nous habitons l’histoire
sans en apercevoir
les contours
pris dans le mouvement qui nous porte nous confondons
le présent avec l’évidence nos habitudes
avec la nécessité nos croyances
avec le réel
l’histoire n’est pleinement visible qu’à distance
mais cette distance nous échappe
tant que nous en sommes
les acteurs
comprendre son époque exige peut-être
de suspendre un instant l’adhésion
au monde qui nous constitue
discerner dans ce qui paraît naturel la lente
fabrication des évidences
reste
une difficulté
métaphysique
comment voir le fleuve lorsque notre regard lui-même
est emporté par son courant
ne cherche pas à sortir du fleuve pour le voir suspends un instant le désir d’aller quelque part observe le courant en toi comme tu observes celui qui emporte les branches
le regard n’a pas besoin de se tenir hors du monde pour en percevoir le mouvement il lui suffit de cesser de se confondre avec lui
alors dans le passage même quelque chose
demeure immobile
non pas un observateur séparé mais l’éveil
du courant à lui-même

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