert de feuilles humides
les premières gelées blanchissent
les toits et les prairies
le froid rend l'air plus précis
les montagnes semblent plus proches
dans cette lumière crue
presque minérale
le marcheur découvre une autre qualité de présence
moins d'agitation moins de profusion
davantage d'espace
entre les choses
une méditation
l'arbre se défait de son feuillage
la lumière descend dans les branches
la feuille rejoint la terre
et la terre ne demande rien
tout ce qui tombe demeure autrement
le vent déplace les dernières couleurs
le ciel s'ouvre dans le froid
rien ne se perd absolument
rien ne demeure identique
l'automne est cette lente intelligence du monde
qui nous enseigne le détachement sans nous séparer de la vie
l'automne est la saison où le visible nous apprend le mieux l'invisible
non pas parce qu'il le dissimule mais parce qu'en
se dépouillant il lui fait place









Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire